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ANTHOLOGIE
JULES VALLES : L’ART POPULAIRE
publication du Comit d’Histoire du Ministre de la Culture
mercredi 8 janvier 2020
publié par Marc Lacreuse

ANTHOLOGIE :

L’ART POPULAIRE

par JULES VALLES

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-  l’occasion du 60e anniversaire du ministre clbr en 2019, le Comit d’histoire a entrepris la publication de grands textes ayant particip la construction des politiques publiques de la culture et tmoignant de l’histoire longue du « rgalien culturel ». Ce projet s’est traduit par la mise en ligne rgulire, au fil de l’anne, de textes de diffrents registres -littraires, juridiques, politiques- et de diffrentes priodes historiques -des Lumires la cration du ministre des Affaires culturelles. Afin d’enrichir ce projet, le Comit recevra avec plaisir vos suggestions l’adresse suivante : comitehistoire@culture.gouv.fr

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JULES VALLES

" L’ART POPULAIRE " in LES ENFANTS DU PEUPLE - 1867

"L’art, mon sens, peut diriger les destines d’un peuple. Il est l’inspirateur souverain des sentiments qui entranent les dfaites mrites ou les victoires justes. C’est ceux qui s’occupent des choses de l’esprit qu’appartiennent la tche et le pouvoir de faire un peuple libre.

Mais l’art actuel n’en est pas l.

Il est encore aristocrate sa faon, faiseur de crmonies, esclave d’une tiquette qui est la fois une injure l’ignorance de la foule et au caractre de l’artiste.

On rabche de tous cts les mots d’galit et d’indpendance ; mais ceux-l mme qui les prononcent ne savent tre ni simples ni justes. Ils veulent toujours avoir l’air de parler d’en haut et se placent, pour enseigner le peuple, au-dessus et non au milieu des foules. Tandis que lui, ce pauvre peuple, a donn pour la conqute de la libert, aux heures d’garement, tout ce qu’il pouvait donner, trois mois de misre et des pintes de sang : les gentilshommes de l’esprit n’ont rien donn, rien ; et c’est piti de voir combien dans l’esprit et l’œuvre des littrateurs et des artistes qui furent les contemporains de ces luttes mmorables, sont graves profondes les marques de la vanit strile ou de la timidit coupable !

Les uns lchent les pieds des grands ; ils veulent des mdailles par-ci, un prix par-l, une croix pour finir ; ils auront rempli leur carrire, lorsqu’ force de courtisanerie ou de banalit, l’anciennet ou la faveur, ils auront commandes aux Beaux-Arts et fauteuil l’Institut.

D’autres sentent bien qu’ils ne sont que des coliers ou des plagiaires, mais ils n’osent – par peur du ridicule…ou de la faim !- rompre avec les habitudes de la confrrie, briser les moules pour ne pas paratre briser les vitres ; ils ne se sentent pas l’estomac assez bon ou la tte assez forte pour casser leur chane et vivre en loups ! […]

Je dis cela pour tous, philosophes, romanciers, sculpteurs ou peintres !

Ce n’est partout qu’imitation, contrefaon, plagiat, c’est--dire le contraire de la libert. Ceux-l mme qui ont du mrite et des convictions n’en font pas bnficier l’humanit. Il ne leur sert pas plus d’avoir de la force et du cœur, qu’il ne sert un cheval d’tre rapide et gnreux, si on l’enchane un poteau autour duquel il tourne sans cesse, les yeux bands. Ils n’ont pas, eux, les yeux bands ; mais quand ils remuent la tte, c’est toujours pour regarder en arrire. Mystagogues, mythologistes, oui, tous, presque tous ! Ceux qui s’appellent des libres penseurs, au lieu d’affirmer simplement la libert humaine, discutent, sermonnent et plantent autel contre autel ; s’ils nient un dogme, c’est pour en prcher un autre. En tous cas, ils parlent une langue laquelle le commun des mortels ne comprend rien, et qu’eux-mmes ne comprennent pas toujours, j’en suis sr ! […]

L’humanit sanglotte et se dbat, elle jette au ciel ses cris de maldiction ou de joie, de doute ou d’esprance ! Le commun des hommes subit passivement les lois fatales de la passion ou du hasard ; beaucoup sont peine mus ; chez la plupart, la sensation dure un moment et fuit irrflchie et folle comme un clair ; si elle survit l’accident et laisse une trace dans l’me, il n’est point dit que le patient saura jamais raconter cette histoire et fera bnficier le monde de son bonheur ou de ses souffrances.

Lui, l’artiste, au contraire, il ne se contente pas d’tre mu ; son me, comme l’eau de la source, retient et solidifie l’impression qui passe ; l’ide se moule, le sentiment prend corps et il faudra un choc pour entamer l’œuvre laquelle le gnie, plus gnreux que la source, aura laiss la vie en lui donnant l’immortalit.

Ainsi donc, tre sensible jusqu’ l’excs l’motion qui vient, avoir dj vu quand les autres regardent, entendu quand la foule coute, et savoir garder frissonnant tout cet essaim de penses et d’motions pour leur donner un jour l’essor en plein soleil, voil le rle et le don du gnie.

L’artiste frmit de toutes les joies, saigne de toutes les douleurs. Dans son œil se rflchissent les beaux et les mauvais spectacles ; dans son cœur, profond comme le lit d’un fleuve, se heurtent en courant les passions humaines. Mais plus heureux que d’autres, ce grand bless, il conserve, ardents ou tides, ses souvenirs, qui, au vent de l’inspiration, s’chappent en flammes claires dans un chef-d’œuvre. "

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« Source gallica.bnf.fr / BnF » – https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/b...

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