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A PROPOS D’UTOPIE(s) ...
Entretien avec Rutger BREGMAN à propos de son livre " UTOPIES REALISTES "
( publié dans le journal l’Humanité le 7/02/18 )
jeudi 8 février 2018
publié par Marc Lacreuse

Une partie des origines de l’’Education populaire se trouvent dans les "utopies " sociales et politiques des siècles passés . Il en est sorti des pratiques qui aujourd’hui encore caractérisent certaines associations, collectifs ou forums qui en relèvent . Les nouvelles formes émergentes de cette éducation populaire "politique " peuvent être considérées comme les utopies utiles aux alternatives de demain : dans le domaine de la démocratie délibérative citoyenne, dans l’économie sociale, sur le plan de la solidarité internationale , etc ... L’article publié ci-dessous peut nourrir ce constat .

Marc Lacreuse . Corédacteur du site .


A PROPOS D’UTOPIE(s) ....

" ON A BESOIN DE SAVOIR PÖURQUOI ON SE MOBILISE ... "

entretien * avec Rutger BREGMAN

à propos de son livre " UTOPIES REALISTES " ( Seuil )

( paru dans l’Huma le 7/02/18 )

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" Dans ses " UTOPIES REALISTES " (Seuil ) le journaliste et essayiste néerlandais réhabilite les " idées folles " dans la construction et la réalisation d’une alternative à l’ordre néolibéral . Entretien . "

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- Vous rappelez dans votre ouvrage cette formule tracée sur les murs de Paris en mai 1968 : " Soyez réalistes, demandez l’impossible ! " . Comment le s " idées folles " de l’utopie d’aujourd’hui peuvent-elles devenir les évidences du lendemain ?

R.Bregman : Chaque étape de la civilisation - la fin de l’esclavage, la démocratie, l’égalité des droits entre les hommes et les femmes ... - a tout d’abord été une fantaisie utopîque. Souvenons-nous de ce qu’a écrit Oscar Wilde : Le progrès c’est la réalisation des utopies " . Le problème aujourd’hui n’est pas que nous n’en ayons pas, c’est que nous n’avons pas de nouvelle visions de l’utopie . Tout tient aux idées . Elles peuvent changer le monde et elles le changent effectivement .

-  Vous chahutez ce que vous appelez la gauche " perdante " d’aujourd’hui , dans sa tendance à participer au refoulement d’une alternative politique et sociale . Comment peut-elle sortir de cette attitude ?

R.Bregman : Je crois que le grand problème avec la gauche moderne, c’est qu’elle sait seulement à quoi elle s’oppose. Elle est contre l’austérité. Elle est contre la croissance. Elle est contre les pouvoirs établis. Elle est contre le racisme. Elle est contre le sexisme . Elle est contre l’homophobie. La liste est ouverte. Pour sûr, moi-même, je suis contre ces choses. Mais il n’est pas suffisant de savoir à quoi on s’oppose. On a auss i besoin de savoir pour quoi on se mobilise. La gauche a besoin d’esquisser une vision d’une société meilleure et de montrer comment on peut la réaliser. Au bout du compte l’espoir a plus de pouvoir que le désespoir .

- En néerlandais, le titre de votre ouvrage semble tracer un parallèle avec la formule de Marx appelant à " transformer le monde ". A quelles conditions les idées vous semblent-elles susceptibles de devenir une " force matérielle " . ?

R.Bregman : Une chose est certaine : le changement radical ne commence presque jamais au centre .Il ne commence pas avec le journalisme et les politiciens qui vont dans le sens du courant, les animateurs de débats télévisés et les personnalités médiatique. Il commence souvent dans les marges. Dans les plus folles d’entre elles. Chez les gens qui tout d’abord sont rejetés comme déraisonnables, comme irréalistes et comme prônant des choses impossibles . Ce qui est important, c’est d’engager le mouvement, de la construire à l’échelle locale. C’est ce qui est arrivé avec l’idée d’un revenu de base : il y a cinq ans, elle était complètement rejetée, maintenant elle est discutée au forum économique mondial de Davos. Mais souvenons-nous de ce fait : l’idée n’est pas née là-bas . "

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*Entretien traduit de l’anglais et réalisé par Jérôme Skalski .

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