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LETTRE OUVERTE
« J’ai été mise à la porte pour des raisons "budgétaires et financières" »
Marie-Paule Chardon. Psychologue
mercredi 8 avril 2015
publié par Madeleine Abassade

« Je travaillais comme psychologue dans un service de psychiatrie adultes à Corbeil-Essonnes, secteur des Mozards. Embauchée le 1er septembre 2013 en contrat à durée déterminée, j’ai repris le poste de titulaire d’une psychologue partie à la retraite. Ceci revenait à supprimer un poste de fonctionnaire en le remplaçant par un poste aléatoire en CDD de six mois : sacré tour de passepasse. Quant à la partie administrative de mon recrutement, elle s’est faite par courrier et par téléphone, je n’ai jamais rencontré d’interlocuteur en chair et en os.(...)

(...) J’ai eu droit à deux reconductions de six mois et, fin février, je devais signer mon quatrième CDD. A chaque renouvellement de contrat, la chef de service a demandé un contrat à durée indéterminée et à chaque fois, il a été refusé pour des motifs différents.

Or, le jeudi 26 février 2015, pendant mes vacances, j’ai reçu une lettre recommandée de l’hôpital me signifiant le non-renouvellement de mon CDD. Selon cette lettre, le samedi 28 février devait être mon dernier jour de travail dans ce service. Un préavis de deux jours !

Aujourd’hui l’hôpital public peut virer une de ses salariés en deux jours.

Aujourd’hui l’hôpital public peut virer une psychologue-psychanalyste qui travaille avec vingt-cinq patients en thérapie et onze patients en atelier thérapeutique.

Aujourd’hui l’hôpital public peut virer une thérapeute du jour au lendemain alors que celle-ci a rendez-vous avec tous ces patients la semaine suivante sans lui permettre de préparer cette séparation.

« J’ai été mise à la porte pour des raisons "budgétaires et financières" » afin que le "plan de retour à l’équilibre financier" de l’hôpital soit en meilleure voie. Marie-Paule Chardon n’est pas un être humain en relation thérapeutique avec d’autres êtres humains. C’est une variable d’ajustement pour un plan. Comme a pu dire Monsieur Toulouse, le directeur de l’hôpital, "il ne faut quand même pas exagérer les conséquences d’une fin de CDD..." Même leur travail, ces gestionnaires le font mal ! La chef de service avait reçu confirmation du renouvellement de mon contrat le 13 février, suivie le 23 février par l’information contraire. Soit un retournement complet de la situation en dix jours ! Autre indice d’une gestion calamiteuse : dans notre service, une psychologue a été embauchée en CDD, deux mois avant ma mise à la porte.

Il serait aussi légitime de poser une question de fond : pourquoi ce trou abyssal dans les finances du centre hospitalier sud-francilien ? A qui incombe la responsabilité de ce dysfonctionnement ? Il faut savoir que l’hôpital a ouvert en 2012, en étant déjà en déficit !

Sur le plan professionnel, je me retrouve du jour au lendemain sans travail. Mais au-delà de ma personne, il y a les patients et le peu de cas qui est fait d’eux. Alors qu’ils ont souffert dans leur vie trop souvent de ruptures traumatiques, l’institution soignante leur inflige à nouveau des discontinuités de soins sans explication et sans paroles. Et comme le dit un collègue du service : "Avertir une psychologue au dernier moment (...) n’est pas seulement indigne sur le plan humain, c’est aussi une faute clinique".

Un souci de rentabilité sert de prétexte à ces gestes irresponsables. Comme si on ne pouvait pas agir autrement ! Stratégies misérables pour que personne ne puisse être désigné comme responsable de l’inhumanité de ces procédés. Ces tours de passe-passe technocratiques rendent illégitime toute discussion sur le fond et pire encore, découragent d’aimer son métier.

J’ai écrit cette lettre pour dénoncer ces faits mais aussi pour mettre ces dits serviteurs de l’Etat devant leur responsabilité et leur demander des comptes.

Enfin j’ai écrit cette lettre pour que d’autres que moi, en proie à des mésaventures comparables, les dénoncent aussi et que nous puissions unir nos refus dans une action commune contre tant de gâchis. Ne restons pas dans l’impuissance et dans l’isolement ! »

Marie-Paule Chardon Le 3 avril 2015 mpchardon@yahoo.fr


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