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LA DECONSTRUCTION D’UN RACISME STRUCTUREL
par LEÏLA CUKIERMAN ( Directrice de théâtre, retraitée ) / parution dans l’Humanité du 12.02.2020
lundi 17 février 2020
publié par Marc Lacreuse

LA DECONSTRUCTION

D’UN RACISME STRUCTUREL

par Leïla CUKIERMAN

( Directrice de théâtre , retraitée )

EXTRAIT

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" Scientifiquement , les humains ne se classent pas en races différentes .

Cependant, nous vivons toujours sous l’ère d’une supposée supériorité de la

civilisation occidentale .

" Les Africains ne sont pas assez entrés dans l’histoire " , déclara Sarkozy

devant une assemblée d’intellectuels à Dakar .

L’histoire, les croyances, les cultes , les cultures de certains humains restent

infériorisées .

Ainsi survit un racisme sans races.

…/…

Le travail que nous avons a fournir ici est la déconstruction d’un racisme

structurel lié à un système économique au profit duquel une idéologie s’est

mise en place et s’est durablement installée dans la société française .

Il s’agit d’une construction historique .

Grâce à la traite négrière, le colonialisme a installé les banques et les assurances

aux premiers rangs du système économique et produit des profits colossaux.

La " supériorité " de la blanchité, l’infériorisation-bestialisation-chosification

des Noir-e-s justifièrent l’esclavage ( le Code noir les définissait comme " biens

meubles " ) . L’industrie du " bois d’ébène " allait de pair avec une monoculture

dévastatrice, très rémunératrice : un système d’"exploitation intensif de

l’humain déshumanisé incomparable .

La pression des luttes ( tant il est vrai qu’il n’est pas tenable de considérer

non humain un humain) des esclaves eux-mêmes aboutit à l’abolition de

l’esclavage. Sans ces luttes, les colonisateurs l’auraient-ils octroyée ?

Outre la structure du racisme comme lié à la suraccumulation primitive du

capital, cette analyse révèle aussi les contradictions d’un universalisme de

surplomb. Nous nous réclamons des Lumières, de la Révolution française, et la

République fut l’objet de contradictions et de luttes historiques ! La France est

constituée de ces combats, de la lutte des classes, des femmes, des racisé-e-s.

Jusqu’à preuve du contraire, cette République n’est pas démocratique ; elle

reste aux mains des puissances du capital . Elle reste impérialiste dans sa

relation de domination avec l’Afrique. Elle garde ses colonies dénommées

DOM-TOM en y pratiquant une ségrégation sociale et environnementale.

L’analyse structurelle dérange les dominants, qui contre-attaquent, à travers

le Printemps républicain notamment. Une partie de la gauche se laisse piéger

dans un républicanisme de principe qui fait fi de la réalité vécue par les

racisé-e-s . Dans " De quoi demain ? " ( Fayard 2001 ) , Jacques Derrida

écrivait : " Les exemples de communautés qu’on associe à l’idée du

communautarisme sont toujours des communautés minoritaires

( ou minorisées ) , sous-représentées, voire réduites au silence … "

Ainsi surgissent les qualifications d’identitarisme, de communautarisme, voire

de racialisme à l’encontre de ceux-là mêmes qui travaillent à un antiracisme

politique . Ainsi sont vouées aux pires turpitudes les études postcoloniales et

décoloniales. Qualifier de communautarisme les luttes d’émancipation des

racisé-e-s permet d’occulter les causes du racisme systémique .

Alors que, comme le montrent les ouvrages de Monique et Michel Pinçon-

Charlot, le communautarisme s’orchestre chez les dominants.

Ils savent discrètement organiser leur "entre-soi ", privilégié, protégé par des

associations, des clubs de cooptation, derrière les murs et les grilles du 16e

arrondissement de Paris et de Neuilly-sur-Seine . "

Leïla CUKIERMAN


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