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ESSAI
" LA FRANCE D’EN BAS ? IDEES RECUES SUR LES CLASSES POPULAIRES "
Collectif dirigé par Olivier Masclet , Séverine Misset et Tristan Poullaouec ( éditions Le Cavalier Bleu )
mardi 14 janvier 2020
publié par Marc Lacreuse

PRESENTATION

PAR STEPHANE BONNERY

( maitre de conférences )

publiée dans l’HUMANITE du 14 janvier 2020

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" L’existence des classes sociales est l’un des sujets de discorde des sociologues.

Cet ouvrage collectif dirigé par O.Masclet , S.Misset et T.Pouullaouec (1) prend

parti contre la théorie de l’avènement d’une seule classe moyenne avec un

dégradé relatif d’intégration, contre celles de l’individualisation ou des multi-

appartenances dissolvant les classes. Il s’attache ainsi à déconstruire les "idées

reçues " ( dans l’esprit de la collection ) les plus fréquentes sur les classes

populaires, avec le concours de vingt sociologues spécialistes des domaines

pris en compte.

La première partie regroupe les argumentaires contre les visions faisant des

classes populaires des citoyens de seconde zone, en tant que " pauvres ", non

qualifiés, relégués dans le périurbain, peu enclin à travailler, peu syndiqués ,

abstentionnistes, ou ayant basculé à l’extrême droite . Les auteurs montrent

que ce sont chaque fois des fractions des classes populaires qui sont désignées

( avec compassion ou culpabilisation ) pour attribuer ces caractéristiques à

l’ensemble varié que forment ouvriers, employés, petits artisans … Ces

appellations constituent le peuple en monde " à part ", en dissociant les plus

démunis des fractions les plus stabilisées qui sont pourtant aussi exploitées et

dominées .

La deuxième partie focalise sur les manières de vivre, dans les familles,

reprochant aux fractions populaires de ne pas s’être approprié suffisamment

et de la même manière les normes des classes moyennes et supérieures (

égalité hommes-femmes, atténuation des rôles sexués, santé, pratiques de la

TV, préoccupation scolaire ) .

La troisième partie déconstruit une autre disqualification , celle du déni de

l’existence du populaire, en ne voyant que des imitations avortées des " classes

moyennes " : déni de la modestie des ressources ( " dépensiers " ) , de la dureté

du travail ( la disparition des risques physiques de l’industrie masquant la

pression au rythme de travail, la pénibilité des services … ) , mythe du pavillon

comme aspiration générale, illusion de l’uniformité des pratiques d’Internet ,

déni de la précarité qui frappe particulièrement les jeunes populaires et qui

limité leur autonomie, étiquetage du football comme sport populaire quand il

ne l’est qu’en partie .

PENSER LES RAPPORTS D’EXPLOITATION ET DE DOMINATION

L’ouvrage qualifié ainsi l’idée de la fin des classes sociales d’idées reçue qui

englobe les autres, et il interroge la façon de saisir le peuple . Il montre la

pertinence de raisonner en classes sociales, pour penser les rapports

d’exploitation et de domination, tout en discutant des avantages et des

inconvénients de la formule de " classes populaires ", regroupant différentes

professions et situations pour montrer leur cohérence et leur diversité interne .

Les vingt chapitres accessibles à des non-spécialistes attisent la curiosité sur

chaque recherche ici résumée, et invitent à discuter ce qui fait classes, une fois

déconstruites les conceptions qui nient l’existence de ces dernières . "

Stéphane BONNERY

Maître de conférences .

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(1) Ont ainsi contribué à cet ouvrage Thomas Amossé, Anne-Marie Arborio, Christelle Avril, Stéphane Béaud, Marie Cartier, Violaine Girard, Anne Lambert, Marie-Hélène Lechien, Marie-Clémence Le Pape, Gérard Mauger, Gilles Moreau, Dominique Pasquier, Camille Peugny, Fanny Renard, Olivier Schwartz et Jean- Pierre Terrail .

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