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par Yves Le Bechennec
Education populaire et archéologie
L’archéologie démonstrative doit se renouveler et se perfectionner.
samedi 1er septembre 2007
publié par Fernand Estèves

Vers une recherche/action autour de l’appropriation volontaire du passé gaulois dans la construction d’une histoire en diaspora de la communauté Sikh de Bobigny.

Depuis 1996, les archéologues du Département de la Seine-Saint-Denis ont choisi l’archéologie démonstrative comme moyen de médiatiser leur discipline auprès du public du Département.

Ces pratiques de reconstitution/présentation de techniques anciennes, que ce soient pour l’artisanat ou l’usage de l’armement, sont d’un grand intérêt scientifique, elles permettent de tester des hypothèses et de repérer ainsi rapidement celles qui sont aberrantes. Toutefois l’intérêt de ces pratiques de démonstration va au delà des apports scientifiques. Elles rencontrent un vif intérêt auprès de tous les publics du Département. Par leurs aspects visuels, elles permettent d’échapper aux à priori du langage savant, qui est le principal handicap dans le travail de révélation des vestiges archéologiques départementaux. Elles permettent ainsi d’inscrire les générations qui nous ont précédés dans ces territoires départementaux dans un certain réel et non seulement dans un discours mémoriel fondé uniquement sur des jeu de langages. Enfin, ces pratiques peuvent aujourd’hui à travers des actions concrètes servir de base à une recherche/action autour des notions de construction volontaire d’un patrimoine immatériel de l’immigration. Cette démarche participant d’une volonté de refondation des pratiques d’éducation populaire.

Vers une recherche/action autour de l’appropriation volontaire du passé gaulois dans la construction d’une histoire en diaspora de la communauté Sikh de Bobigny.

Objectifs stratégiques Les enjeux pour les archéologues du Département. Si l’on veut battre en brèches les idées reçues qui aboutissent aux habituelles réflexions de type « Mais la population de la Seine-Saint-Denis vient d’ailleurs, aussi, elle ne peut s’intéresser au passé de ces territoires » (la formulation étant généralement plus brutale et plus emprunte de pure racisme social), Il nous faut trouver les moyens simples de donner à voir ce que nous, archéologues, savons par notre activité quotidienne : les habitant du département se posent des questions sur ce qui s’est passé ici avant eux. Ils ne s’en posent pas moins que d’autres habitants de Département français à la composition sociale plus classique. Ils n’ont donc pas moins le droit à une histoire longue de ces territoires. Peut-être, peut-on même risquer l’hypothèse que la nécessité de vivre ensemble ici, poussent les seconde et troisième générations, souvent de nationalité française, à se chercher les moyens d’appartenir à ces territoires ? Un second enjeu est celui d’une extension vers la protohistoire des apports scientifiques de l’expérimentation. Cette refondation a transformé la Préhistoire et particulièrement le travail sur l’outillage en pierre. En effet c’est à partir du moment où des chercheurs se sont mis à tailler eux-mêmes du silex que l’archéologie préhistorique a progressé. Or en Protohistoire (âge du bronze et âge du fer) l’expérimentation se heurte à la technicité des procédures mises en œuvre il y a 2300 ans. Que se soit dans le domaine du travail du fer (forge dinanderie) ou dans le domaine des techniques de combat. Force est de constater que le travail des archéologues seuls ne suffit pas. Les artisans européens (forgerons mais également maîtres d’armes ou chaumiers), sont devenus dans ces disciplines relativement rares. Plus handicapants ils sont extrêmement influencés par les évolutions de ces techniques au 17ème et 18ème siècle et ont énormément de mal a se replacer dans des gestes simples, aussi nous avons besoin de nous appuyer sur des exemples proches fourmis par l’ethnologie. Cependant depuis notre expérience avec les artisans maliens du foyer de la rue Barra à Montreuil nous savons que ces compétences existent, ici, dans la population du Département.

Enfin, le travail d’archéologie démonstrative, pour rester attractif, doit se renouveler. D’autre part, il doit, pour être crédible se perfectionner. C’est dans cette double volonté de renouvellement et de perfectionnement que les archéologues du Département bâtissent des partenariats informels avec nos collègues suisses de l’Université de Lausanne. C’est surtout dans cette perspective que nous travaillons depuis le printemps 2007 avec des jeunes habitants de Bobigny, Pantin et La Courneuve originaires du Penjab. Scientifiquement le travail avec ces jeunes adeptes de la religion Sikh est important, pour notre compréhension des gestes techniques autorisés par l’armement gaulois. L’évolution des pratiques guerrières, en pratique d’arts martiaux, date pour les adeptes du Sikhisme du milieu du XIX en siècle. Une succession de gestes techniques regroupés sous l’appellation Gatka constituent un enregistrement des gestes et de moyens de les transmettre. Ce conservatoire des techniques de combat à l’arme blanche, qui allie épée et bouclier et particulièrement utile pour comprendre les enjeux des techniques du corps qui sous-tendent le matériel utilisé, et ou déposé dans les tombes de Bobigny, il y a 2300 ans par les Gaulois.

Les enjeux pour la communauté Sikh Pour la communauté Sikh, accepter de s’interroger sur l’armement gaulois dans le cadre d’un protocole expérimental, c’est faire une démarche novatrice. Il s’agit au premier chef d’initier une démarche d’intégration : déclarer publiquement que de jeunes panjabi ont quelque chose à dire sur l’histoire de la France. D’autre part pour des communautés majoritairement formées de fils d’agriculteurs et de fils de petits commerçants, et de ce fait poussé par leurs familles à étudier l’économie, revendiquer leur place dans une recherche qui relève des sciences sociales est franchir un pas important en terme d’émancipation.

Objectifs tactiques 2007/2008 Une invitation issue de la faculté de Lausanne à participer, les 31 août, 1er et 2 septembre 2007, a une vaste concentration de démonstrateur au pied des remparts de l’oppidum du mont Vully, riverain du lac de Neuchâtel, constitue une opportunité de valoriser à l’échelle de l’Europe archéologique cette recherche/action. Cette participation à trois jours d’ateliers qui associent sous forme d’université d’été des présentations et des tests de combat en grandeur nature ouverts au public. Ce premier temps suisse est un préalable, tant par la participation de tous les futurs acteurs de la recherche aux trois jours de manifestation que surtout par son cadre, le lac de Neuchâtel.

La conduite de cette recherche action nécessite la création d’une base de connaissance commune pour tous ces acteurs.
- Pour nos jeunes habitants du Département il s’agit d’acquérir une bonne connaissance de la recherche sur la période gauloise. Or l’archéologie fonctionne essentiellement par référence à de grands sites : « les sites éponymes » et de grands musées. La Suisse concentre avec le site éponyme de La Tène, les musées du Latenium et d’Yverdon-les-Bains. Les principales références, pour la période.
- Pour que les agents du Département et les autres archéologues de l’équipe de recherche acquièrent une base de connaissances théorique minimale sur la culture Sikh et plus généralement sur les cultures du Pendjab. Dans cette perspective la visite et l’hébergement dans deux gudjarat (deux temples sikhs) et le travail avec une chercheuse de l’écoles de haute études en science sociales spécialisée en en science des religion, Christine Molinier, qui achève actuellement une thèse sur la construction mémoriel de la diaspora Sikh en Angleterre et en France.

Un temps de formalisation de ce travail pourrait être la rédaction et la mise en ligne d’un texte dans le cadre de l’offre civile de réflexion (OCR). Démarche qui vise à relancer la réflexion autours des questions d’éducation populaire. Il s’agit de travailler ensemble la question des représentations de l’histoire et du patrimoine en Banlieue, non pas au travers du regard importé de chercheurs venus du « centre » mais à partir de l’expérience réelle de ceux qui vivent ces questions au quotidien.

Yves Le Bechennec 29/08/2007