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Dans Le Monde du 19-2-2017.
"Eviter l’effondrement" de Jean-Michel Naulot.
compte-rendu de lecture.
dimanche 19 février 2017
publié par Christian Maurel

Réformer pour s’épargner une nouvelle catastrophe financière.

Une crise est-elle sur le point d’éclater ? Pour l’auteur de ce réquisitoire, tous les ingrédients sont réunis, identiques à ceux qui ont conduit à la dépression de 1929, puis au choc de 2007-2008 : l’insuffisante régulation des marchés, la surabondance de liquidités financières et le niveau excessif des dettes publiques et privées. Jean-Michel Naulot est bien placé pour le savoir. Après une carrière dans la banque, il a passé dix ans au sein de l’Autorité des marchés financiers (AMF), le régulateur français du secteur, de 2003 à 2013.

Le constat qu’il dresse est redoutable : rien n’a changé ou presque. Les pratiques spéculatives à risque à l’origine de l’explosion de 2007 sont toujours répandues. Et les banques centrales, en faisant tourner la planche à billets, contribuent à la formation de nouvelles bulles. Les coupables ? La génération d’hommes politiques au pouvoir depuis les années 1980, dénonce l’ancien banquier. Pusillanimes et dogmatiques, convaincus des vertus du libéralisme, ils ont, selon lui, renoncé à réguler la finance aussi sérieusement qu’il le faudrait, y compris depuis 2007. Pire : ils ont oublié d’associer les peuples aux grandes décisions, notamment celles concernant l’Union européenne.

L’autisme des élites.

De fait, la construction de la monnaie unique illustre également l’autisme des élites, juge l’auteur. Loin d’avoir apporté la convergence promise, l’euro a plutôt creusé le fossé entre les pays du centre de la zone euro et ceux à la périphérie. Et ce parce qu’il n’a pas été accompagné de mécanismes de redistribution, tandis que l’union monétaire s’est enfermée dans un carcan de règles austéritaires, inspirées de l’ordolibéralisme allemand. Les pays en difficulté ne pouvant plus ajuster leur compétitivité en jouant sur leur taux de change, ils sont contraints de le faire en baissant les salaires.

Sans changement radical, tout cela nous mènera droit à une nouvelle catastrophe financière, assure Jean-Michel Naulot. Pour l’éviter, il suggère des réformes de bon sens permettant de mieux encadrer la finance. Par exemple, fixer un plafond au montant que les hedge funds sont autorisés à emprunter pour réaliser leurs achats spéculatifs. Ou encore, interdire purement et simplement la spéculation sur les matières premières.

L’ouvrage pose également une question-clé : si les citoyens refusent plus d’intégration politique en zone euro, quelles sont les alternatives ? L’auteur propose l’instauration d’un système où l’euro serait toujours utilisé pour les transactions internationales, mais où les Etats retrouveraient des marges de manœuvre en -reprenant, en interne, une monnaie nationale : l’eurofranc, l’euromark, l’eurolire… On peut regretter que Jean-Michel Naulot passe un peu vite sur les modalités qui permettraient à un tel régime de fonctionner vraiment, sous-estimant le haut degré d’interdépendance financière que les États membres ont noué depuis quinze ans. Mais il a le mérite d’ouvrir une réflexion saine et sans tabou sur le futur de la monnaie unique.

Marie Charrel.

© Le Monde


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