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"Pensons le matin" propose :
Ce que parler veut dire.
Marseille le 23 avril 2016.
mercredi 6 avril 2016
publié par Christian Maurel

Ce que parler veut dire.

C’est le sujet de la prochaine rencontre publique de Pensons le Matin samedi 23 avril 2016, à partir de 9h30, Salle des Machines, Friche Belle de Mai à Marseille.

Enquête et débat sur les mots qui parlent des maux d’aujourd’hui pour les masquer ou les traquer mais aussi des mots qui ne se contentent pas de décrire (plus ou moins justement) le monde mais veulent le façonner. Le langage est aussi performatif.

A propos de cette décennie qu’il qualifie de cauchemardesque, François Cusset a analysé la progressive dissémination d’un vocabulaire politiquement correct pour désigner des situations socialement problématique : le SDF remplace le clochard, les femmes de ménage se transforment en techniciennes de surface et les ouvriers disparaissent du vocabulaire du parti socialiste (Cusset, 2008). Puis, pour la décennie quatre-vingt-dix, Boltanski et Chiapello (1999 : 93-153) ont étudié la propagation du vocabulaire du management dans les modes de pensée de l’urbanisme, de la culture (« la cité par projet ») et plus largement dans les manières de parler de nos intimités. Il suffit aujourd’hui de considérer la manière dont le mot « projet » s’est infiltré dans nos vies, pour prendre la mesure de la pertinence de leurs analyses. Avant eux, Félix Guattari avait critiqué la multiplication des mots d’ordre positivistes dont la fonction est de réenchanter le monde alors même que s’accroissent les « processus de prolétarisation » (Lazzarato, 2014 : 58) qui génèrent un « laminage de la subjectivité »(1). A ces processus de dépossession, les tenants de l’ordre libéral opposent des mots d’ordre positifs comme la « réappropriation de l’espace public »(2). D’autres auteurs comme Roland Gori (2013), François Richard (2011) et Eric Chauvier (2014) situent dans la crise du langage l’une des sources de la crise de civilisation contemporaine. Plus récemment, après les attentats de janvier 2015, la perte de sens du vocabulaire politique utilisé par les acteurs du monde politique est pointée par Patrick Boucheron comme l’un des signes du malaise culturel contemporain (3).

Nous nous arrêterons plus particulièrement ce samedi matin 23 avril sur les mots souvent usités par les politiques, les journalistes, les militants et parfois par les gens ordinaires pour parler (comprendre et agir) l’urbain, l’espace public, la structure sociale et spatiale de la ville et surtout les politiques urbaines (Biaggi et Bernasconi disent qu’elles veulent faire Soho ou Broadway en haut de la Canebière et Bluzet parle de Quartier Latin ).

En introduction, Christophe Apprill (Sociologue EHESS) resituera l’histoire récente du langage politique. Puis Bernard Organini (sociologue IRTS) proposera quelques réflexions sur les termes mixité sociale et/ou diversité culturelle – gentrification et /ou bobo (ïsation) etc. La présence du linguiste Médéric Gasquet-Cyrus (Université d’Aix en Provence) n’est pas encore confirmée.

A la fin, nous proposerons un jeu : élire le mot de l’année !

Nous vous attendons nombreux.

Pour Pensons le matin,

Claire Hofer (trésorière) qui en profite toujours pour vous dire que nous continuons activement notre campagne de souscription, même après l’AG ! Merci d’avance (ci-joint le bulletin pour les dons et celui pour l’adhésion)

1 « La créativité est un mot d’ordre obsessif, car la créativité s’éteint partout. Il y a une perte de créativité collective… Dans le domaine de la recherche scientifique, par exemple, ou encore dans le domaine social, où l’on assiste à un effondrement total. En Yougoslavie, avec le retour des guerres tribales, ou ailleurs, quand on refonde la religion sur des bases intégristes fondamentalistes… De là cet appel désespéré à la créativité. Que les artistes, que les philosophes, les intellectuels se réveillent ! Mais nous sommes dans une période de glaciation complète et on réclame de la chaleur… Et c’est la glaciation qui domine. Vous évoquez les cellules de créativité dans l’industrie : c’est que précisément le laminage de la subjectivité est telle, dans la recherche, parmi les cadres, etc., que cela devient une sorte d’urgence vitale pour les entreprises de pointe de resingulariser au minimum la subjectivité… Comment sortir de l’empâtement des significations dominantes ? » Félix Guattari in Zahm, 1993.

2 Ce mot d’ordre fut l’un des principaux mobilisés par les opérateurs culturels et par les médias lors de l’année 2013, Marseille Capitale européenne de la culture.

3 « Chercheurs vs politiques (2/4) : après les attentats, quelle république voulons-nous ? » Joseph Confavreux, Médiapart, 29 juillet 2015. https://www.mediapart.fr/journal/cu... -


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