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ECHEC de la Conférence de paix sur le Proche-Orient
mardi 17 janvier 2017
publié par Madeleine Abassade

Dans le journal Libération du 15 janvier.

Jusqu’à la dernière minute, dimanche, les délégués des soixante-quinze pays présents à la Conférence de Paris pour la paix au Proche-Orient ont travaillé et retravaillé au mot près leur communiqué final. Fallait-il, au-delà de l’engagement en faveur de deux Etats (israélien et palestinien) envoyer un signal fort à Donald Trump en stipulant explicitement qu’« une tierce partie » ne pouvait pas prendre de décision unilatérale qui remettrait en question le statut de Jérusalem ? En d’autres termes, mettre en garde la nouvelle administration américaine sur le danger que représenterait le transfert de son ambassade à Jérusalem ? Beaucoup poussaient en ce sens mais les Américains, considérant sans doute qu’ils étaient allés suffisamment loin en s’abstenant le 23 décembre lors du vote de la résolution 2334 de l’ONU condamnant la colonisation israélienne, ont freiné de toutes leurs forces. Et ils l’ont emporté.

Frontières

Au final, les soixante-quinze délégués ont simplement appelé Israéliens et Palestiniens « à démontrer leur engagement pour la solution à deux Etats, et à s’abstenir d’actions unilatérales qui préjugeraient du résultat de la négociation, notamment sur les frontières, Jérusalem et les réfugiés », ajoutant que si de telles actions étaient prises, « ils ne les reconnaîtront pas ». Dans son discours de conclusion, le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, a juste rappelé que toute résolution du conflit devait se baser sur les frontières de 1967 et les grandes résolutions de l’ONU. Rien de bien nouveau donc, puisque la colonisation israélienne des territoires palestiniens est déjà considérée comme illégale aux yeux de la communauté internationale. Dimanche après-midi d’ailleurs, alors que le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, participait aux délibérations finales à Paris, le quotidien israélien Haaretz révélait que ce dernier avait au préalable passé un coup de fil au Premier ministre israélien, l’assurant qu’il ferait son possible pour atténuer la teneur du communiqué final et s’engageant à mettre son veto d’ici à l’intronisation de Donald Trump, le 20 janvier, à toute nouvelle résolution condamnant Israël au conseil de sécurité de l’ONU.

« Alerte »

L’intérêt de cette conférence relève donc davantage du symbole, voire du pot de départ, les équipes dirigeantes américaine et française étant chacune en partance. Pour François Hollande, cette initiative française est « une alerte » lancée au monde. « La solution à deux Etats est menacée par l’affaiblissement du camp de la paix, la hausse de la colonisation et le terrorisme, a clamé dimanche le président français devant les délégués. Mais comment penser que le Proche-Orient pourra retrouver sa stabilité si son plus ancien conflit n’est pas réglé ? » Répondant indirectement à Benyamin Nétanyahou qui avait qualifié cette conférence de « futile », le chef de l’Etat a précisé que « la naïveté serait de croire que le rapprochement entre Israël et ses voisins arabes serait possible sans que le conflit avec les Palestiniens ait été réglé ».

A quelques jours de l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, François Hollande a envoyé cet avertissement : « Plus de vingt ans après les accords d’Oslo, chacun doit bien comprendre quel est l’enjeu. Rien ne peut être improvisé ou bouleversé. […] La solution à deux Etats est la seule qui puisse apporter la paix. » Mais que Benyamin Nétanyhou se rassure, lui a dit en substance le président français, « il n’est pas question d’imposer » quoi que ce soit, « seules des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens peuvent conduire à la paix, nul ne le fera à leur place », ce qui est quasi mot pour mot le discours du Premier ministre israélien.

Si celui-ci, depuis le début, refusait d’entendre parler de cette conférence, le président palestinien, lui, était censé venir à Paris ce week-end. Mais les dirigeants français, soucieux de ne pas froisser davantage encore les Israéliens, ont préféré remettre ce déplacement à plus tard. Mahmoud Abbas va-t-il recourir à un plan B, en l’occurrence Moscou ? La Russie étant, ces temps-ci, avide de remplir les vides diplomatiques, il ne serait pas surprenant que Vladimir Poutine prenne la main sur le dossier israélo-palestinien. Selon une source palestinienne, le ministre russe des Affaires étrangères aurait proposé ces derniers jours à Saeb Erekat, le principal négociateur palestinien présent dans la capitale russe, de participer à une nouvelle conférence de paix à Moscou.

Alexandra Schwartzbrod


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