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JEAN JAURES :
DISCOURS DU 8 FEVRIER 1910 SUR LES RETRAITES
( publication par le FIL DES COMMUNS )
mardi 11 février 2020
publié par Marc Lacreuse

JEAN-JAURES, DISCOURS DU 8 FEVRIER 1910

SUR LES RETRAITES

( publication FIL DES COMMUNS )

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En fvrier 1910, Jaurs assiste au Congrs de la SFIO dans la ville de Nmes. Une grande discussion s’entame sur la loi sur les retraites ouvrires. Ci-dessus sont reproduits des extraits de son discours.

……………

« Je vous demande d’appliquer la loi des retraites cet effort de combat, cet effort d’amlioration. J’en ai dit les lacunes graves, je pourrais les signaler plus longuement encore, mais n’oubliez pas les avantages caractristiques qu’elle offre. C’est d’abord, je le rpte et je n’y insiste pas, la reconnaissance du principe de l’assurance. Entre l’assurance et l’assistance, mme libralement organise, il y a un abme. L’assist, mme quand la loi lui donne ce qu’il appelle un droit, est oblig de plaider pour avoir la ralisation de ce droit ; il faut que le vieillard de 70 ans dmontre qu’il est indigent, et son indigence est value arbitrairement par les pouvoirs locaux qui, tantt amis, tantt hostiles, font trop souvent de la question d’assistance un moyen de gouvernement prfectoral dont les maires ruraux se font trop souvent les instruments.

Et puis, il faut que l’individu qumande, et dans son attitude d’assist, il sent encore peser sur ses paules, courbes par le travail, le poids de la servitude sociale. Au contraire, l’assur a un plein droit ; un droit absolu, un droit inconditionnel ; son titre est l, aussi certain que l’est pour les bourgeois, en priode bourgeoise, le titre de rente. l’age fix par la loi en vertu d’une table de mortalit publiquement calcule, et dont les rsultats sont publics, il a le droit d’exiger, il exige, il reoit un certain chiffre et il ne reoit pas seulement un recours matriel, il reoit un secours de dignit morale. (Applaudissements)

Et, camarade, ne vous y trompez pas […], ce n’est pas l’heure o il arrive l’heure de la retraite, ce n’est pas seulement 60, 65 ans, que le vieil ouvrier a ce rconfort, c’est quand il voit la suite de la vie. Aujourd’hui, quand l’ouvrier de 40 ans voit passer ct de lui un vieux de 60 ans sans abri, sans travail, sans retraite, mendiant, importun et mpris, tout coup, mme en pleine force, et surtout si sa force commence dchoir, se voit d’avance, comme dans un miroir sinistre, dans la figure fltrie de ce pauvre homme et il se dit : C’est comme cela que je serai dans quelques annes, et il y a vers lui un reflux d’abjection… (Vifs applaudissements). Ds demain, si vous le voulez, par le vote immdiat de la loi, et par l’effort d’amlioration que nous ferons tout de suite, ds demain, tous les vieux relveront le front, et tous les jeunes, tous les hommes mrs se diront du moins que la fin de la vie ne sera pas pour eux le foss o se couche la bte aux abois… Eh bien, cela, c’est un rsultat que nous ne devons pas ajourner. (Applaudissements)

[…] Les lois de protection ouvrire, outre leur effet immdiat, ont cet effet admirable d’aider prcisment les ouvriers groups mieux revendiquer et bien revendiquer. Et la loi mme des retraites ouvrires dont nous parlons en ce moment, n’aura pas seulement pour effet d’accrotre – je ne dirai pas le bien-tre – mais la scurit, l’humble scurit, la dignit des ouvriers ; elle accrot leur force de combat.

Croyez-vous qu’en cas de grve, ce ne sera pas une chose excellente que la famille ouvrire, au lieu d’avoir, comme aujourd’hui, le vieux comme un charge en plus, ait le vieux assur avec sa pension, qui mme en temps de grve aidera le crdit de la famille ?

(Applaudissements) »

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