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d’où vient le foot ?
J’ai un ami anglais…
par Marc SALMON
vendredi 6 juin 2008
publié par Fernand Estèves

Le football est né en Angleterre au XIXe siècle… En même temps que la révolution industrielle. Associé au Rugby dans un premier temps, dans une même organisation, la scission de ces deux sports est, selon moi, primordiale si l’on veut tenter de comprendre l’intérêt autour de ce jeu.

J’ai un ami anglais ….. Cela semble sans intérêt, hors sujet, mais cet ami est le point de départ de ma réflexion. J’ai un ami anglais donc, avec qui j’ai eu la chance de travailler en studio d’enregistrement… C’est long le studio, avec les temps d’attente entre chaque prise, les multiples cafés bus, les clopes fumées on ne sait pourquoi …. Et les discussions qui vont bon train, jusqu’au moment où l’ami Andy (il s’appelle Andy, mon ami anglais) me sort cette phrase du haut de ses (presque) 40 ans : « En Angleterre, lorsque j’étais gamin, pour t’en sortir, t’avais deux solutions : Le rock, où le foot !!! » Comme je n’aime pas le football (et je m’en expliquerai plus tard) la discussion s’est orientée sur la musique, mais cette phrase est restée, et je me suis véritablement intéressé non pas au football, mais plutôt au « Vecteur Football », car cette phrase le laissait entendre : le football, ce n’est pas qu’un jeu. La question suivante était donc celle-ci : Pourquoi le football n’est-il pas (ou plus) qu’un jeu ?

Le football est né en Angleterre au XIXe siècle… En même temps que la révolution industrielle. Associé au Rugby dans un premier temps, dans une même organisation, la scission de ces deux sports est, selon moi, primordiale si l’on veut tenter de comprendre l’intérêt autour de ce jeu.

Lors de cette scission, le rugby, avec ses règles compliquées et sa complexité de jeu, ses exigences physiques, est parti « s’installer », si je puis dire, dans les universités. Le football, lui, s’est retrouvé au sein d’une structure nouvelle, qui a organisé son développement et son recrutement là où il y avait le plus de personnes potentiellement intéressées : les nouveaux quartiers populaires des grandes agglomérations industrielles (Londres, Liverpool, Leeds,….) Ces noms vous évoquent certainement quelques chose, amis footballeurs, non ?

Cette petite référence n’est pas anodine et nous informe sur une composante essentielle du football. Ce sport est identitaire, au sens premier du terme, et l’engouement qu’il suscite est fondé sur une identification territoriale puissante, voir violente dans certains cas.

Autre information historico-sociale. Ce sport c’est appuyé, en terme de « ressource humaine », sur les foyers concentrés de populations de ces nouveaux quartiers industriels, en d’autres termes, sur les classes populaires, ouvrières, pour qui ce sport au règles plus simples que le rugby, et dont les infrastructures étaient proches, représentait le divertissement sportif le plus abordable du quartier.

Au début du XX siècle, le football a connu sa première phase de développement professionnel, en même temps que la révolution industrielle se développait en Europe. En France, les premiers clubs professionnels apparaissent, l’un des plus anciens étant Le Havre, port industriel employant bon nombre d’ouvriers … Surprenant ? Pas tant que ça.

Le foot est avant tout un sport de prolo, j’ose le dire. Il est marqué par un attachement viscéral aux conditions de vie des hommes qui ont créé et développé les clubs. St Etienne, cité ouvrière de la métallurgie : son stade est surnommé « Le chaudron » Lens : Une lampe de mineur est sur son Blason. Je pourrais multiplier les exemples, mais allons plus loin.

Cet attachement identitaire géographique est également complété par les rapports politiques et économiques qu’a entretenu notre pays avec le reste du monde au cours du XX siècle.

Le RC Lens a connu sa grande époque de développement grâce aux joueurs polonais …. qui étaient bien souvent les fils des immigrés mineurs de fond. Marseille a très vite fait appel à des joueurs venus d’Afrique du Nord. Et notre Platini national est le fils d’un immigré italien venu bossé dans les mines de Lorraine.

Bref tous ces exemples ne font que confirmer une chose. Le football a été, (et demeure encore plus aujourd’hui) l’un des ascenseurs sociaux les plus lisibles de notre siècle, à l’échelle planétaire !!!

Malheureusement, (ben oui, l’histoire serait trop belle sinon), la politique, l’économique, la médiatisation, la mondialisation ont pris le pas sur ce sport et ses racines premières.

Quand, à une époque, Maradonna a tenté (avec la collaboration de Didier Roustand) de créer un syndicat de joueurs, pour défendre leurs intérêts propres, les réactions furent vivent chez les dirigeants de clubs…. Et rappelez-vous le savon que la FFF a passé à l’ami Rocheteau en 1978 quand celui-ci a osé évoquer les problèmes politiques liés à la dictature de l’époque au pouvoir en Argentine… Au fur et à mesure du siècle, les joueurs sont devenus des pions, débordés par leur propre succès, étouffés dans leur propre professionnalisme…. Je ne dis pas qu’ils sont bêtes ou indifférents. Je dis que l’identité de ce sport, au sens noble du terme, et tout ce qui la compose, a disparu au profit des profits.

Dernier exemple : 1998 …. Quel événement, la France célèbre son équipe, et notre président de l’époque, le grand Jacques (grand par la taille, on s’entend bien la dessus) nous sort sa France « Black Blanc Beur »… Elle était bien venue cette victoire après son incapacité à lutter contre « la fracture sociale » qu’il y avait en France lors de sa campagne pour les présidentielle de 1995… Encore un exemple qui montre bien que les joueurs ne contrôle plus rien, et que le foot, en tant que sport, est bien loin de ce qu’il aurait du rester : un jeu…. A ce sujet, Emmanuel Petit sort prochainement un livre où il dénonce cette mascarade. Il explique très clairement que la cohésion de l’équipe de France, cette représentativité si évidente, n’était qu’une façade, et que les joueurs eux mêmes ont renoncés à dire une vérité qui était beaucoup moins belle. C’était chacun pour sa gueule, son compte en banque, ses contrats publicitaires …. un peu triste non ?

Heureusement, il y a les supporters…. malheureusement aussi. Si ils sont les derniers représentants des racines évoquées au début, ils sont aussi parfois les pires ambassadeurs de leur pays, ville, voir même parfois de leur quartier….. Et j’en suis bien désolé. Cela nous offre alors une bien triste image d’un sport qui peut également nous donner des moments beaux, voir magiques, et ce autant à un gosse de huit ans dans une rue avec un ballon qu’à 80 000 personnes dans un stade…

Pour toutes ces dérives autour de ce jeu, je ne m’intéresse pas au football. Mais je suis comme tout le monde, ma vie a été marquée par ce sport.

En 1978 (j’avais sept ans), le Racing Club de Lens a collé un 6-0 à la lazzio de Rome en coupe de l’UEFA. Ma famille maternelle est de Lens, et pendant près de trente ans, à chaque fois que le sujet football était abordé dans la famille, on pouvait être sûr que mon grand père allait nous parler des trois buts de Dider Six…. Ca vous marque un gosse !!!

Pour en revenir à mon ami Andy, installé en France depuis une quinzaine d’année, il m’a toujours chambré sur la chanson française, les textes débiles, les histoires de quais de gares… Alors que l’Angleterre, c’est le rock, avec des vraies chansons sur la vraie vie !!!! Et un jour, Mickey 3D a sorti ce morceau : « Johnny Repp ». La chanson française rejoignait alors les préoccupations des rockers anglais. Merci les gars, grâce à vous, j’ai des arguments en studio !!!!

Marc SALMON 6/06/2008

Messages de forum :
J’ai un ami anglais…
mardi 15 juillet 2008
M. A

J’avais un père ouvrier qui détestait le foot. Avec ses origines du Sud de la France il aurait pu aimer le rugby, mais comme nous le dit Marc Salmon, ses règles bien trop compliquées l’ont tenu à l’écart d’un jeu que j’ai longtemps ignoré comme étant d’origine anglaise. Bref, dans son village, on pratiquait le vélo. Et c’est reparti, comme chaque année, juste après le défilé militaire du 14 juillet, pour un nouveau tour de France médiatisé par les journaux et la télé.

Si quelqu’un d’entre nous connaît aussi bien l’histoire du vélo que celle du foot qu’il ou elle nous le dise. C’est toujours passionnant de savoir à quelle culture, ici sportive, et ses dérives, la classe ouvrière et de tous les besogneux se forme. Opium du peuple ?

En quoi être témoin d’un match ou d’une course nous aide à penser ? A quel sentiment d’appartenance sommes nous soumis à regarder le défilé militaire du 14 juillet ?

Au nationalisme bien sûr. A la compétition, au recours de drogues pour être le plus fort, au jeu de la dissimulation des dopages, à l’illusion de posséder un pouvoir quand soi même sur le plan matériel et de l’exercice de la volonté de puissance on ne possède pas grand chose, ou peut être un chien de qui on peut se faire obéir et terroriser le voisin.

Il ne s’agit en aucun cas de condamner la pratique du sport, ses plaisirs mis en commun et pourquoi pas le plaisir d’avoir un chien et de boire un coup entre copains. Mais de rester critique à l’égard de ce qui oblige à la marche au pas de puissances économiques planétaire qui s’enrichissent de la guerre, des rencontres sportives, de la flambée des prix du pétrole et de l’élevage intensif des bêtes à manger, ce qui est bien plus grave que l’élévage canin de compagnie.

La communauté européenne a laissé la place à l’union autour d’un pouvoir médiatico politique qui entretient le nationalisme, défend le marché, qui laisse les plus démunis sur le carreau et leur donne l’espoir de s’en sortir en postulant pour l’armée, laissant aux sportifs professionnels la possibilité de s’enrichir et au peuple la seule possibilité d’être dupé par l’illusion d’un monde de paix sans frontières, mais au moins d’avoir un chien à qui parler.

Il faut croire que j’exagère, les sportifs passifs ont à se parler d’une victoire qui n’est pourtant pas la leur. Quant au citoyen qui promène son chien, il ramasse ses crottes et parle avec son voisin.

Mais pauvres soldats de Carcassonne, mais surtout pauvres spectateurs civils et blessés, rassemblés pour assister au "défilé"...

Il est préférable de faire du théâtre, sans laisser aller son corps, à l’embonpoint des envies de bouffes consolatrices du consommateur désargenté assis au mieux devant la télé, son chien à ses côtés. Autant aller jouer au foot ou pédaler dans Paris quartiers d’été. Mais j’oubliais qu’il y a des plaisirs de classes et des gamins qui s’ ennuient dans les quartiers.



J’ai un ami anglais. Foot politique