Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThmesDmocratie
Denis SIEFFERT ( Politis ) :
" DEMOCRATIE DE FAIBLE INTENSITE "
samedi 1er fvrier 2020
samedi 1er février 2020
publié par Marc Lacreuse

DEMOCRATIE DE FAIBLE INTENSITE

par Denis SIEFFERT

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

" Face toutes les contestations, le verdict de la prsidentielle de 2017 est de peu de poids.

Le problme, il est vrai, dpasse Emmanuel Macron. C’est celui de la Ve Rpublique. Le suffrage universel ne peut pas tre une arnaque suivie d’une sorte de bras d’honneur.

De temps en temps, l’homme perd ses nerfs. Le voil l’autre jour qui s’empourpre devant des journalistes du Figaro et de Radio J, exhortant ceux qui dnoncent la violence du pouvoir « essayer la dictature ». Avec qui croise-t-il le fer ? Personne. Mlenchon a dnonc un « comportement monarchique ». Sgolne Royal a parl de « drive autoritaire ». Et Olivier Besancenot lui a conseill, trs ironiquement, de « tester la dmocratie ».

Voil tout.

On a connu polmique plus svre. Quant la violence du pouvoir, elle est peu contestable. Physique d’abord, comme en tmoignent les nombreuses victimes de la rpression. Sociale et politique ensuite, en raison d’un acharnement imposer, envers et contre tous, une rforme juge confuse et injuste. Mais s’il faut absolument concder Emmanuel Macron que la France, mme sous son ministre, n’est pas une dictature, on le fera bien volontiers. Prtendre le contraire serait d’ailleurs insulter les peuples qui paient de leur sang le prix de la libert. En Syrie et en gypte, par exemple. Mais le dbat existe nanmoins. Non entre dictature et dmocratie, mais l’intrieur de ce dernier concept aux multiples acceptions. Le politologue canadien Francis Dupuis-Dri a recens chez Tocqueville, auteur de rfrence de la bourgeoisie librale, pas moins de onze dfinitions diffrentes de la dmocratie (1). De la plus exigeante la plus ngligente. Il y a donc de quoi faire. Emmanuel Macron, lui, est visiblement un smicard de la dmocratie. Il en a une conception minimaliste. Du haut de son lection, dont il s’est empress d’oublier les circonstances trs particulires, il nargue aujourd’hui une opinion au bord de la crise de nerfs.

La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, croyant voler au secours de son prsident – c’est son mtier –, s’indigne pour sa part que l’on puisse accrditer l’ide « qu’il y aurait un rgime qui imposerait sa loi au reste de la population ». Elle devrait garder son indignation pour un meilleur usage. Car, si l’on veut bien supprimer le mot « rgime », un peu roublard, pour le remplacer par « gouvernement », c’est exactement ce qui se produit. La rforme des retraites essuie revers sur revers. Un mur de critiques et d’oppositions se dresse devant l’excutif. Les sondages tmoignent de la constante hostilit d’une majorit de Franaises et de Franais. Voil mme que Laurent Berger vacille, traant de nouvelles « lignes rouges » mesure que son soutien au gouvernement devient intenable. Quant la fameuse « tude d’impact », qui devait apporter la lumire, elle sme surtout le doute. Enfin, comme un coup de grce, le Conseil d’tat a rendu le 24 janvier un avis on ne peut plus svre. La plus haute juridiction de la Rpublique dit ne pas pouvoir assurer « la scurit juridique du projet », faute d’avoir eu le temps de l’examiner.

« Le temps », c’est dsormais le matre mot de la bataille politique qui s’engage. Il est l’alli naturel de la dmocratie. Il n’est visiblement pas l’ami du gouvernement. Plus c’est confus, et plus celui-ci se montre empress. Il accorde gnreusement quatre jours aux dputs pour examiner un texte qui vient tout juste de leur tre communiqu. Cela alors que l’on dcouvre, presque fortuitement, de nouvelles contre-vrits. Ainsi, la part des retraites dans le PIB devait tre constante. L’tude d’impact rvle qu’il n’en sera rien. La majoration des pensions chaque naissance devait tre favorable aux femmes, elle risque le plus souvent de profiter aux hommes. Et l’ombre du patronat continue de planer sur le scandale de la pnibilit. Cette pnibilit, refuse aux mtiers les plus rudes, et insidieusement remplace par l’invalidit, une fois le mal constat. Quant l’ge pivot, comme l’horizon, il recule mesure que l’on avance. On devine aussi que la « rgle d’or budgtaire » va srieusement fragiliser les promesses d’augmentations faites aux enseignants. Et tout l’avenant… Pas tonnant ds lors que la prcipitation du gouvernement renforce le soupon. Quelles vrits sont encore sous le boisseau ?

Le dbat sur la dmocratie existe donc bel et bien. Cette dmocratie qui, telle que nous l’entendons, ne peut s’accommoder de la dissimulation. Face toutes ces contestations, le verdict de la prsidentielle de 2017 est de peu de poids.

Le problme, il est vrai, dpasse Emmanuel Macron. C’est celui de la Ve Rpublique. Le suffrage universel ne peut pas tre une arnaque suivie d’une sorte de bras d’honneur. C’est bien pourquoi, le moment venu, un projet d’une telle ampleur devait faire l’objet d’une vaste campagne d’information et d’une consultation spcifique.

Il est encore temps ! Sinon, c’est la ruse qui l’aura emport. Et Macron, qui n’est videmment pas un dictateur, aura affaibli une dmocratie laquelle il ne garantit pas le plus bel avenir.

Notre prsident est un dmocrate dans le genre de Tocqueville, qui disait avoir un got prononc pour « les institutions dmocratiques », tout en avouant tre « aristocratique par instinct ». Avant d’ajouter crment : « Je mprise et crains la foule. » Toute ressemblance… "

-----------------------------

(1) Dmocratie, histoire politique d’un mot (ditions Lux, 2019)

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


Répondre à cet article