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DANSE
Irène Popard (1894-1950) : sa danse dans l’histoire de l’Education Populaire
Par Madeleine Abassade
mardi 11 décembre 2018
publié par Madeleine Abassade

Irène Popard, danseuse, pédagogue et féministe (1894-1950). Son histoire est liée à celle de l’Education Populaire

Dans un article publié sur le présent site, le PAJEP nous informe de la présence de documents sur Irène Popard, conservés dans les archives des associations de jeunesse et d’Education populaire. [1]

L’évocation de celle qui fut « à la fois danseuse, pédagogue et féministe » nous donne l’opportunité d’apporter des compléments d’informations sur le contexte de sa méthode d’éducation à la danse.

Irène Popard est en France, fondatrice de la « Gymnastique harmonique et rythmique ». Adolescente aux Etats-Unis, entre 1911 et 1913, elle découvre la danse d’Isadora Duncan à Boston, dont la liberté du corps sans l’entrave du corset ni du tutu, et ses pieds nus, vont influencer sa vie. Duncan, fascinée par l’antique, recherche les aptitudes « naturelles » du corps et invente une nouvelle façon de danser. Popard s’initie aux nouvelles conceptions des gymnastiques rythmiques et du corps dansant, jusqu’à fonder à Paris une école réservée aux femmes.

Danse et culture physique

Au début de son arrivée en France, Irène Popard poursuit sa formation auprès de Georges Demenÿ, un des fondateurs de la biomécanique qui est lui-même à la recherche d’une méthode de « gymnastique harmonique » inspirée par le modèle du corps grec. Pour lui, le type humain déterminé par la nature est en pleine possession de ses moyens, c’est l’homme fort et beau, l’idéal des Grecs anciens, auquel il faudrait ajouter les qualités intellectuelles et morales pour en faire un homme complet. Déjà Nietzsche, dans Naissance de la tragédie, avait écrit que les belles formes de la danse, dite Apollinienne, socialisent le Grec et lui apprennent à contrôler son corps pour éviter que ses affects, ses pulsons, ses émotions ne le détruisent.

« La danse » devient un art au singulier, elle régule la santé du corps social autant que celle de l’individu. Elle continue de progresser selon un certain académisme, elle n’est plus décorative et récréative, elle devient éducative. Les danses dites folkloriques, dont le pluriel désigne leur pluralité, sont laissées à leur histoire. « La danse » devient méthodes.

A travers la référence à la culture hellénique, les développements de « la danse » et de la culture physique se trouvent étroitement liés dans l’imaginaire du début du XX° siècle. Leur entrelacement façonne une véritable « culture du corps » qui se diffuse massivement entre la fin du XIX° siècle et les années 1930, en France en Allemagne et aux Etats-Unis [2]. A partir de ces références, en 1896, Pierre de Coubertin initie la renaissance des Jeux Olympiques, l’exercice physique est recommandé pour « le suave équilibre » entre la santé, la beauté, l’âme et le corps. Notons au passage que l’âme selon Nietzsche relève de « l’esprit chrétien » (Ecce homo)

Mais revenons à Irène Popard qui, musicienne, une fois arrivée en France, étudie la méthode rythmique de Dalcroze. Chef d’orchestre du Théâtre des Nouveautés d’Alger, en 1886-1887, Emile Jaques- Dalcroze veut « discipliner le sens de l’harmonie » des musiciens arabes de l’orchestre et développer leur « conscience du rythme » à partir du quatre temps. Il a alors l’idée de faire interpréter chaque temps par le geste, et part développer sa méthode à Genève. Il reproche à Isadora Duncan sa liberté rythmique, il veut faire « marcher en mesure ». Sa méthode est « au service d’une utopie sociale, appuyée sur l’idée d’un perfectionnement moral de l’individu. » [3]

L’école de danse pour femmes d’Irène Popard.

- A partir de 1917, Irène Popard commence à élaborer sa propre synthèse, convaincue qu’il faut trouver, comme dans l’Antiquité, une manière « d’intégrer l’Art dans la vie ». Une autre page de l’histoire de « la danse » en Russie devenue soviétique commence [4], [5] ainsi que celle de l’histoire des femmes : sous le pouvoir bolchevique, Alexandra Kolontaï est la première femme à devenir ministre. De son côté, Irène Popard développe une méthode d’entrainement corporel à l’intention de toutes les femmes. Elle donne ses premiers cours aux Éclaireuses de France. Elle enseigne à Aubervilliers et à Saint Denis. [6]

- En 1921, à Paris, Irène Popard ouvre une école de danse réservée aux femmes où elle exerce jusqu’à la fin de sa vie, mettant en place une pédagogie adaptée du jeune enfant à l’adulte, démarche très novatrice à l’époque. [7] Sa méthode se veut non seulement éducative (dès le plus jeune âge), voire rééducative (en cas de handicap), mais aussi artistique [8]. Sa méthode témoigne de l’efficacité pour chorégraphier d’imposants mouvements d’ensemble. Soutenue par une fraction du corps médical, la « gymnastique harmonique » d’Irène Popard connait une vaste diffusion, et se répand en France à une vitesse accrue après la Seconde Guerre mondiale.

- En 1949, un an avant sa mort, elle est sollicitée par la direction de l’Opéra de Paris pour contribuer, par la composition plastique et rythmique, à la chorégraphie de Serge Lifar (1905-1986) de la Naissance des couleurs sur une musique d’Arthur Honegger. [9] Rencontrant peu de succès, ce ballet ne sera représenté que deux fois.

- De nos jours L’Association nationale Irène Popard a pour objectif de défendre l’ enseignement de sa méthode « pour tous, sans élitisme, sans compétition et dans le respect de tous les participants quels que soient leurs aptitudes ». [10]

En 2008, l’Association nationale Irène Popard, créée pour cultiver la mémoire de la danseuse, a fait don des archives d’Irène Popard et de l’Association de Gymnastique Harmonique et Rythmique (AFGHR) au Centre national de la danse (CND), basé à Pantin.

[1] http://www.mille-et-une-vagues.org/...

[2] Annie Suquet L’Eveil des modernités. Une histoire de la danse (1870-1945). Editons Centre National de la danse, 2012, p. 140

[3] Annie Suquet. Ibid., p. 177

[4] Annie Suquet ibid.,p.609 à 648

[5] Christine Ezrahi, Les Cygnes du Kremlin. Ballet et pouvoir en Russie soviétique. Gremese, 2017.

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ir%C3....

[7] Philippe Le Moal (sous la direction de) Dictionnaire de la danse. Larousse, 1999, p.343.

[8] Annie Suquet, op.cit., p.188

[9] Annie Suquet, ibid.

[10] https://www.irene-popard.com/.


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