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proposition de lecture faite par Benoit BORRITS :
" L’AUTONOMIE , UN CONCEPT GLOBAL "
par Allande SOCARROS
mercredi 26 février 2020
publié par Marc Lacreuse

L’AUTONOMIE , UN CONCEPT GLOBAL

par Allande SOCARROS

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" Le mot ‘autonomie’ rpond plusieurs dfinitions, selon les domaines auxquels il s’applique et les registres auxquels il se rfre (politique, juridico-institutionnel, philosophique, psychologique, tat physique…). D’origine grecque, ce vocable se dcompose ainsi : ‘autos’ qui signifie « ce qui vient de soi » et voque les actions individuelles d’un sujet donn, et ‘nomos’ qui renvoie aux « rgles et au lois tablies par la socit ». La conjonction des deux termes, soit ‘autonomos’ peut donc se rsumer par : « qui se rgit par ses propres lois » (source : cairn.info 2016). Une lecture psychologique, mais qui pourrait aussi bien s’appliquer la sphre politique, dsigne l’autonomie comme « le processus par lequel un homme ou un groupe d’hommes, acquiert ou dtermine de lui-mme ses propres rgles de conduite » (source : cairn.info 2016).

Une dfinition amusante que j’ai trouve lors de mes recherches sur internet spcifie quant elle que « l’autonomie, c’est dcider par soi-mme » et que « l’indpendance, c’est faire par soi-mme »… Prcisons qu’il s’agissait en l’occurence d’un texte produit par une institution oeuvrant dans le domaine de l’autonomie physique, savoir le Centre d’ducation Motrice de Donmartin, et que cela ne faisait pas rfrence la question politique. Car si l’autonomie tait, en ce domaine, la facult de dcider par soi-mme, sans pouvoir agir par soi mme… convenons que ce serait d’un intrt limit, pour ne pas dire sans intrt ! En dfinitive, la dfinition la plus simple et qui peut s’appliquer tous les domaines dtermine l’autonomie comme « la capacit se gouverner soi-mme avec, en corollaires, la facult de choisir et la libert de pouvoir agir, accepter ou refuser, en fonction de son jugement, de son libre-arbitre ».

D’une architecture institutionnelle globale…

Pour en rester la sphre ou se rejoignent le politique et le juridique dans une dfinition institutionnelle de l’autonomie, la formulation classique dtermine que « l’autonomie est la possibilit pour un groupe ou une communaut de s’administrer librement, dans le cadre prdfini d’une entit plus large rgie par un pouvoir central. Ce droit est limit par la tutelle administrative ou constitutionnelle du pouvoir central » (source : Wikipdia). Il y a dans cet nonc tout ce qui spare le concept de l’autonomie politico-institutionnelle communment admise, de l’autonomie relle que j’essaye avec mes modestes capacits de thoriser. Car une autonomie relle ne saurait se concevoir en regard d’un pouvoir central qui exercerait une tutelle son endroit. Ainsi que je l’ai dj formul, une autonomie relle ne peut s’envisager que dans le cadre d’un ensemble fdral abouti. La formule « autonomie relle » est dans mon esprit celle qui se concrtise dans une entit qui dispose, outre des comptences de gestion classique, de la facult lgislative ( faire la loi, donc) mais aussi du pouvoir rglementaire, et de la matrise fiscale. Une autonomie qui ne possde pas ces deux caractristiques – les capacits lgislatives et rglementaires et l’autorit fiscale – est un auto-gouvernement vocation gestionnaire qui reste sous l’emprise d’un tat tutlaire pour ce qui est de ces deux domaines fondamentaux. D’aucuns me rtorqueront peut-tre que l’tat franais admet que des territoires sous sa souverainet – la Polynsie et la Kanaky – puissent adopter des « Lois de Pays », mais vritablement il s’agit l d’ersatz de pouvoir lgislatif, car ces assembles doivent toujours soumettre leurs textes l’aval du Parlement franais… Aujourd’hui, c’est le maximum admissible au sein de la ‘Rpublique Une et Indivisible’…

Une autonomie pleine et entire, une autonomie relle, ne peut ainsi s’entendre que dans un ensemble europen rinvent sur un modle fdral abouti. J’entends par ‘modle fdral abouti’ un fdralisme qui ne se fonde pas sur des tats-nations, mais sur des entits historiques, gographiques, territoriales qui se fdrent librement et mettent en commun ce qu’il est pertinent de mener de concert. Un ensemble fdral abouti conoit que les entits fdres qui le souhaitent disposent de manire inalinable et inconditionnelle du droit l’autodtermination, donc de la possibilit de quitter, si tel est leur souhait, l’entit fdrale rpondant ce modle. Une organisation fdrale qui ne reconnatrait pas le droit l’autodtermination d’entits autonomes librement associes ne peut pas s’articuler avec un autonomie relle. C’est un apanage d’une autonomie relle, non contestable.

ces lments, j’ajouterai le concept de droit de retrait qu’une entit en autonomie relle devrait pouvoir, en tant que de besoin, exercer dans le cadre d’un fdralisme abouti. Ce ‘droit de retrait’ consisterait en une possibilit pour une entit d’autonomie de ne pas avoir appliquer des dcisions prises au niveau fdral, soit la facult d’exercer une souverainet conservatoire. Ce droit ne se concevrait videmment pas en perspective de rcuser les liberts fondamentales qui caractrisent une dmocratie, ni en remise en question des avances socitales (abolition de la peine de mort, par exemple), pas plus que des conqutes sociales. Il ne devrait consister qu’ faire acte de refus d’application d’une dcision ou une possibilit d’y droger, de ne pas participer son application, et cela pour des raisons thiques, morales, conceptuelles, comme, par exemple, la contribution des oprations de guerre ou mme seulement la constitution de forces armes, ou bien encore l’tablissement de relations diplomatiques avec des rgimes non-dmocratiques. Le droit l’autodtermination, le droit de retrait, une autonomie relle, un fdralisme abouti… ce sont l, de mon point de vue, les lments constitutifs d’une situation dans laquelle un pays, un peuple, une communaut peut librement faire ses choix et exercer ses droits fondamentaux, tout en tant intgr un ensemble supra-national de coopration conomique, d’harmonisation sociale par le haut, de solidarits renforces, d’orientations politiques bases sur la priorit environnementale, la justice sociale, les relations quitables entre pays, le progrs humain, la dmocratie la plus avance possible… Les entits autonomes et l’ensemble supra-national adhreraient sans rserve ce que je dfinirai comme une charte des valeurs fondamentales intgrant, bien videmment, l’adhsion aux liberts essentielles et leur respect : liberts d’expression, d’association, d’information, de runion, de conscience, de contestation, de croyance religieuse ou de non-croyance… Cette charte devra intgrer aussi les avances civilisatrices des dcennies ou sicles couls : l’abolition de la peine de mort, l’interdiction absolue des pratiques de tortures, le droit une ducation mancipatrice, le droit la contraception et l’avortement, l’galit de droits entre les femmes et les hommes, l’accs au travail, le droit un logement digne. Cet ensemble de valeurs sera un socle respecter en totalit et de manire imprieuse par les entits autonomes comme par l’ensemble fdral.

… l’organisation participative tous les chelons

Cette architecture institutionnelle du niveau d’une entit rige en autonomie relle doit pouvoir se dcliner en une dmocratie rinvente tous les chelons o se prennent des dcisions engageant la vie collective d’une communaut donne. Pour le dire plus clairement, le concept de dmocratie participative doit pouvoir se matrialiser et fonctionner du mieux possible. Une dmocratie participative relle… non pas la supercherie propose par quelques lites politiques franaises, sorties de l’ENA ou autres ‘Grandes coles’, et qui n’a d’autre but que de berner les esprits crdules. Dans la bouche de ces mystificateurs, le terme de ‘dmocratie participative’ est un pur dvoiement et ne recouvre aucune ralit, en tout cas pas celle d’associer vritablement les citoyens aux dcisions qui les concernent. La dmocratie participative, telle que je l’entends, c’est la facult pour tout un chacun d’avoir non seulement son mot dire sur la vie et le fonctionnement de la cit, mais aussi le pouvoir d’influer sur le cours des choses, d’agir sur la dcision politique. Mais, dans mon esprit, elle ne peut pas prendre in fine la place du dcisionnaire, car ce serait tomber dans ce que j’appelle les vieilles lunes de la dmocratie directe, concept fourre-tout qui n’a aucune prise sur les ralits et la complexit des socits modernes. Comme je l’ai dj exprim dans d’autres crits, ce mythe de la dmocratie directe, encore bien prgnant dans la doxa abertzale de gauche, a la vie dure mais il ne rsiste pas l’analyse critique. Il est trs facile de se rendre compte que « le peuple » ou « les masses » – appelons cela comme on veut – n’est pas (ne sont pas) en mesure d’exercer directement quelque pouvoir que ce soit, de dfinir et de mettre en oeuvre des politiques dont la complexit demandent des spcialisations et des outils ddis. Imaginons un groupe de personnes, qui runies sur un mode d’assemble gnrale, analyse des situations, tire des conclusions, adopte des dcisions… Comment ferait-on pour faire appliquer lesdites dcisions ? Il y aurait bien quelqu’un – quelques uns – qui serai(en)t dsign(s) pour cela… donc une dlgation de pouvoir ! Il est clair en outre – et bien souvent dmontr – que ce type de dmocratie idalise… est justement celle qui est la plus facile dvoyer, quand on sait combien il est facile de « trafiquer » une assemble gnrale, de crer des majorits de convenance, voire de manipuler une foule.

La dmocratie dite ‘de reprsentation’ ne s’est pas impos comme modle trs largement majoritaire par la confiscation progressive et sournoise par les « lites » du pouvoir aux « masses ». C’est pur simplisme de raisonner ainsi et c’est tout bonnement faux ! Il s’agit d’un mode de pense archi-manichen qui dpeint les lus/lites comme forcment malhonntes et corrompus, alors que le « peuple » lui – dont les lites ne feraient donc par partie… – est par de toutes les vertus. La ralit est que la dmocratie de reprsentation, soit l’exercice du pouvoir au travers de personnes dsigne par la voie lectorale, via le vote, est devenue la norme communment admise, car c’est le moyen le plus mme de s’adapter la complexit des socits et aux rponses politiques apporter. En affirmant cela, je ne prtend cependant pas que la dmocratie de reprsentation soit exempte de tares et qu’elle n’exige pas d’tre sensiblement amliore… Il doit tre possible de trouver une articulation fonctionnelle entre dmocratie participative et dmocratie de reprsentation, de manire ce que les dcisions politiques tous les chelons ne paraissent pas chapper au contrle des citoyens ou quelles soient perues comme allant l’encontre de leurs intrts. Encore que l aussi il faille viter de raisonner de faon monolithique, en considrant que tous les citoyens ont les mmes intrts ! C’est videmment faux dans nos socits complexes et multiformes. Une des possibilits d’articuler dmocratie de participation et dmocratie de reprsentation, ce serait par exemple de concevoir des Conseils citoyens qui, une fois mis en place, devraient tre associs tous les chelons de la rflexion et de la dcision politiques, sur tous types de sujets, du plus local au plus global.

Quid du municipalisme libertaire ?

Les ‘Conseils citoyens’, qui devraient avoir statut d’utilit publique, regrouperaient des personnes titre individuel, des associations, des groupements sociaux-professionnels et autres corps intermdiaires. Il va de soi que leur fonctionnement rpondrait aux plus fortes exigences dmocratiques, commencer par l’lection de leurs reprsentants auprs des instances lues. Car, il serait tout fait inconcevable d’exiger des autorits dcisionnaires qu’elles aient un fonctionnement dmocratique irrprochable… tout en ne s’y conformant pas soi-mme ! Les Conseils citoyens seraient les lieux o l’on dbattrait de tous sujets venant sur le devant de la scne publique, o l’on s’efforcerait, en tant que de besoin, de formuler des propositions ou contre-propositions des projets ports par des institutions lues (municipalits, intercommunalits, collectivits publiques, instances parlementaires). Les prises de position, les revendications et suggestions des Conseils citoyens seraient de plein droit, et donc sans possibilit de les escamoter, exprimes et dbattues au sein des instances lues dcisionnaires.

En formulant cette ide, je me rfre en partie ce que l’on appelle le municipalisme libertaire, qui a t dj mis en oeuvre ici ou l… avec des fortunes diverses, il est vrai… Pour prendre un exemple contemporain, le Rojava, entit kurde situe au nord et l’est de l’tat-nation syrien, peut tre considr comme une matrialisation de ce municipalisme libertaire. Je m’loigne toutefois de cette conception organisationnelle, sur au moins deux points. Le premier est que le municipalisme libertaire ne conoit quasiment son fonctionnement qu’en situations de conflits. Si, par la discussion et le compromis tirant vers le haut, on peut viter la confrontation et la belligrance, c’est toujours mieux pour l’harmonie et la coexistence sociale… cela tombe sous le sens ! Le second point sur lequel je n’adhre pas aux conceptions du municipalisme libertaire, c’est que le socle sur lequel est bas ce systme politique ce sont les communes. Or, le niveau communal, s’il est certes le plus proche du citoyen, n’est pas le plus pertinent pour laborer et mettre en oeuvre des politiques ncessitant une globalisation de la rflexion, de l’organisation et des moyens. En forant le trait, on peut dire qu’aujourd’hui, mis part les trs grosses municipalits, 90% des comptences de 90% des communes de l’tat franais sont penses, harmonises et conduites un niveau intercommunal, voire celle d’une collectivit territoriale. Et cette coopration est plutt une bonne chose en termes de moyens financiers adapts au plus juste, d’empchement de concurrences injustifies et de doublons, de neutralisations des npotismes. En outre, l’atomisation en quelques 35.000 communes (dbut 2019) a t pour l’tat franais un des moyens les plus efficaces pour asseoir et conforter son ultra-centralisme. De la sorte, il a empch que se cre des entits institutionnelles qui auraient pu contester sa tutelle, tout en nourrissant une comptition entre communes, incites sur-jouer une indpendance plus que relative, en particulier du fait de l’autorit de contrle prfectorale et de la quasi-totale dpendance financire. Diviser pour mieux rgner… c’est une vieille ficelle, mais qui marche toujours aussi bien ! En revanche, le municipalisme libertaire, en terme d’assembles de citoyens qui se prennent en main, rflchissent collectivement et proposent des alternatives dmocratiques et allant dans le sens du bien commun, est un concept tout fait intressant, tout fait en phase avec l’autonomie dans son acception globale. Pour en apprendre bien plus que mes quelques modestes rflexions au sujet du municipalisme libertaire, je ne saurai trop recommander la lecture d’un excellent article de la revue Ballast, en copiant et/ou activant le lien suivant : https://www.revue-ballast.fr/le-mun...

Pour un modle conomique autogestionnaire

Dans le domaine de l’conomie, le systme autogestionnaire est, de mon point de vue, la traduction naturelle, vidente, du concept de l’autonomie. Quelle dmarche est en effet plus conforme l’autonomie individuelle et collective que celle de maitriser son outil de travail, pour tre plus clair encore, d’en tre le propritaire, nonobstant le caractre pernicieux que peut avoir ce terme. La proprit collective des moyens de production reste mon sens une aspiration on ne peut plus lgitime, mme si l’idologie lniniste totalitaire et sa traduction en bureaucratie dictatoriale a pu dvoyer ce concept marxiste et lui ter toute crdibilit auprs des travailleurs, de ceux en particulier soumis au systme salarial.

En Pays Basque, nous avons dj dvelopp un systme autogestionnaire dans l’conomie, avec le modle coopratif ou cooprativisme. Mme s’il n’a pas t forcment l’initiateur de ce systme d’organisation et de gestion de la production par les travailleurs eux-mmes, le modle de Arrasate-Mondragon (Gipuzkoa) reste une rfrence incontournable. Il faut toutefois s’abstenir d’idaliser ce mouvement coopratif, car si le groupement MCC (Mondragon Cooperative Corporation) est en lui-mme une cooprative, la moiti seulement des quelques 300 entreprises qui y sont adhrentes est effectivement constitu de coopratives ouvrires de production. Autre donne rvlatrice d’un modle inachev dans le sens du concept d’autonomie rgissant le monde du travail, la encore seule la moiti des 60.000 personnes travaillant au sein du groupe MCC est constitue de cooprateurs, donc de copropritaires de l’outil de production, les autres tant des employs salaris. Donc, il y a quand-mme loin de la coupe aux lvres et il est ncessaire de dconstruire un mythe… pour pouvoir construire rellement un modle conomique qui serait, majoritairement en tous cas, en conformit avec les ides et valeurs de l’autogestion.

Il a t aussi reproch MCC d’avoir voulu aller « jouer dans la cour des grands » – les « grands » en question tant les entreprises capitalistes classiques concourant dans le marigot de la mondialisation nolibrale. En rachetant, en 2005, le groupe franais Brandt, la cooprative Fagor a mis le doigt dans un engrenage qui l’a broy, aussi bien conomiquement qu’thiquement, et l’a au final conduit sa perte en 2013. Car, dans le but de « gagner des parts de marchs dans la comptition mondiale » et « rduire le cot du travail pour tre comptitif en matire de prix » (rhtorique capitaliste s’il en est !), la cooprative Fagor avait cr釪e des filiales dans certains pays trangers (Maghreb, Pologne…). Des entreprises fonctionnant dans le plus pur modle capitaliste… aux antipodes donc de l’esprit coopratif. C’est videmment dommageable et regrettable pour les travailleurs qui ont pay, par la perte de leur emploi, cette drive inoue, ce dvoiement de l’esprit et de la pratique cooprativiste de la part d’une marque phare du modle coopratif, mais quelque part on peut se dire que cela servira de leon pour ne plus se commettre dans pareil mlange des genres…

On pourrait videmment me rtorquer que dans un environnement d’conomie mondialise, dans un modle no-libral, avec un capitalisme financiaris, une entreprise fonctionnant sous la forme de cooprative aura toujours des difficults tre comptitive, en matire de cots de production, donc de prix de revient et de vente. Je garde nanmoins la conviction qu’ partir du moment ou l’objectif n’est plus l’accumulation du profit en faveur d’actionnaires avides, de fonds de pensions et autres requins de la finance, une entreprise autogre peut parfaitement tre « comptitive » sur les marchs internationaux. Pour approfondir la rflexion sur cette question de l’autonomie rapporte au modle conomique autogestionnaire, j’incite lire le trs intressant texte de Marc Guillaume, professeur l’Universit Paris IX et collaborateur du Centre de recherche IRIS, dans la section ‘Travail et Socit’. Cette contribution intitule ‘Autogestion, autonomie, autotomie’ est librement accessible via le lien : https://books.openedition.org/iheid.... Je recommande aussi vivement, sur les thmatiques de l’autogestion, des coopratives, des alternatives au systme capitaliste, de lire les remarquables ouvrages du chercheur militant, essayiste, et animateur de l’association ‘Autogestion’ – www. autogestion.asso.fr – Benot Borrits, savoir : Coopratives contre capitalisme (ditions Syllepse, 2015) ; Travailler autrement : les coopratives (ditions du Dtour, 2017) ; Au del de la proprit, pour une conomie des communs (ditions La Dcouverte sciences politiques, 2018) et Virer les actionnaires, pourquoi et comment s’en passer ? (ditions Syllepse, janvier 2020). Pour qui veut aiguiser sa rflexion et ses connaissances sur les questions conomiques et les autres voies opposer au capitalisme, tout aussi recommandable est la lecture du site internet cr釪 et aliment par Benot Borrits : https://www.economie.org/

Le cooprativisme a, en outre, t totalement dvoy par certaines structures entrepreneuriales qui n’ont de coopratives que le nom. Cela s’est produit en particulier dans le domaine agricole ou para-agricole, car dans ces entits-l les paysans, du moins ceux qui rpondent vraiment cette dfinition, n’ont depuis belle lurette aucune prise relle sur les orientations et les dcisions. Ces fausses coopratives sont en revanche de vritables outils de pouvoir conomique et politiques pour des notables et des potentats. Le cas de Lur Berri, en Pays Basque, est ce titre un exemple tristement connu, mais il n’est pas, loin s’en faut, un phnomne isol.

Fort heureusement, des ralisations communes, bases sur la solidarit et la complmentarit, existent nanmoins chez nous pour dmontrer que le concept de l’autonomie appliqu la sphre conomique peut devenir une ralit tangible. C’est le cas par exemple avec des organismes comme Lurzaindia (anciennement GFAM du Pays Basque), les CLEFE (Comits Locaux d’pargne pour les Femmes) et les CLEJ (Comits Locaux d’pargne pour les Jeunes), voire les structures Hemen (association d’animation conomique visant, en particulier, un r釪quilibrage territorial de l’conomie basque) et Herrikoa (socit de capital-risque pour le dveloppement conomique en Pays Basque) ou encore la monnaie locale Eusko. Il faut convenir toutefois que la plupart de ces outils conomiques restent des modles inachev – aux sens de la plnitude des notions de l’autonomie et de l’autogestion, s’entend -, mais on peut le comprendre quand on sait l’emprise exerce par l’environnement capitaliste classique. Il reste certes du chemin parcourir, mais au moins la voie est trace…

L’autonomie, cela commence par soi-mme !

S’il me fallait maintenant dfinir le concept de l’autonomie dclin au niveau de l’individu, je dirai que l’autonomie, c’est d’abord et avant tout la facult de penser par soi-mme. Penser par soi-mme, mais non pas pour soi-mme ou, en tous cas par uniquement pour soi-mme ! Car il faut toujours veiller ce qu’il y est toujours une part de soi-mme qui trouve son accomplissement dans toute relation humaine, dans toute action sociale, dans toute ralisation collective. Mais si l’autonomie c’est penser par soi-mme, donc obligatoirement garder toujours son libre-arbitre, refuser l’inconditionnalit et les dogmes, cultiver le doute raisonnable, avoir l’esprit critique et constructif, cela doit s’insrer dans un esprit collectif et une pratique d’ensemble o les maitres-mots sont : la solidarit, la complmentarit, la recherche du bien-tre pour tout un chacun, l’harmonie sociale, la discussion pour rsoudre les conflits, le dbat pour faire avancer les choses… Vaste programme me dira-t’on ! Pourtant ce sont bien l les lments qui inscrivent l’autonomie individuelle dans un ensemble communautaire. mon sens, l’esprit de l’autonomie, c’est, par exemple, tre acteur dans des actions, des dmarches, des ralisations qui s’inscrivent dans une prise en charge de tout ce qui nous concerne dans notre vie de tous les jours et dans notre apport la marche la meilleure possible de la socit : crer des jardins partags, concevoir des logements mutualits intergnrationnels, mettre en place des lieux de mise en relation directe producteurs/consommateurs, produire son lectricit, retrouver le sens des choses communes… que sais-je encore ?

Pour tayer mon propos, je transcris ici quelques formulations d’un ouvrage dont je ne saurai trop recommander la lecture, et intitul : « Les cls de l’autonomie – Modles et processus d’accompagnement » – Stphanie Desfontaine & Stphane Montier / Prface de Vincent Lenhardt – Groupe Eyrolles, 2012 – Collection ‘Rfrences’ : « Une entit autonome sait reconnatre ce qui est bon pour elle dans l’environnement et se l’approprier pour alimenter sa propre autonomie (…) » ; « La personne autonome sait aussi s’intgrer facilement dans un collectif, comme une quipe professionnelle, un groupe de travail, etc. Elle comprend assez vite les rgles de fonctionnement du collectif adhre ses valeurs, se mobilise autour des objectifs fixs, sait articuler ses comptences avec celles des autres, accepte de prendre des responsabilits vis vis des autres et sait leur rendre compte de ce qu’elle fait et dcide (…) » ; « L’autonomie dveloppe une boucle vertueuse : plus la personne peut tre autonome, plus elle se connait et sait se matriser, plus elle peut tre en cohrence avec elle-mme (dcisions, actions, comportements, etc.), plus elle dveloppe son potentiel en harmonie avec son travail, plus elle se sent relie un collectif pluriel et plus elle vit une forme d’accomplissement. L’autonomie est source de cohrence, de dveloppement et d’harmonie qui sont autant de facteurs universels de bien-tre (…) ». Pour lire la totalit du chapitre 1 de cet ouvrage, le lien activer est le suivant : https://www.eyrolles.com/Chapitres/...

De ce que j’en comprends et en interprte, l’autonomie c’est pour moi une question de choix mais aussi de responsabilit, un accomplissement personnel mais aussi un apport bnfique au collectif, une construction individuelle mais aussi une pierre apporte l’difice commun, un tre soi-mme mais aussi un vivre avec les autres, se concevoir en un lment actif mais aussi en un tout efficient… L’autonomie c’est le rle que tout un chacun a jouer dans une socit qui sera juste, progressiste, organise pour atteindre aux objectifs de bien-tre et de bien-vivre de ses membres. Une douce rverie, une utopie diront certain ? C’est oublier que semer les graines de l’utopie permet de cultiver le champs des possibles et de s’affranchir de la socit du renoncement. Je termine par cette formule un peu ronflante ma prsente rflexion en la soumettant la lecture critique de celles et ceux qui auront eu la volont – et le courage ! – d’aller jusqu’au bout…

Car penser et raisonner par soi-mme et avec les autres, c’est cela aussi l’autonomie."

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Article original : http://hitzapitz.over-blog.com/2019...

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