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Livre et théâtre...
"Comme une isle" !
La conférence gesticulée d’une femme, jusqu’au 24 novembre
lundi 12 novembre 2012
publié par Madeleine Abassade

Impression de Madeleine Abassade, après spectacle :

« Comme une Isle » est "une conférence gesticulée", qui raconte la vie d’une femme qui se dit juive, noire, algérienne, et....communiste.... . La lecture de l’introduction du livre éponyme confirme mon impression. Ce n’est donc pas du spectacle, c’est bien du théâtre, au sens du politique mis sur la scène pour le rendre visible, entendu, par un plus grand nombre. Du théâtre citoyen qui délivre un message, renoue avec sa fonction des origines grecques, du temps antique des fondements de la démocratie. N’allez pas pour autant croire que l’ambiance est austère, passéiste, ennuyeuse, tout au contraire...

Tout a commencé par une invitation à quiconque voudrait se lancer dans une conférence gesticulée, autrement dit, « venir raconter, à partir de pans épars de sa vie, des choses qu’il aurait comprises et dont il aurait senti l’ardente nécessité de témoigner », écrit Franck LEPAGE dans l’introduction du livre de Leila CUKIERMAN "COMME UNE ISLE", [1], d’où est tirée la mis en scène de ce récit visible jusqu’au 24 novembre au Grand Parquet.

Sur la scène une femme, interprétée par l’auteur, née il y a 60 ans, commence par ranger des pavés dans un buffet. Puis, peu à peu un cri monte, s’amplifie, sa colère est froide. Elle sort les pavés de son buffet et les distribue à ses jeunes camarades.... Calme pourtant, petite, menue, avec ses cheveux gris sous la capuche de son manteau rouge. Cette femme se dit juive, noire, algérienne et "communiste sans carte." « Profondément communiste, hors norme....C’est pourquoi j’ai eu l’impudence d’oser gesticuler devant vous. » dit elle à la fin. La violence des pavés comme réponse à l’échec de la politique du capitalisme qui n’en finit pas ?

La conférence s’achève par un trait d’union avec les "spectateurs" d’une histoire de citoyenne qui raconte bien plus que sa vie. Ils sont touchés, applaudissent. Les lumières se rallument....

« Vous savez quoi ? L’écrit de Leila a quelque chose d’incroyable, quand vous tournez la page », -et pour moi spectatrice quand vous arrivez à la fin du spectacle- « vous vous demandez : comment peut-on ne pas être communiste ? ça je ne m’y attendais pas »écrit Franck LEPAGE.

La journaliste Marina Da Silva se fait l’écho de ce spectacle :

Dans L’Humanité - le 5 Novembre 2012 Théâtre

Une femme dans tous les vents de l’histoire

Avec Comme une isle, Leila Cukierman se penche sur son passé tissé d’origines métisses et d’engagements révolutionnaires. L’affiche du spectacle, signée Boris Séméniako, en donne déjà le ton. La graphie joue sur les lettres pour que de Comme une isle on déchiffre « communisme », un poing tendu et rouge s’échappe d’un visage de femme antillaise comme un cri au-delà de la ligne d’horizon. Leila Cukierman, qui dirige le Théâtre d’Ivry-Antoine-Vitez depuis 1991, passe de l’autre côté des rôles pour se laisser mettre en scène par le rappeur et slameur D’ de Kabal, au côté de la rappeuse belgo-congolaise Nina Miskina, rassemblés « dans un même état de révolte et de combat ». Le texte est né de sa participation aux conférences gesticulées initiées par Franck Lepage au Grand Parquet. Elle y témoigne de son parcours d’engagement, de son adhésion au PCF à dix-neuf ans, qu’elle finira par quitter, mais en se revendiquant toujours aujourd’hui totalement communiste, comme un mode d’être au monde. Elle l’ancre dans son histoire familiale et plus particulièrement dans la relation intense tissée avec sa grand-mère martiniquaise qui vécut jusqu’à cent un ans. Celle-ci l’emmène manifester alors qu’elle n’est encore qu’un bébé, lui raconte l’histoire de l’esclavage, du Code noir, du génocide dont son père a réchappé. (…)

« Juive athée au prénom arabe / Descendante d’Antillais noirs et métisse blanche / Communiste sans carte. Je me trouve à la croisée. » Leila Cukierman raconte cette belle histoire intime en usant de plusieurs registres d’écriture, une langue poétique et lyrique qui dit la couleur et la saveur des choses, un récit rythmé et frappé des temps et faits majeurs de la colonisation : 1945, répression de Sétif et Guelma par la France tout juste libérée, 1947, massacres à Madagascar… auquel s’ajoute celui des soubresauts de l’histoire : Mai 68 dans le monde, l’arrivée au pouvoir d’Allende en 1972 au Chili, de la gauche en France en 1981…

Cela échappe à toute notion d’inventaire mais dessine l’architecture d’une réflexion solidement ancrée dans l’état des lieux du monde et adresse un appel à le transformer. Cela donne une musicalité percutante à ce texte fort dans lequel viennent encore s’insérer des raps toniques et métaphoriques, qu’elle a également écrits et qui sont magistralement interprétés par Nina Miskina et D’de Kabal. Ce dernier réussit à élaborer une mise en scène fluide et sobre où quelques meubles et accessoires du quotidien trouvent leur vocation finale à s’ériger en barricades comme un clin d’œil et une invite permanente à la révolte et au combat. (…)

- "Comme une Isle". A partir du récit de Leila CUKIERMAN. Mise en scène D’de Kabal. A ces deux artistes qu’on retrouve en scène est associée la comédienne Nina Miskina.

Durée 1 heure.

Grand Parquet, 35, rue d’Aubervilliers, 75018 Paris. Jusqu’au 24 novembre.

Les jeudis, vendredis, samedis à 20 heures, dimanches à 15 /heures.

Tél. : 01 40 05 01 50.

[1] Comme une Isle, de Leila CUKIERMAN. Editon Le temps des cerises. 2012


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