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Dans Le Monde.fr du 3-4-2018
L’inquitante radicalité d’une minorité de jeunes.
Etude sociologique et sa critique.
mardi 3 avril 2018
publié par Christian Maurel

Où l’on voit comment sur une question de société essentielle impliquant directement les individus, on se trouve confronté à un ensemble complexe de problèmes : politiques, éthiques, moraux, sociaux, épistémologiques... Max Wéber disait que la recherche scientifique qui se voulait objective devait en permanence se prémunir contre l’emprise des valeurs et des croyances dont elle devait faire un objet d’étude et non un élément interprétatif des phénomènes. Dans certains situations, cela parait très difficile surtout quand il y va du respect des croyances et de la vie d’individus réellement ou potentiellement victimes du terrorisme. Le "gouvernement des hommes" est d’une autre nature que celle de "l’administration des choses".

Christian Maurel, corédacteur du site.

L’inquiétante radicalité d’une minorité de jeunes.

Les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland ont mené une enquête inédite auprès de 7 000 lycéens, qui conclut à un « effet islam », dans l’adhésion de certains jeunes Français aux idées radicales et absolutistes.

Livre .

Un quart des lycéens interrogés ne condamnent pas totalement les attentats contre Charlie Hebdo et le Bataclan, 80 % considèrent qu’on ne peut pas se moquer des religions, 68 % pensent que les médias n’ont pas dit toute la vérité sur les attentats de 2015, un tiers pense qu’il est « acceptable dans certains cas de participer à une action violente pour défendre ses idées »…

Mettre des chiffres et des mots sur un sentiment diffus, celui de la « tentation radicale » chez les jeunes : voilà l’ambition de cet ouvrage, issu d’une enquête menée auprès de 7 000 lycéens de classe de seconde, âgés de 14 à 16 ans, par une équipe de sociologues sous l’égide du CNRS.

Trois ans ont passé depuis ce moment d’effarement collectif devant l’évidente rupture culturelle exprimée par une partie de la jeunesse après l’attentat du 7 janvier 2015. Pour la première fois, La Tentation radicale offre un panorama de ce problème, en évaluant l’adhésion à l’absolutisme religieux, à la violence religieuse, à la radicalité politique en opinion ou en acte, et à cette nouvelle « radicalité informationnelle » de ceux qui ne font plus confiance aux médias et adhèrent aux théories du complot.

Les chercheurs ont adressé des questionnaires à 7 000 lycéens de quatre territoires où « des manifestations de radicalité » ont été constatées ces quinze dernières années (émeutes urbaines, blocages de lycées, affrontements avec la police) : la région lilloise, l’Ile-de-France et l’académie d’Aix-Marseille. Auxquelles a été ajoutée l’académie de Dijon pour assurer une diversité.

Dans le groupe d’élèves interrogés, 26 % se déclarent musulmans et 39 % sont scolarisés dans des lycées populaires ou très populaires. C’est bien plus que dans un groupe représentatif des lycéens français, mais à dessein, puisque l’ambition était de montrer la prévalence des idées radicales, y compris chez les jeunes musulmans – qui auraient été trop peu nombreux dans un échantillon représentatif.

De multiples variables

Les résultats de cette étude minutieuse viennent étayer le constat de 2015 : une minorité de jeunes – en particulier les jeunes musulmans – adhèrent à un absolutisme religieux. Pour définir l’adhésion des élèves à « la radicalité » religieuse, ou leur « propension à la violence » – deux facteurs qui se conjuguent chez les 20 % de jeunes musulmans déclarant acceptable de « se battre armes à la main pour défendre sa religion » –, ceux-ci ont dû répondre à une batterie de questions. Ainsi, pour définir le degré d’« absolutisme » de leur croyance religieuse, les lycéens doivent estimer, entre autres, si « c’est plutôt la religion qui a raison sur la question de la création du monde ». Pour 81 % des musulmans, c’est oui (contre 27 % des chrétiens).

La grande force de cet ouvrage minutieux réside dans le fait qu’il n’isole pas la question de la radicalité religieuse des autres aspirations à la rupture présentes chez les lycéens interrogés. A propos de la radicalité religieuse comme de la radicalité politique, les chercheurs s’interrogent sur l’articulation entre idéologie et actes : tous les individus radicaux ne sont pas violents, et tous les jeunes ayant une propension à la violence ne s’appuient pas forcément sur des croyances.

Et les auteurs de décortiquer la provenance de ces aspirations, en faisant jouer toutes les variables. A-t-on plus de chances d’adhérer à la radicalité violente si l’on est décrocheur scolaire, issu d’un milieu défavorisé, victime de discriminations ? Car la volonté de « rupture » des jeunes tient à leurs croyances, c’est vrai, mais aussi à leur quartier, à leur rapport avec la police, à leur acculturation à la violence.

Si les résultats de l’enquête n’en restent pas moins inquiétants, la palette d’interactions sociales et de données culturelles ici étudiée donne à voir un tableau varié, plus mouvant qu’on aurait pu l’imaginer.

Les extraits d’entretiens réalisés avec les lycéens permettent d’entrevoir ce qu’ils pensent et comment ils le pensent. On assiste aux tiraillements, aux questionnements qui agitent une jeunesse où se recompose à peu près tout ce qui fait faire corps avec une société : le rapport au savoir, à l’information, à la mémoire collective, à la représentation démocratique…

Si les résultats de l’enquête n’en restent pas moins inquiétants, la palette d’interactions sociales et de données culturelles ici étudiée donne à voir un tableau varié, plus mouvant qu’on aurait pu l’imaginer. Elle a aussi le mérite d’offrir une base de données solide, capable de résister aux exagérations des discours alarmistes. Des données à même de nous aider à mener une réflexion éclairée sur le sujet.

La Tentation radicale . Olivier Galland et Anne Muxel (Presses Universitaires de France)

« La radicalité religieuse concerne principalement les jeunes de confession musulmane »

Le retour à la religion des musulmans est à contre-courant de la forte sécularisation des autres jeunes, expliquent les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland.

Les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland, auteurs d’une enquête inédite sur la radicalité chez les jeunes menée auprès de 7 000 lycéens, reviennent sur leur démarche et les conclusions de leur travail qui révèle « un clivage culturel entre les jeunes musulmans et les non-musulmans ».

Pourquoi s’intéresser aujourd’hui à la radicalité, et quelle définition en donnez-vous ?

Anne Muxel La radicalité peut tenter la jeunesse dans toute sa diversité. Certains phénomènes en sont visibles : violence contre les forces de l’ordre, blocage de lycées, extrémisme électoral, sans oublier la question du djihad. Telle que nous la définissons, la radicalité est constituée par un ensemble d’attitudes et d’actes exprimant a minima une protestation et pouvant aller jusqu’à la contestation frontale du système politique ainsi que des normes sociales et culturelles dominantes. Elle peut être arrimée à une idéologie, à une religion, ou ni à l’une ni à l’autre ; elle peut mener à un passage à l’acte violent dans certains cas.

Quelle est l’ampleur du phénomène ?

Olivier Galland Nous avons pris en compte trois types de radicalité : religieuse, politique et culturelle. Pour donner un ordre de grandeur, la radicalité religieuse concerne principalement les jeunes de confession musulmane. La radicalité politique touche un spectre plus large, notamment au travers de la diffusion d’une culture protestataire, et la radicalité culturelle, notamment dans le rapport à l’information, et la séduction pour les thèses du complot, concerne beaucoup de jeunes.

Votre enquête révèle l’existence d’une « radicalité du quotidien », non seulement sur des questions religieuses mais aussi sur des questions de mœurs. Comment l’expliquer ?

O. G. Cette enquête révèle en effet un clivage culturel entre les jeunes musulmans et les non-musulmans. Les musulmans reviennent fortement à une pratique religieuse, à l’inverse d’un mouvement de forte sécularisation des autres jeunes. Sur l’adhésion au libéralisme culturel, que nous avons mesuré avec des questions sur l’homosexualité et le rôle des femmes, les écarts entre les jeunes qui se déclarent musulmans et les autres sont forts. Les jeunes musulmans sont tiraillés entre leur pratique de l’islam et d’autres éléments culturels

A. M. Les résultats montrent une tension entre les différentes valeurs auxquelles adhèrent ces jeunes. Sur la sexualité, les prescriptions alimentaires, le port du voile, il existe bien des écarts entre les jeunes de confession musulmane et les autres. Mais sur l’égalité hommes-femmes par exemple, l’écart est moins grand, surtout chez les filles. Les jeunes musulmans sont tiraillés entre leur pratique de l’islam et d’autres éléments culturels, ceux de la société dans laquelle ils vivent.

Vous montrez qu’en matière de radicalité religieuse, la religion musulmane et le degré de religiosité peuvent prendre le pas sur d’autres facteurs, comme l’origine sociale ou l’échec scolaire…

O. G. L’idée qu’il n’y a qu’une seule religion qui dit la vérité, et que la religion prime sur la science, est partagée par un tiers des jeunes musulmans interrogés, contre 6 % des chrétiens. Reste à voir si d’autres facteurs le font baisser : selon notre enquête, l’exclusion économique ne joue pas, mais le sentiment de discrimination exerce un effet.

Mais une variable de « tolérance à la violence-déviance » vient affaiblir l’effet du facteur religieux dans la justification de la violence religieuse… L’acceptation de la violence dans la vie sociale joue un rôle dans l’adhésion à la violence religieuse

O. G. Nous avons évalué l’acculturation à la violence grâce à plusieurs questions : trouvent-ils normal de voler quelque chose ? Sont-ils prêts à se battre avec la police ? Et ce facteur-là est important. L’acceptation de la violence dans la vie sociale joue un rôle dans l’adhésion à la violence religieuse, qui ne tient donc pas seulement à un substrat idéologique. A l’évidence, une socialisation violente existe dans les quartiers où la majorité des jeunes ont été interrogés. Par ailleurs, la justification de la violence religieuse est un phénomène important chez les garçons, mais marginal chez les filles.

Vous proposez pour la première fois une analyse détaillée des réactions des lycéens aux attentats de 2015. Jusqu’ici, il s’agissait principalement de récits isolés d’événements survenus en classe…

O. G. Pour comprendre les réactions des jeunes, nous disposons en effet pour la première fois de réponses quantifiées, mais d’éléments issus du volet qualitatif. Pour ceux qui ont une conception absolutiste de la religion, celle-ci est « sacrée », et on ne peut pas y toucher. En même temps, leur conception de la religion est très individualisée : beaucoup déclarent que se moquer de la religion, c’est attaquer leur propre personne

A. M. Le maître mot de ces jeunes est le mot « respect ». Une sacralisation du respect qui finit par prendre le pas sur la liberté d’expression et qui permet de comprendre certaines réactions ambivalentes vis-à-vis de l’attentat contre Charlie Hebdo.

Ne craignez-vous pas que ces résultats viennent alimenter des polémiques ?

O. G. On ne peut pas renoncer à la connaissance pour éviter les risques de stigmatisation. Ce n’est pas bon, car les démagogues de tous bords peuvent alors dire ce qu’ils veulent sans données précises pour les contredire. Nous pensons au contraire qu’il faut regarder la réalité en face. Par exemple, le chapitre sur la « radicalité informationnelle » révèle une défiance énorme vis-à-vis des médias. Cela révèle un vrai chantier à ouvrir, dans l’enceinte de l’école. Car le fait que chacun se construise sa propre vérité ouvre des brèches énormes pour les idées complotistes et la radicalité. Retenons que la grande majorité des jeunes musulmans, les deux tiers d’entre eux, ne sont pas concernés

A. M. Cette enquête a été menée sans idées préconçues. Nous avons voulu contribuer au débat en fournissant des données empiriques, recueillies sur le terrain. Ces données pourront, comme toujours, être utilisées par les uns ou les autres… Mais nous espérons contribuer à une réflexion sur cette tentation radicale qui touche une minorité significative de la jeunesse.

La radicalité religieuse qui concerne certains jeunes musulmans est préoccupante. Il faut réfléchir aux moyens que l’on peut mobiliser pour endiguer le phénomène, au travers des politiques publiques et de l’école. Mais retenons que la grande majorité des jeunes musulmans, les deux tiers d’entre eux, ne sont pas concernés.

Dans les formes de radicalité politique que vous avez étudiées, l’enquête montre qu’une minorité de jeunes adhère à une radicalité « de rupture » potentiellement violente…

A. M. Deux types de radicalité politique peuvent être distingués : une radicalité de « protestation » et une radicalité de « rupture ». La première s’est banalisée et concerne une majorité de jeunes qui considèrent que participer à des manifestations ou à des blocages de lycée fait partie intégrante de l’expression démocratique. Elle s’inscrit dans une demande de démocratie plus ou moins directe.

La radicalité « de rupture » exprime un refus frontal du système et le passage à la violence politique. Elle concerne, dans notre enquête, entre un et deux jeunes sur dix, ce qui est loin d’être négligeable. Rappelons que nos résultats portent sur des lycéens entre 14 et 16 ans, en classes de seconde. A cet âge, ils expriment encore une relative distance vis-à-vis de la politique institutionnelle. Nos résultats font apparaître une dissociation entre le fait d’avoir une relation à la politique et une attirance pour la radicalité, qu’elle soit violente ou non.

Une étude à charge contre l’islam.

Pour le socio-démographe Patrick Simon, l’enquête d’Olivier Galland et Anne Muxel minore les discriminations dont sont victimes certains lycéen.

La radicalisation religieuse est au cœur des débats politiques. Les départs de candidats au djihad pour la Syrie et pour l’Irak, et surtout les attaques terroristes qui se répètent, ont dramatisé une question à laquelle les sciences sociales apportent des réponses contradictoires : selon quels processus de jeunes Français se réclamant de l’islam en sont-ils arrivés à tuer au nom de leurs idées ? Les mécanismes qui déterminent l’entrée dans l’action violente à fondement religieux restent difficiles à démêler.

L’ouvrage La Tentation radicale , dirigé par Olivier Galland et Anne Muxel, tente d’apporter des éléments de réponse. A partir d’une enquête quantitative, menée auprès de lycéens de 15 à 17 ans, et d’entretiens individuels et collectifs, il cherche à mesurer l’impact des idées radicales et les facteurs de leur appropriation. Les lycéens interrogés viennent d’établissements pour partie avec une nette surreprésentation d’élèves d’origine immigrée (Maghrébins et Subsahariens), aussi ne faut-il pas chercher dans leurs analyses une représentativité des attitudes, opinions et valeurs des lycéens dans la France de 2016, mais un éclairage sur des logiques présidant à la radicalité. Pour ce faire, les auteurs construisent des indicateurs à partir de variables d’opinion. Parmi les indicateurs construits, c’est celui d’" absolutisme religieux " qui sert principalement à analyser les inclinations à la radicalité religieuse dans le chapitre rédigé par Olivier Galland. Sa conclusion est sans appel : l’enquête valide " l’effet très net de l’appartenance à l’islam sur l’adhésion à des idées absolutistes en matière religieuse, comme sur la justification de la guerre religieuse ". Qu’est-ce que " l’effet islam ", qui détermine ainsi des orientations – et non pas des comportements – sinon radicales et violentes, du moins relativement sectaires et compréhensives à l’égard de la violence religieuse ? Pour Olivier Galland, ni les caractéristiques socio-économiques, ni l’expérience des discriminations, ni même le " malaise identitaire " des jeunes concernés n’expliquent leur absolutisme religieux : cela tient à l’islam. Est-ce à dire que le cadre spirituel de l’islam serait intrinsèquement absolutiste, intolérant et guerrier ? La conclusion du chapitre ouvre à cette interprétation, et elle est problématique, car elle essentialise les musulmans en les séparant de leurs expériences et de leur condition sociale. Or, ce résultat est le produit de la construction des indicateurs et de leur interprétation abusive.

L’indicateur d’absolutisme religieux est ici construit sur deux affirmations combinées : " Il y a une seule vraie religion " et " lorsque la religion et la science s’opposent sur la question de la création du monde, c’est plutôt la religion qui a raison ". Les lycéens interrogés qui se disent musulmans sont 35 % à avoir choisi la première réponse et 81 % la seconde, alors que les chrétiens ne sont respectivement que 10 % et 27 %. Les élèves sans religion sont évidemment très peu concernés par ces orientations. De façon prévisible, 32 % -des musulmans se retrouvent dans l’absolutisme religieux, pour seulement 6 % des chrétiens. La position absolutiste -concerne, dans 75 % des cas, des musulmans. En conséquence, toutes les analyses statistiques ultérieures cherchant à montrer que cette position s’explique principalement par la religion et pas par d’autres facteurs sont relativement vaines puisque l’indicateur lui-même reflète une forme de rapport au monde spécifique aux musulmans. Le problème est que la signification de l’indicateur est délicate à interpréter. Il est qualifié ici d’absolutisme religieux, mais sa signification est pour le moins équivoque. Ce qu’on en sait à travers les entretiens collectifs -reproduits dans le livre ne valide pas le lien entre cette vision de la science et la -radicalité religieuse.

La confusion devient plus critique avec la question utilisée pour caractériser la violence religieuse, qui consiste à trouver " acceptable, dans certains cas, de combattre les armes à la main pour sa religion ". Le contexte de ce recours aux armes est flou, et on ne sait pas vraiment si les lycéens valident l’action terroriste à fondement religieux en France ou ailleurs, ou conçoivent simplement qu’il existe des cas où une défense armée de ses convictions religieuses est justifiée. Les auteurs avancent eux-mêmes que les lycéens peuvent avoir à l’esprit le droit à se défendre de minorités religieuses persécutées. Vient -enfin un dernier indicateur composite de " tolérance à la délinquance et à la violence ", qui associe des considérations d’incivisme et des versions dures de violence. Ces attitudes extrêmement hétérogènes sont néanmoins associées dans l’indicateur, qui devient synonyme d’une forme de disposition à la violence.

Raccourci discutable

Or, ceux qui se retrouvent dans la combinaison entre absolutisme religieux, légitimité de la violence religieuse et tolérance à la déviance-violence sont essentiellement les élèves musulmans. La -boucle est bouclée : l’indicateur de l’absolutisme est construit sur des questions qui s’appliquent essentiellement aux musulmans, et tous les autres indicateurs lui sont subordonnés. Pourtant, la tolérance à la déviance et à la violence ne s’explique pas dans l’enquête, une fois l’origine sociale contrôlée, par la religion ou l’origine ethnique. Elle est reliée à des critères d’intégration scolaire et concerne essentiellement les garçons. La conclusion, qui -affirme que l’appartenance à l’islam détermine significativement la combinaison entre absolutisme et violence-déviance, est un raccourci discutable.

Que faut-il en penser ? Qu’il y a bel et bien un malaise protéiforme chez les lycéens musulmans, que leurs expériences avec la police et les institutions nourrissent un sentiment de stigmatisation qui influence leur vision d’une société très -injuste à leur égard. Cela encourage-t-il le passage à l’acte violent, que cette violence soit politique ou religieuse, ou les deux à la fois ? L’ouvrage ne répond pas de façon claire à cette question, tant il construit un dossier à charge contre l’islam en cherchant à séparer la religion des conditions sociales de son appropriation et de ses expressions. Si le livre s’intéresse au politique et au religieux, il ne traite pas directement de leurs interactions. Alors, radicalisation programmée de l’islam ou islamisation opportuniste de la radicalité ? A vrai dire, l’ouvrage n’aide pas à trancher entre ces deux thèses.

Patrick Simon.

© Le Monde.


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