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Type :
Réflexion
Date :
2007
Culture de l’échec et/ou échec de la culture
par Marc Lacreuse
mardi 22 mai 2007
publié par Marc Lacreuse

Question inconvenante : le geste qui consiste, pour le gouvernement Sarkozy, à « sauver » un ministère de la culture (et de la communication), est-il un geste de droite, est-il un geste de gauche ? et, maintenant : un geste du centre ? Doit-on y voir une concession tactique à une mobilisation syndicale toujours menaçante, ou bien la péripétie nouvelle d’un jeu de dupes témoignant du caractère inoffensif, pour l’ordre libéral, de ce qu’est devenu ce ministère au fil du temps ?

L’absence de tout débat sérieux à ce sujet lors de la campagne présidentielle aurait du nous mettre la puce à l’oreille : en dehors de quelques phrases fortes de Marie-George Buffet, mais trop rares et plaquées, lors de certains de ses meetings, il est devenu évident qu’art et culture n’avaient plus besoin d’être évoqués ou agités comme enjeux de société et de transformation sociale, pour la bonne et simple raison que, depuis longtemps, tout un pan de leurs émergences n’avaient plus rien à dire à ce sujet, en dehors de sauvegardes d’acquis professionnels et de prés carrés institutionnels.

Les quelques signatures et cris jetés à la hâte anticipant sur le danger supposé et annonçé d’une disparition du ministère de la culture m’ont laissé très perplexe : en quoi aurait-il été a priori infamant pour la culture et l’art d’être associés à d’autres responsabilités publiques nationales, celle d’éducation nationale par exemple ? Ce qui est fait en Belgique de cet ordre est plutôt fructueux (nos amis belges ne vont-ils pas jusqu’à associer dans un même ministère éducation, culture, éducation populaire et mouvement associatif, diversité linguistique, aide à la jeunesse ? les incongrus ! ) ; ne vaudrait-il pas le coup un jour d’en débattre vraiment et, si possible , avec les principaux intéressés : les citoyens ?

Que voulaient défendre au juste ceux qui anticipaient ainsi sur ce qu’ils jugeaient intolérable, régressif et dangereux, alors même qu’ils ont assisté jadis sans mot dire à la constitution « républicaine » du mauvais amalgame ministériel réunissant jeunesse, sports et éducation populaire, puis au lent enfouissement de cette dernière dans la périphérie et la marge de la responsabilité publique nationale ?

Ne peut-on émettre l’hypothèse, forcément polémique, qu’il y avait là l’expression d’une sorte de corporatisme confortable se satisfaisant de voir ainsi extradé du Ministère de la culture, ( de la « vraie » culture ? ), les questions jugées incongrues et pleines d’altérités dont est encore porteuse l’éducation populaire, telles que la relation entre culture et monde du travail, culture et peuple, travail de transformation sociale de la culture, dépassement de la démocratie délégataire et pratiques de démocratie culturelle, place des pratiques amateures, citoyenneté des publics et plus encore des « non-publics », émergences associatives militantes, etc.

La nécessaire brièveté de mes propos ici ne peut que rendre ceux-ci caricaturaux. Mais j’appelle de mes vœux que partout où ils seront acceptés ( je veux parler des divers acteurs et collectifs de la gauche alternative ) l’hypothèse de l’existence d’un lien dialectique entre ce qu’il faut bien appeler une culture de l’échec ( politique ) pour la gauche et l’échec du travail de la culture soit non seulement posée comme telle, mais aussi travaillée, débattue en dehors de tout a priori et postures corporatistes.

Je décèle pour ma part dans la dépolitisation savamment construite, depuis plusieurs décennies, de la question artistique et culturelle, et dont le ministère afférent constitue l’outil zélé, avec parfois des convergences inattendues, un moteur actif de cette marche forcée à la quelle nous assistons, vers cette « société du spectacle » sans plus d’alternative imaginable, et vis à vis de laquelle Guy Debord nous avait pourtant mis en garde en son temps, sans que nous voulions réellement l’entendre.

Je crois qu’une gauche qui se veut réellement alternative ne pourra plus longtemps différer ce rendez-vous et cette confrontation, avec elle-même tout d’abord, avec la société contemporaine, et le « tout-monde » cher à Glissant.

Marc Lacreuse 18 mai 2007