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"Bénévoles et Citoyen"s de l’association Aurore
L’atelier recherche d’écritures chorégraphiques (danse)
Partage d’expérience. Par Madeleine Abassade
mardi 12 juillet 2016
publié par Madeleine Abassade

Partage d’expérience

A l’occasion de l’Assemblée Générale « Bénévoles et Citoyens » de l’Association ’Aurore du 22 juin 2016.

Retour sur l’atelier de recherche d’écritures chorégraphiques (danse).

Depuis deux semaines notre atelier a rejoint le site de l’ancien Hôpital Saint Vincent de Paul-Les Grands voisins

 De la passivité ?

Un des participants désigné comme « personne accueillie par l’association Aurore ( association professionnelle, au service de la lutte contre l’exclusion ) » [1], parmi les plus actifs et assidus de l’atelier de recherche d’écriture chorégraphique (danse contemporaine) que j’anime le jeudi avec le groupe "Cultures et passions", disait récemment que dans une large majorité les personnes accueillies par Aurore sont passives et ne se mobilisent ou ne s’impliquent dans des projets et ou activités collectives qu’à la seule condition qu’ils soient organisés et animés par des professionnels (ou bénévoles). Son constat s’appuyait sur ses deux expériences : d’une part celle des deux voyages européens auxquels il avait participé les années précédentes, et d’autre part celle du groupe « Cultures et passions » impulsé dans le prolongement du groupe de pilotage des deux programmes européens.

En tant que bénévole et citoyenne, travaillant pour l’association Aurore, il me semble que si nous souhaitons favoriser l’autonomie des personnes accueillies, sous réserve que cela soit bien l’objectif d’ensemble pour Aurore, il serait intéressant de tenir compte de la réflexion de ce participant parce qu’elle interroge la complexité de ce qui distingue l’animateur de l’animé ; l’actif de celui ou celle qui est pris en charge ; l’offre - l’organisation de la consommation ; le partage de compétences ou offre de mobilisation créative de l’inaction et de l’isolement....

Si le travail d’une réflexion plus approfondie sur ces questions de distinctions demanderait du temps, celui du partage et de la diffusion de l’information auprès des bénévoles, des salariés et des personnes accueillies par Aurore dans l’ensemble de ses établissements semblerait a priori assez simple. Mais il n’est pas si évident qu’on puisse parler de ce qui se passe dans cet atelier. Parler corps ?

Ce participant m’a aussi informé que la majorité des personnes qui composent le groupe prend des médicaments et que leur traitement participe à fatiguer. Aussi, l’atelier prévu initialement pour durer deux heures, s’est adapté en proposant une pratique de l’activité pendant une heure trente. Cet atelier existe depuis le mois de mars 2016. Il a commencé dans l’ancienne friche de l’INPI avant de se poursuivre dans celle de l’ancien hôpital Saint Vincent de Paul.

D’une friche à l’autre

L’essentiel de la recherche d’écriture chorégraphique de l’atelier aura porté dans un premier temps, par tâtonnement, sur la détente et la valorisation des mobilités du corps comme sources d’expressions et d’élargissement des perceptions corporelles et spatiales : où sommes nous ? Quelles sont les limites de l’espace dans lequel nous évoluons ? Et dans la perspective du déménagement de l’INPI [2] vers l’ancien hôpital St Vincent de Paul [3], la recherche active aura porté sur une renforcement de la constitution du groupe et des jeux sensoriels et articulaires à partir par exemple de la prise de conscience des mouvements des bras comme réalité et mise en acte de la symbolique de la fermeture et de l’ouverture. De nos pieds comme appuis premiers. D’expérimenter le jeu de l’alternance de la verticalité et de la perte d’équilibre, comment retrouver nos appuis, en inventer...

C’est à la fois dans un esprit ludique, de concentration, d’échanges de propositions, de respect de l’autre et d’écoute que le groupe évolue. Nous ne sommes pas dans une pédagogie du modèle, mais de la recherche d’échange de possibles, de savoirs.

L’espace de l’art est un lieu de mobilisation de l’imaginaire

Le rôle d’animatrice de cet atelier de danse consiste à mettre à disposition des outils et à souligner que l’espace de l’art est un lieu de mobilisation de l’imaginaire : changer ses rythmes, ses postures, repérer des règles, les inventer, prendre des initiatives, être soi dans le collectif, retrouver le plaisir du jeu et d’appartenance à un groupe, trouver sa propre danse et l’inscrire dans des formes et rythmes communs avec les autres...

Les participants ont demandé que l’atelier privilégie la relaxation, reprenne des moments qui ont été abordés et qu’un temps de parole introduise et termine l’atelier.

Il est important de souligner que le groupe a été à l’initiative de la décision de se procurer des tapis de sol. Cet outil nous permet de percevoir le sol comme premier partenaire, reprenant à notre faveur la phrase de Steeve Paxton le sol est notre premier partenaire individuel et collectif et à ce titre « on ne danse jamais seul ».

C’est après une réflexion conduite avec Joelle Fouyet que nous avons décidé de ne pas associer le mot danse à cet atelier. La désignation de l’atelier par la recherche d’écriture chorégraphique suggère la danse et évite de renvoyer à des représentations fermées. Cette désignation a aussi pour avantage de valoriser les propositions extrêmement riches des participants que j’avais pu apprécier dans la première période de 6 mois qui a précédé la mise en place de l’atelier.

Le choix de proposer un travail corporel

Ce travail de recherche du mouvement dansé, vient prendre la place d’ un déferlement de paroles souvent dispersées que j’avais constaté dans la première période où j’animais une forme de café-philo qui mélangeait des textes, des jeux théâtraux, des discussions à bâtons rompus souvent assis autour d’une table. Je me heurtais aux mêmes questions : Comment faire groupe ? Comment agir ensemble dans le respect des différences propres à chacun ? Comment s’écouter ? Comment permettre à chacun de pouvoir s’exprimer sans en être empêché par « les fortes » personnalités ?

Il s’agit avec cet atelier de se mobiliser au sens premier du terme : se mettre en mouvement, collectivement, de trouver ses appuis, de porter un regard bienveillant sur les corps, donc les personnes, tels qu’ils sont et d’accepter ces différences comme autant de richesses à partager. Accueillir l’autre, danser en relation avec soi et l’extérieur à soi, être avec l’autre dans un espace commun qui se construit ensemble. Se rencontrer, agir ensemble...Quelle place alors pour la parole de chacun ? Nous sommes passés à un temps d’expression qui favorise celles des corps qui dansent. Ce qui n’a rien d’évident..Mais la créativité qui s’y déploie est surprenante. Chacun cherche, et nous cherchons ensemble, une écriture qui se déplie-déploie dans l’espace. Qui surgit et qui échappe. Nous expérimentons, de manières simples et complexes, d’être "les sculpteurs" de notre propre espace comme dirait Laurence Louppe [4]. Une expérience joyeuse de liberté dont seule la pratique semblerait pouvoir témoigner. Oser sortir des chemins tout tracés ? Prendre le risque, très relatif, de perdre ses habitudes posturales, pour mieux se retrouver debout ?

Il a été entendu que cet atelier doit pouvoir maintenant s’ouvrir à toutes les personnes désireuses d’y participer.

Madeleine Abassade. Chorégraphe, recherches collectives de la pratique de la danse, écrire dans l’espace.... Atelier pour l’association Aurore. Texte dans le cadre de l’AG du 22 juin 2016

Projet en septembre

Le jeudi 7 juillet, à l’issue du dernier atelier avant la période des vacances d’été, les participants du groupe "Cultures et passions" de l’association Aurore ont décidé de poursuivre la recherche chorégraphique (trouver sa propre danse dans un espace commun) à partir du mois de septembre 2016. L’atelier se tiendrait le jeudi de 15 h à 17 h dans "la maison des médecins" de l’ancien hôpital Saint Vincent de Paul à Paris. [5]

Post Scriptum :

Photo en logo : http://www.linstantparisien.com/mam...

[1] ,http://aurore.asso.fr/

[2] ancienne friche mise à la disposition de l’association Aurore par la ville de Paris

[3] http://lesgrandsvoisins.org/

[4] Poétique de la danse contemporaine

[5] Ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul 82, Avenue Denfert-Rochereau 75 014 Paris


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