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Dans Le Monde du 17-4-2018.
Dépasser le capitalisme anglo-saxon.
par Philippe Escande
mardi 17 avril 2018
publié par Christian Maurel

Dépasser le capitalisme anglo-saxon.

Marx avait raison ! Cri du cœur étrange pour l’un des économistes les plus médiatiques de l’establishment français, Patrick Artus, chef économiste de la banque Natixis. Depuis plus de dix ans, ses ouvrages, écrits avec la journaliste Marie-Paule Virard, nous ont avertis successivement que le capitalisme allait s’autodétruire (2007), que la liquidité était incontrôlable (2010), que le monde allait au chaos (2015) et que les banques centrales étaient folles (2016). Dans son nouvel opus, toujours aussi optimiste, le duo se demande si les salariés ne vont pas se révolter.

Bipolarisation du travail

Sans appeler ouvertement le peuple à sortir dans la rue fourches à la main, les auteurs dressent un réquisitoire bien révolutionnaire contre la finance mondiale qui, au lieu de s’assagir après la crise de 2008, est repartie de plus belle. Bien pire, même, puisque la stagnation économique a révélé que le capitalisme financier, poussé par les grands investisseurs anglo-saxons, a gardé les mêmes critères de rendement sur capitaux investis alors que les taux d’intérêt s’étaient effondrés. Résultat, pour maintenir de telles rétributions aux actionnaires dans une économie atone, sous forme de dividendes ou de rachats d’actions, les entreprises ont fait porter aux salariés la charge de l’ajustement. D’abord en comprimant les salaires, puis en licenciant.

Mais ce n’est que la moitié, la plus connue, de l’histoire. L’autre, plus mystérieuse, est qu’avec la reprise, ancienne aux États-Unis, plus récente en Europe, un phénomène nouveau est apparu. Les entreprises ont engrangé les profits, ont acheté des concurrents mais n’ont pas investi ni augmenté les salaires comme elles le faisaient dans les précédentes phases de reprise. Pas d’augmentation ni de hausse des prix : bienvenue dans le monde étrange de l’inflation zéro. Sauf pour les profits et les rémunérations des actionnaires et des PDG. " On est obligés de constater que la prospérité des riches est associée à une pauvreté et à des inégalités de revenu accrues et à rien d’autre ", affirme le révolutionnaire Artus. Un phénomène qui s’est doublé, avec la désindustrialisation et la révolution technologique, d’une bipolarisation du travail qui a rongé la classe moyenne, creusé les inégalités et fait le lit des populismes.

Ce n’est qu’au dernier tiers du livre que le lecteur sera, selon son opinion, soulagé ou déçu. Le duo Artus-Virard ne propose pas de renverser la table mais il en appelle à un " capitalisme européen " face à l’hégémonie financière anglo-saxonne et à la menace du capitalisme étatique chinois. Les auteurs préconisent un effort -massif d’éducation, plus de participation aux bénéfices, notamment dans les PME, ils suggèrent de faire payer plus de charges aux entreprises qui licencient, d’accroître la représentation des salariés dans les conseils d’administration et de favoriser l’émergence d’investisseurs de long terme européens. Réhabiliter Marx pour tenter de lui donner tort.

Patrick Artus et Marie-Paule Virard, Et si les salariés se révoltaient ? Plaidoyer pour un capitalisme européen , éditions Fayard.

Philippe Escande.

© Le Monde


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