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simulacre de fusillade...
Kazem Shahryari et l’Art Studio théâtre mis sur la touche
Qu’en pensez-vous ?
mercredi 4 juin 2008
publié par Fernand Estèves

Conformément aux orientations reçues par la DRAC de la Ministre quant à la nouvelle répartition des crédits, Kazem Shahryari et l’Art Studio théâtre sont mis sur la touche...

Après 19 années, la DRAC retire son soutien à Kazem Shahryari et à l’Art Studio théâtre... Voilà le comportement du nouveau gouvernement face à 25 ans de travail d’un homme de lettres et de théâtre. Voilà comment on reconnaît ses 20 publications (théâtre, poésie, essais), une centaine d’ateliers d’écriture par an auprès de diverses populations, des dizaines de stages de formation professionnelle pour les acteurs…

Choqué par cette décision, Kazem se demande jusqu’où on peut avancer dans le mépris. Il y a 27 ans un peloton du gouvernement islamiste iranien le soumettait à des séances de simulacre de fusillades. Ceci n’était ni un destin ni un hasard mais une décision politique face au chant d’un poète.

Kazem pense que le choix du Ministère de la Culture est un simulacre de fusillade d’un poète fidèle à la liberté et qui travaille sans relâche sur la langue française. Ceci n’est ni un hasard, ni un destin mais une décision politique qui broie ses 25 ans d’existence en France et qui réveille les cauchemars du passé. Qu’en pensez-vous ?

Kazem Shahryari 06 98 20 60 13

Art Studio Théâtre 01 42 45 73 25 www.artstudiotheatre.org


Je suis né à côté d’une rivière. Erreur. J’aurais dû naître dans la rivière

Dans la rivière, j’aurais été parmi les grenouilles affamées, les gros poissons, et les crabes menacés par les mouettes grises jamais rassasiées. Le plus grand danger serait venu des filets des pêcheurs. Les pêcheurs qui m’auraient entraîné enfin sur la terre. Dans la rivière, tout aurait été clair. Une mesure, une seule mesure : mange ou l’on te mangera.

Je suis venu jusqu’à vous pour chanter la liberté. Là, où les choses semblent plus faciles. Là, où les marges si vastes de la démocratie font oublier la liberté. Un oubli qui éveille le mépris et qui fait mal.

Je suis entre deux guerres. La guerre des mitraillettes et la guerre des mensonges. Sorti indemne des rafales, je tremble parmi les mensonges.

Je crois que le plus beau moment de la vie d’un homme est le moment où il n’a plus rien à dire. Je cherche ce moment. Je cherche mais je crois que je n’y parviendrai jamais. Oui, c’est horrible. En fait, il m’est arrivé de vouloir tout dire pour me taire ensuite. Mais je me suis vite aperçu qu’il me restait ce que je dois dire.

***

J’ai récolté une jeunesse

Hors d’une mer sanglante

Pour semer la main d’un poète

Dans un jardin de peupliers

Une nuit encore

S’échouent les vagues

Sur le pas de mes yeux


MANIFESTE POUR LA LIBERTE

VOUS AVEZ DIT LIBERTE ?

"Que sais-je de la liberté" ? Au faîte de sa splendeur, au Ve siècle av . J-C, l’Athènes démocratique ne disait-elle pas, par la bouche de Périclès : "Mettez le bonheur dans la liberté et la liberté dans le courage". Comme Antigone disait ne savoir partager que l’amour, non la haine, nous n’avons à partager que la liberté. Liberté, là où est le bonheur. Mais…

Un jour, je dansais, soudain je fus entouré par les morts… les morts me poursuivaient, les morts m’interrogeaient, les morts m’interpellaient, les morts me culpabilisaient…Jusqu’à ce que je ne sois plus capable de me libérer d’eux… Désormais, leur mémoire était aussi vivante que moi-même. Rien à faire… une unique issue… les entendre… petit à petit nous nous sommes réconciliés… Et nous avons fini par vivre ensemble… Vivre avec nos morts pour leur permettre d’achever leur vie naturelle, d’accomplir leur rêve le plus cher. Moi, je me sentais vulnérable, non pas faible, mais vulnérable… Mes limites résonnaient à mes oreilles…Je clamais…

Aujourd’hui est un moment difficile de notre histoire. Je veux dire une "catastrophe", voilà comment je le nommerais, nous vivons au milieu d’une catastrophe. Certains goûtent à l’ivresse de devenir riches et plus forts. Et plus leurs bénéfices grandissent, plus ils rassemblent, en les réduisant, les plus forts. Et plus les faibles, de plus en plus nombreux, sont séparés. Eux sont des maîtres, eux sont les lions de la fable. Mais le maître de l’épopée et de la fable, Homère ne nous a-t-il pas depuis toujours appris : "il n’est pas de pacte entre les hommes et les lions".

Que dire ? Sommes-nous libres, malgré tout. Et si oui pour quoi faire ? Le poète mesure la trace des griffes de ce monde sur la liberté, seule partenaire de son utopie, son guide. Mes amis, fermez un instant vos yeux. Vous êtes libres. Mais la question de la liberté commence juste après cet instant, au moment où nous avons les yeux bien ouverts, lorsque nous voyons l’autre, les autres, lorsque nous devons faire quelques pas vers lui, vers eux, que nous devons reconstruire une rencontre et, surtout, surtout prendre soin de cette rencontre. Et voilà que la création de l’homme est en péril. A cause de sa liberté lorsqu’il ouvre les yeux et qu’il lui faut marcher. Liberté, double vivant hors de nous, comment faut-il aller te chercher et prendre soin de toi ?

Mais moi, je n’ai nulle part où déposer mes papiers, mes idées, non pour les protéger mais pour les partager, nulle part où déposer mon testament. Vous êtes témoins : le monde est devenu trop petit à partager, un seul maître, paraît-il, suffit, une seule banque, un seul marché suffit, un suffit, une suffit. Ainsi notre temps est une catastrophe : guerres pour en finir avec les adversaires, les autres, une seule littérature, un seul cinéma, une seule culture, une seule respiration. Un seul, une seule…Alors une voix me dit de me tourner vers les gouvernements, de questionner, d’exiger le retour de la liberté. Alors une autre voix me rappelle que "quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs" (article 35 de la Constitution de 1793). Alors… Oui ! Ce monde est trop petit. Pour nous la dégénérescence de la culture attise la plume de la pensée. Plus je reconnais que le monde est petit, plus je découvre que je ne suis pas libre. Toutes les lois nous contraignent à suivre la pensée de cet ancien nouveau petit monde. Et nous devons investir comme des esclaves pour racheter notre liberté, pour que les enfants de la terre ne naissent pas esclaves. Et nous devons être, comme depuis toujours, comme disait déjà Marc Aurèle :" droits et non pas redressés". Tel est le courage, où commence la liberté. Pour sauver l’avenir. Dans ce petit monde ceci est le premier mot de l’utopie. Mes amis, je rêve qu’au début du printemps, nous nous disions : « réinventons tout ce qui l’a déjà été ». Tout arrêter et tout recommencer.

Liberté, notre manque, toujours à inventer, à nous réinventer. Créons le monde à la mesure fraternelle de ce rêve. La poésie de tous par tous, le manifeste de l’utopie… Oui "Liberté, j’écris ton nom…". Vivre le courage de la liberté et le partage du bonheur. Une fenêtre ouverte sur l’art et l’avenir.

Oui, "Je ne sais partager que le bonheur". Fermez les yeux, nous sommes libres ! Ouvrez les yeux, nous sommes libres !

Kazem Shahryari Janvier 2001 Théâtre Jean Vilar, Vitry sur Seine Création « Pâle Comme la Lune »


Mémoire

Il nous faut

Un pacte humain

Une mémoire fabuleuse

Et des droits

Avant

Pendant

Après ces jours

Brûlés par le glacier funèbre

Un pacte et une mémoire homériques

Pour que tu retiennes à jamais

L’intime de ce

Pourquoi

Est-il tombé tant d’hommes

Est-il parti en fumées tant de possibles

Ont-ils fracassé tant de joies d’enfants

Il nous faut

Un pacte humain

Une mémoire fabuleuse

Des droits et

Une Lumière

Sur les jours heureux

Franchir la plaine de la liberté

Affirmer son bonheur

Ravir les deux souffles de la révolution

Centrer la morale de l’intelligence et

Apprendre à dire

Non

A la dégénérescence du courage

Qui nous rassemble dans la résistance

Kazem Shahryari