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Des Maisons des Jeunes et de la Culture en lutte... pour leur survie.
Christian Maurel.
samedi 25 avril 2015
publié par Christian Maurel

L’histoire se répèterait-elle ? Depuis un certain temps, il y a quelque chose comme un goût de déjà vu, si j’en juge par ce que je lis sur les réseaux sociaux, sur internet et dans la presse nationale dont notre site s’est déjà fait l’écho....

Cela me rappelle les années 70 du siècle dernier et quelques luttes homériques qui défrayaient la chronique, mobilisaient des artistes, faisaient descendre de nombreux citoyens dans les rues pour défendre ces espaces de liberté qu’étaient et que représentaient les Maisons des Jeunes et de la Culture issues de l’esprit et des combats de la Libération. Je me souviens de la MJC Théâtre des Deux Portes, de la MJC de la Porte de Vanves, des MJC de Viry-Châtillon, de Boulogne-Billancourt, de l’"Insoumise" de Courbevoie, des MJC de Reims, d’Ay-Champagne accusées de "faire de la politique" alors qu’elles auraient dû se limiter "à faire de l’animation". J’en oublie beaucoup. Quel directeur ou directrice de MJC de la décennie de l’après 68 n’est pas passé dans une MJC menacée et conduite à se mettre sur le pied de guerre ?...

Immanquablement, lors de chaque Congrès et Journées Nationales d’Études des personnels de la Fédération Française des MJC se mettait en place une commission "MJC en lutte" pour faire état de la situation nationale, d’en rendre compte, d’organiser la solidarité, d’apporter des soutiens... jusqu’à ce que soit prise la décision de mettre en route la fameuse "opération Help !" qui rassembla un jour d’octobre 1976 quelques 10000 personnes, rue de de Rivoli à Paris, dans une manifestation particulièrement dynamique et haute en couleurs. Je garde le souvenir des MJC de Normandie venues avec une vache en chair et en os, de la MJC d’Orly avec ses chevaux du "club d’équitation populaire" et des MJC de Champagne-Ardennes vendant du champagne étiqueté "action Help !". Tout n’avait pas été écoulé ce jour-là et on en a bu encore longtemps après...

Sans doute, ces MJC et leur fédération nationale avaient-elles commis la grave erreur de s’opposer aux injonctions d’un certain Joseph Comiti, ministre de la Jeunesse et des Sports, et de refuser le plan de démentellement d’un réseau puissant et fortement implanté ainsi que d’un corps professionnel qui ne mettait pas sa langue dans sa poche. Sans aucun doute, dans cette période d’effervescence sociale, culturelle et politique, nombreuses MJC faisaient-elles le choix de voir bien au delà du loisir éducatif pour s’emparer des questions de société et de créer des alliances avec les mouvements sociaux émergents qui parlaient de liberté d’avortement, des dangers du nucléaire, de libération des ondes, de féminisme ou encore des droits des homosexuels...

C’était trop pour de nombreuses municipalités. L’histoire se répète aujourd’hui. Est-ce pour les mêmes raisons ? Le monde n’est plus tout-à-fait le même et les motifs invoqués pour réduire les moyens aux associations ne sont sans doute pas aussi franchement formulés d’autant que l’argument de la réduction des financements d’État auprès des collectivités locales semble suffire et évite d’invoquer des raisons plus politiques.

Cette posture commune, espérons-le non concertée (ne prenons pas le risque du procès d’intention...), entre l’État et les collectivités locales qui ne pensent qu’en terme de réduction des coûts imposée par une Europe à la solde des marchés, va totalement à l’encontre du seul engagement qui vaille : construire un imaginaire social à même de mobiliser les citoyens autour d’un projet de société permettant de s’opposer aux menaces qui mettent en péril l’Humanité, de la proximité à l’horizon planétaire, ici et là-bas.

C’est en effet à ce niveau d’exigence que doit se situer aujourd’hui une éducation populaire à la dimension des enjeux de notre temps. Les MJC ont les compétences et les forces de s’y impliquer... à condition qu’on leur reconnaisse cette mission et qu’on ne leur coupe pas les ailes. Est-il bien sûr que les institutions, les élus et les partis aient ce niveau d’exigence et de réflexion tant ils sont préoccupés de leur survie ou de leur réélection ?


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