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Pôle Ressources « Arts, Cultures, Santé et Handicaps » Bourgogne-Franche-Comté
Donner du sens à la vie par l’activité artistique
Article de Joëlle Caullier
jeudi 18 janvier 2018
publié par Madeleine Abassade

Pour ouvrir cette 1ère lettre d’information de l’année d’Itinéraires Singuliers, Joëlle Caullier (Professeur émérite de l’Université de Lille et administratrice au sein de l’association) nous offre son regard et ses mots.

Donner du sens à la vie par l’activité artistique

« Vivre heureux, qui ne le désire ! Mais lorsqu’il s’agit de définir ce qui rend la vie heureuse, tout le monde tâtonne. » [1]

On parle beaucoup aujourd’hui de transitions : transition écologique, transition démographique, transition industrielle, transition démocratique… Nous sommes désormais entrés dans une étape décisive de l’histoire humaine, l’anthropocène, qui constate l’entière responsabilité des hommes dans l’épuisement de leur maison, la terre. Cette prise de conscience appelle des changements profonds dans les comportements individuels et collectifs et dans les raisonnements qui construisent la place de l’humain dans l’univers. Mais ces transformations doivent encore convaincre qu’elles sont réalisables, car il en va de l’avenir des générations futures comme de la santé physique et mentale des générations présentes. Dans le même temps, la pensée du bonheur semble n’avoir jamais été aussi vivace et l’on voit fleurir les livres, groupes d‘action et de réflexion qui s’en préoccupent, clamant la nécessité d’autres visions du monde que celle qui promeut la compétitivité, la performance, la domination et qui abandonne tant d’individus au bord du chemin.

Déplacer notre regard vers le bien-être de chacun en valorisant les manières « singulières » qu’ont les hommes de rêver et de construire leur place dans le monde, de déterminer ce qui fait sens pour eux, quelle que soit leur identité sociale, mentale, culturelle, physique, devient une urgence absolue. La première transition à effectuer est donc celle des consciences : prendre le temps de définir les véritables priorités de la vie et les conditions du bien-être individuel et commun.

Or vivre heureux suppose de parvenir à unir bonheur individuel et bien-être collectif. Il est pour cela indispensable de réintroduire du temps long dans des vies étouffées sous la pression des nécessités. Pourtant, bien que ce soit une condition de la joie de vivre, redonner du temps à la pensée, à l’affectivité et au déploiement du sentir ne s’obtient que de haute lutte et requiert toute la puissance de nos imaginations. Car il s’agit bien d’ouvrir de nouveaux horizons à notre vie en commun. Il faut donc stimuler, où que nous oeuvrions, dans les tiers-lieux ou non, toutes les capacités créatives afin de donner ou redonner l’envie d’aller de l’avant.

C’est ce qui motive l’action d’Itinéraires singuliers et de tous les professionnels et artistes qui s’associent à l’association pour redonner énergie et confiance à tous ceux qui, plus ou moins fragilisés par les circonstances, ne demandent qu’à participer à l’élaboration du sens, de leur sens, en commun. Les expressions artistiques se situent en effet au carrefour des réflexions et pratiques qui visent la transformation démocratique, fondée sur la créativité et l’action des individus dans les expérimentations et les prises de décision. Il s’agit bien là de façonner un ciment symbolique du commun à travers des processus artistiques particulièrement aptes à entretenir le cycle du don qui préside à l’harmonie sociale : « demander, donner, recevoir, rendre », et qui combattent son inverse infernal : « ignorer, prendre, refuser, garder » (Alain Caillé). Partager par l’art, c’est soulever la chape de plomb de la nécessité qui étouffe les exclus. Jouer, donner, rendre, partager… un enchaînement qui donne enfin le sentiment et la joie d’exister. C’est seulement l’activité pratique des hommes qui rend les choses communes. Les nouvelles formes de l’art –participatives, collaboratives, interactives – ainsi que l’implication des artistes dans les tiers-lieux y concourent en développant les capacités de chacun à transformer son environnement en un « milieu » enveloppant et stimulant, où la vie se vit pleinement sans être subie. L’art s’éprouve alors comme une véritable composante de l’art… de vivre.

Joëlle Caullier

Professeur émérite de l’Université de Lille

Administratrice de l’association Itinéraires Singuliers

- http://mailing.itinerairessingulier...

[1] (Sénèque, La Vie heureuse, Arlea, 1995, p. 152)


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