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INITIATIVE CITOYENNE D’USAGERS DE LA SNCF
L’APPEL DE MATABIAU *
NON A LA START-UP NATION !
mardi 11 février 2020
publié par Marc Lacreuse

APPEL DE MATABIAU *

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Vendredi 31 janvier 2020, nous tions 70 manifester dans les halls de la gare Matabiau * pour dnoncer la politique de suppression systmatique des guichets SNCF, le transfert de la billetterie sur Internet et la guerre sociale mene aux salaris du rail pour parvenir la marchandisation du service public ferroviaire.

Nous avons tourn en drision le « chatbot » du site ouiscnf.com.

Nous avons distribu une heure de pointe un millier de tracts « A guichets ferms ? » et quelques centaines de lettres adresser la ministre des Transports et au prsident de la SNCF, pour exiger qu’il reste possible de prendre le train sans disposer d’un smartphone, ou d’une imprimante avec connexion Internet.

Au mme moment, le mme tract et la mme lettre ont t distribus en gare de Grenoble par quelques membres d’Ecran total ; et une action du mme type que la ntre a t mene, moins nombreux, en gare de Mcon : avec leurs banderoles, les camarades d’Ecran total de la Sane-et-Loire ont surtout insist sur les dommages cologiques causs par l’expansion incessante du numrique. A Toulouse, il y avait aussi bien des membres d’Ecran total que d’Extinction Rebellion, des Gilets jaunes que des opposants aux compteurs Linky, de simples citoyens ou voyageurs en colre contre la direction de la SNCF, contre sa politique de dshumanisation – la suppression des humains partout o cela est possible, dans les gares, sur les trains, autour des voies, au profit de machines et d’algorithmes. Si nous avons trouv important de venir manifester dans une gare, en cette fin de mois de janvier, c’est la fois pour tmoigner notre soutien et notre reconnaissance aux grvistes du rail, fers de lance de la rsistance la dmolition du rgime de retraites ; et parce que le management que les cheminots subissent au quotidien est particulirement agressif et destructeur – il y a de nombreux parallles faire avec ce qu’ont connu les salaris de France Tlcom il y a vingt ans, entre autres les suicides qui se multiplient. Mais nous aurions pu aller dans bien d’autres endroits, partout o des agents des services publics sont supprims, ou rduits n’tre plus que les appendices embarrasss d’un site Internet, en gnral synonyme de ddale kafkaen pour les usagers : la Scu, la CAF, au Ple emploi, la Poste, au centre des impts, en Prfecture, l’cole…

C’est pourquoi nous lanons ici un appel la rsistance, par la dsobissance, contre le Plan Action publique 2022. Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont lanc ds leur intronisation ce projet de numrisation complte des services de l’tat pour la fin de leur quinquennat. La numrisation fait partie du cœur de leur projet politique, au mme titre que l’assouplissement du Code du Travail ou la fiscalit au service des riches investisseurs. Elle est un outil essentiel de la mise genoux de la socit qu’ils s’efforcent d’obtenir, de la mutation humaine qu’ils impulsent. L’lite dirigeante prend appui sur l’adhsion d’une part majoritaire de la population aux gadgets numriques, pour tenter de liquider des usages, des solidarits, des contacts physiques, qui rendaient encore trs incomplte la soumission de notre quotidien la bureaucratie et la marchandise.

Voir le compte-rendu de Gaspard d’Allens et Alain Pitton, « Des humains plutt que des machines : usagers et cheminots contestent la numrisation des gares », en date du 3 fvrier, sur le site www.reporterre.net

Aujourd’hui, il est temps de prendre enfin conscience de l’importance politique dcisive de cette numrisation galopante, et de tout ce qu’elle nous cote. Il y a une bataille culturelle mener dans notre quotidien personnel, dans les relations entre nous, dans les familles, dans les mouvements sociaux : nous pouvons vivre, nous instruire et communiquer sans prothse lectronique, en tous cas avec un usage largement rduit de celles-ci par rapport la pente qui nous emporte depuis vingt ans. Mais il y a aussi, immdiatement, une bataille mener en tant que salaris et usagers des services de base : refuser la numrisation obligatoire, partout o cela est encore possible. Dsobir, freiner des quatre fers, mettre des grains de sable, faire les idiots, pour que la numrisation intgrale ne soit pas possible, pour qu’il reste des guichets, des gens avec qui parler de vive voix, des formes d’organisation du travail et des services qui ne passent pas par Internet.

Des propositions en ce sens existent, qui demandent tre connues et multiplies. Le groupe Ecran total appelle ainsi refuser l’injonction tatique et mdiatique de dclarer ses revenus en ligne : ici, il s’agit moins de dsobissance que d’obstination et de discernement, puisqu’il s’avre que rien dans la loi ne peut permettre de sanctionner celles et ceux qui font leur dclaration sur papier. Que ceux qui ne se sont pas laisser attraper persistent ; que ceux qui ont cd de plus ou moins bonne grce fassent leur possible pour revenir en arrire.

Autre initiative, galement pour partie lie Ecran total : des professionnels de la sant, de l’action sociale et de l’ducation spcialise ont lanc en dcembre l’ide d’une « grve des donnes ». Ils appellent leurs collgues des tablissements hospitaliers et psychiatriques, des services sociaux, de tous les lieux d’accueil, d’aide et de soins, arrter de remplir les logiciels qui prolifrent, gaspillent de l’argent et du temps de travail, servent bureaucratiser leur pratique et les mettre sous pression. Cette « grve des outils gestionnaires et informatiss » est vue comme un moyen d’identifier et dfendre ce quoi ils tiennent le plus dans leur travail ; et comme une tentative de dstabiliser des directions et un gouvernement plus attachs aux chiffres de rentabilit qu’ la qualit des services rellement rendus.

Enfin, chez les enseignants, des voix s’lvent pour refuser la correction numrique des preuves de contrle continu du nouveau Bac. Le collectif Enseignant-e-s pour la plante dnonce le scandale cologique de la multiplication sans fin des crans, des serveurs informatiques et des data centers, et propose un refus de corriger les copies d’« E3C » dans ces conditions. Il rejoint ainsi cette occasion les propositions de l’Appel de Beauchastel, groupe d’enseignants de toute la France qui rejettent le projet d’cole numrique, c’est--dire l’utilisation de plus en plus massive de l’informatique et d’Internet, aussi bien pour la gestion des classes que pour l’enseignement lui-mme. Ces initiatives ne sont pas des recettes-miracle. Comme pour la grve classique, elles ncessitent d’tre partages largement pour avoir une chance de peser sur les dbats et gner les dcideurs. Mais elles ont le mrite de renouveler les modes d’action ; d’attirer l’attention sur une question, la technologie, trop souvent considre comme non politique, alors qu’elle est le facteur qui bouleverse le plus notre monde, sans que nous puissions jamais discuter et dcider de ses modalits de dveloppement. Et si elles se multiplient, ces formes de dsobissance sont peut-tre une des seules choses qui peut encore dranger la caste de technocrates au pouvoir, tout en nous redonnant un sentiment de force collective, de prise sur ce qui nous entoure.

Quelques Occitans d’Ecran total, le 6 fvrier 2020

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A guichets ferms ?

Nous venons protester ici contre la disparition programme des guichets au profit de la billetterie par Internet. Dans beaucoup de campagnes, cette politique signifie depuis longtemps la disparition de tout interlocuteur humain dans des gares fantmes. Dans les grandes villes aussi, des postes de vendeurs au guichet sont massivement supprims – de plus en plus vite ces derniers mois.

Ce n’est pas la SNCF qui s’adapte ainsi un changement d’habitude des voyageurs, une volution spontane de la socit. C’est la SNCF, comme tous les services ou anciens services de l’tat, qui veut faire voluer la socit marche force vers le tout-numrique.

Cette politique vis--vis de la billetterie n’est qu’un lment parmi d’autres d’une transformation globale de l’entreprise dans le sens de la dshumanisation :

$ suppression des « chefs de bord » sur les lignes de TER, ce qui laisse les conducteurs seuls sur la rame avec tous les voyageurs et tous les alas du trajet (voir l’accident du 16 octobre dernier dans les Ardennes) ;

$ priorit donne aux TGV, sur les liaisons moins rapides et moins coteuses en nergie ;

$ marchandisation des grandes gares, qui deviennent de vastes centres commerciaux ;

$ mise en place de barrires l’entre des quais, ne laissant passer que les personnes munies de billets et empchant notamment les voyageurs d’tre accompagns par des proches jusqu’ leur wagon.

Nous dnonons l’ensemble de cette volution qui fait augmenter les profits en dgradant le service et en restreignant les liberts – par exemple, la libert de voyager en train de manire anonyme qui allait de soi au XX sicle et qui disparat avec les billets nominatifs et le paiement en ligne. La direction de la SNCF et les gouvernements successifs sont tout simplement en train de dtruire le train comme moyen de transport accessible et populaire. Pour cela, il leur faut laminer les salaris, dont le statut est prcaris et dont le travail perd tout sens, l’image de ce qui s’est produit France Tlcom au dbut des annes 2000.

Nous appelons cheminots et usagers agir ENFIN ENSEMBLE, dans leur intrt commun, contre cette logique de marchandisation-numrisation. Dfendons-nous par l’entraide et la dsobissance.

Il est clair que le remplacement des contacts directs entre usagers et employs des services publics par des interfaces numriques n’est pas propre la SNCF. C’est une tendance lourde, que l’tat encourage par tous les moyens : le gouvernement actuel s’est fix pour objectif le basculement de tous les services publics sur Internet pour la fin du quinquennat Macron (voir le Plan Action publique 2022).

Partout, il devient de plus en plus difficile de trouver des agents de l’administration en chair et en os, capables de nous expliquer quelque chose de vive voix, de s’adapter notre situation particulire, de rsoudre un problme que nous rencontrons par la faute de leur organisation. Le numrique est non seulement un instrument essentiel des privatisations, mais il est aussi le triomphe de la bureaucratie.

A la Scu, la CAF, au Ple emploi, face au fisc, nous sommes tous perdants : les salaris sont mis sous pression, ou leur poste supprim ; les usagers sont mis au travail devant leur cran, et ils se font moins bien servir (pour parler trs poliment). Surtout, il y en a qui sont videmment plus perdants que d’autres. La numrisation des services de base rend la vie des pauvres encore plus infernale, encore plus absurde. Elle met en difficult des catgories de population qui n’en avaient pas besoin : ruraux mal connects et loigns des guichets restants, personnes ges mal quipes en informatique, prcaires mal l’aise avec les crans et les claviers, trangers matrisant mal le franais.

Il est temps de faire le lien entre notre addiction aux smartphones, aux rseaux sociaux, etc., et cette destruction la hache de ce qui restait de protection sociale, de redistribution conomiques, travers les services publics – malgr tous les dfauts qu’ils prsentaient. Il n’y aura pas de changement social sans une remise en cause frontale de l’informatique au travail, dans la consommation, dans nos rapports avec nos proches aussi bien qu’avec l’administration.

Refusons que toute la vie sociale soit organise autour d’Internet !

Dbranchons-nous, autant que faire se peut.

NON A LA START-UP NATION

Des usagers en colre

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* MATABIAU est un quartier de TOULOUSE .

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