Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesEducation Populaire & Palestine
LE TEMPS EST VENU DE NOUS LIBERER
CONTRIBUTION DE MILITANTS ISRAELIENS
FONDATEURS DU MOUVEMENT " DE-COLONIZER "
jeudi 30 avril 2015
publié par Marc Lacreuse

LE TEMPS EST VENU DE NOUS LIBERER !

Contribution d’Eitan Bronstein et Éléonore Merza

(militants israéliens fondateurs du mouvement De-Colonizer)

Un message envoyé par deux militants israéliens par Eitan Bronstein et Éléonore Merza fondateurs de De-Colonizer (www.de-colonizer.org) .

Il semble qu’au 67e anniversaire de l’indépendance de l’État d’Israël, ses citoyens sont plus éloignés que jamais de la «  libération  » promise le jour de sa création. Une guerre qui avait pour but de nous (juifs) «  libérer  » et qui, en 1948, s’est soldée par une occupation militaire et l’expulsion de la plupart des Palestiniens du pays.

Plus perverse encore, l’occupation a transformé l’identité collective israélienne en une identité colonialiste, et dans leur majorité, les Israéliens sont engagés dans sa poursuite et ne remettent pas en cause le sacrifice de leurs enfants dans ces guerres continuelles.

La mise en œuvre, réussie, de cette identité se reflète dans l’occultation de l’occupation elle-même. Pour l’essentiel du «  camp de la paix  » et de la gauche israélienne, l’occupation est un projet qui a débuté en 1967, créant ainsi l’illusion qu’elle n’est qu’une déviation du projet sioniste originel. Or, cette occupation n’est que le point culminant d’un projet qui commence à l’aube de l’immigration sioniste. La ségrégation entre «  colons  » et autochtones, au nom de la «  rédemption  » de la terre, était une ligne directrice qui devait atteindre sa forme ultime  : l’établissement d’un État juif en expulsant les Palestiniens et en les transformant en réfugiés au cours de la Nakba.

Que les ministres de l’Éducation et de la Culture définissent la Nakba comme un jour où les Palestiniens portent le deuil de la création d’Israël non seulement montre le degré d’ignorance mais alimente également le sentiment commun des Israéliens  : l’identité palestinienne se limite à la haine d’Israël et des juifs.

En Europe, les premiers dirigeants sionistes utilisèrent le terme de «  colonialisme  » pour décrire leur projet en «  Eretz Israël  ». La colonisation perdure jusqu’à aujourd’hui avec, entre autres, l’expulsion limitée mais constante des Palestiniens ou le projet de loi destiné à définir Israël comme «  l’État nation du peuple juif  ».

Le temps est venu d’inventer un nouveau mot en hébreu pour définir le processus de décolonisation qui peut nous libérer de cette identité d’occupants et qui doit défier les origines mêmes d’Israël et pas uniquement l’occupation de 1967.

L’identité occupante est telle que n’importe quel pas en direction d’une paix, qui par définition demande des compromis avec les occupés, est présenté comme une menace existentielle dont le but est la destruction totale d’Israël, suggérant sans avoir besoin d’y faire explicitement référence l’Holocauste. De nombreux Israéliens voient en la reconnaissance des droits des Palestiniens et l’idée même qu’ils sont leurs égaux l’expression d’un antisémitisme et d’une haine de soi.

Nous pensons, au contraire, que la reconnaissance de la Nakba – et le droit au retour des réfugiés palestiniens – est une opportunité d’accéder à cette «  libération  » tant attendue qui garantira, à toutes et tous, une sécurité pérenne et non plus l’illusion d’un calme durant des périodes – de plus en plus courtes – entre deux guerres.

( paru dans l’Humanite du 29 avril 2015 )


Répondre à cet article