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Date :
2008
DU JEUDI 14 AOÛT AU JEUDI 21 AOÛT 2008
LES UNIVERSITÉS POPULAIRES, HIER ET AUJOURDHUI
Cerisy-la-Salle (50)
lundi 7 avril 2008
publié par Fernand Estèves

Ces dernières années, notamment après la création en 2002 de l’Université populaire de Caen, on s’est interrogé, dans la presse généraliste et dans des revues spécialisées, sur l’engouement évident, dans l’espace français, pour les expériences de ce genre. Sous des noms variés, celles-ci accueillent plusieurs centaines de milliers d’adultes désireux d’enrichir leurs connaissances. Nées dans le contexte de l’affaire Dreyfus à la fin du XIXème siècle, elles ont une histoire en France. D’autres pays européens en ont eux aussi vu naître ; certains même avant la France. Elles sont présentes au-delà de l’Europe.

LES UNIVERSITÉS POPULAIRES, HIER ET AUJOURDHUI

DIRECTION : Gérard POULOUIN

Les universités populaires d’aujourd’hui ont-elles quelques rapports avec celles d’hier ?

Ce colloque aura deux volets : d’une part, des éclairages historiques sur les universités populaires, en France et ailleurs ; d’autre part, quelques présentations des activités fort diverses qui sont aujourd’hui proposées sous cette appellation. On s’efforcera de faire le point sur une pratique sociale, on s’interrogera sur ses modalités et sa pertinence, sur ce qui est en jeu dans les démarches et les procédures mises en œuvre par leurs initiateurs.


COMMUNICATIONS :

Ouverture et Conclusion par Gérard POULOUIN

Les universités populaires dans l’histoire * Séverine AUFFRET : Les femmes dans les premières universités populaires en France * Evelyne BLOCH-DANO : Georges Deherme ou l’invention de l’université populaire * Philippe BOUQUET : Les Hautes Ecoles Populaires suédoises dans le roman prolétarien * Dominique BUSSILLET : Universités populaires au Portugal et au Brésil * Alexandre DORNA : Quelques traces des universités populaires dans le monde hispano-américain * Eric EYDOUX : Les universités populaires en Scandinavie * Gérard FOUCHER : Les universités populaires dans les pays anglo-saxons * Maria-Chiara GNOCCHI : Le réseau des universités populaires outre-Quiévrain * Valérie MICHELET-JACQUOD & Brigitte KALBERMATTEN : Les universités populaires en Suisse * Michel NIQUEUX : Les universités populaires en Russie : l’exemple de l’Université Chaniavski de Moscou (1908-1918) * Christophe PRÉMAT : La genèse des universités populaires en France

Perspectives contemporaines * Dominique BEYNIER : Les publics des universités populaires * Philippe CORCUFF : Enjeux des universités populaires, entre les Lumière d’hier et les défis d’aujourd’hui * Michel ONFRAY : Ce que n’est pas l’université populaire...

Des expériences concrètes * Francis DANVERS : L’Université populaire de Lille ou l’originalité d’un modèle provincial * Paule ORSONI : Comment est née l’université populaire d’Arras * Boris PETROFF : Une université populaire spécifique : l’université populaire de l’eau et du développement durable du Val de Marne * Denis RAMBAUD : Des universités populaires sur un territoire * Geneviève TARDIEU : L’université populaire Quart Monde * Tanguy WUILLÈME : L’université populaire de Lyon (1899-2008) : enseignements et engagements


RÉSUMÉS :

Séverine AUFFRET : Les femmes dans les premières universités populaires en France Les femmes, si longtemps privées, en France, d’accès à l’Université, furent les premières bénéficiaires de l’ouverture des universités populaires. Non seulement elles les investirent en nombre en tant qu’auditrices actives, mais plusieurs d’entre elles y eurent un rôle, moins connu, de conférencières-enseignantes et de fondatrices, parfois en amont historique de la date de 1899 attribuée, en France, à l’apparition des universités populaires. Leur investissement dans ces universités populaires se situe structurellement aux confins de quatre dynamiques : les luttes féministes, les luttes pour le partage des savoirs, les luttes sociales et le combat pour la laïcité. Nous explorerons leurs premières tentatives, leurs réussites et leurs éventuels échecs, en tout cas leurs enjeux et leurs difficultés.

Evelyne BLOCH-DANO : Georges Deherme ou l’invention de l’université populaire Qui était Georges Deherme (Marseille, 1870- Bruxelles, 1937), "l’inventeur" des universités populaires ? Sculpteur sur bois puis ouvrier typographe, cet autodidacte fut aussi un auteur prolifique qui s’intéressa à des sujets très divers. Nous tenterons de comprendre, en le replaçant dans son époque, son itinéraire de l’anarchisme au coopérativisme et aux Universités populaires, avant son engagement final et total au service d’Auguste Comte et du positivisme.

Philippe BOUQUET : Les Hautes Ecoles Populaires suédoises dans le roman prolétarien Le conférencier se propose de montrer, citations à l’appui, l’importance qu’a revêtue, pour les romanciers prolétariens suédois, cette institution typiquement nordique qu’est la Folkhögskola (Haute Ecole Populaire). Ils sont pratiquement tous passés par-là et ont témoigné, soit directement, soit par personnages interposés dans leurs œuvres, de l’influence qu’elle a eue sur eux pour leur formation intellectuelle et morale, voire politique (et fut-ce, parfois, a contrario). Ceci ne veut pourtant pas dire que le tableau soit toujours et unanimement flatteur et laudatif. Les critiques ne manquent pas et reflètent elles aussi la diversité des personnalités qui ont illustré ce mouvement littéraire unique au monde par sa qualité (deux de ses membres, et non des moindes, ayant obtenu le prix Nobel de Littérature). Leurs œuvres nous permettent donc de nous faire une idée en relief de la nature de cette institution et de sa place dans le monde culturel et civique des pays du Nord.

Dominique BUSSILLET : Universités populaires au Portugal et au Brésil Au Portugal comme au Brésil, partant d’un constat d’ignorance réciproque entre intervenants et public cible, et donc de la nécessité d’un apprentissage réciproque, principalement dans les domaines des sciences sociales et des activités intellectuelles et artistiques, les Universités populaires se proposent de fournir des cadres analytiques et théoriques de réflexion quant à la conduite de celles-ci. Elles tentent, autour de trois pratiques fondamentales — pédagogie, recherche-action, diffusion — de contrer l’offensive capitaliste mondiale qui tend à injecter des fonds privés dans les universités, officiellement pour les rendre plus performantes, mais en fait pour avoir une main-d’œuvre meilleur marché et plus consumériste.

Philippe CORCUFF : Enjeux des universités populaires, entre les Lumière d’hier et les défis d’aujourd’hui On tentera de clarifier quelques-uns des enjeux des nouvelles universités populaires à l’aune d’une redéfinition des Lumières du XVIIIème siècle ajustée aux défis des sociétés contemporaines. Dans la pratique même des universités populaires, il ne s’agit ni d’éteindre les Lumières, au nom d’une dissolution "post-moderne", ni de défendre un intégrisme de la Raison en contradiction avec un certain esprit des Lumières, mais de contribuer à dessiner des Lumières tamisées, joyeusement mélancoliques et conscientes de leurs fragilités.

Références Bibliographiques :

Corcuff Philippe, « Que faire de nos héritages intellectuels ? Les nouvelles sociologies redéfinissent les Lumières », dans La société de verre – Pour une éthique de la fragilité, Paris, Armand Colin, 2002. Corcuff Philippe, « Vers des Lumières tamisées – Contre des Lumières aseptisées, contre des Lumières totales », dans ContreTemps (éditions Textuel), n°17, septembre 2006, dossier « Lumières, actualité d’un esprit » (coordonné par Philippe Corcuff et Sophie Wahnich). Corcuff Philippe, « L’alliance conflictuelle de l’universitaire et du populaire », entretien avec Stéphane Le Lay, Agora – Débats/jeunesse (revue trimestrielle de l’Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire), n°44, deuxième trimestre 2007 (mis en ligne sur http://ressourcesjeunesse.injep.fr/...).

Francis DANVERS : L’Université populaire de Lille ou l’originalité d’un modèle provincial Plus que centenaire (107 ans), l’Université populaire de Lille accueille le dimanche matin, plusieurs centaines de participants pour des conférences de prestige à l’auditorium du Nouveau Siècle et le jeudi soir pour des rencontres-débats d’octobre à avril.
- "Université" parce qu’ouverte sur tous les thèmes de l’art, de la culture, des sciences et techniques, de la médecine, du droit, comme des questions de société ;
- "Populaire" parce qu’ouverte à tous, sans distinction d’âge, de sexe, de condition sociale et économique ou de diplôme ;
- "Lille" en plein cœur d’une agglomération euro régionale, sans distinction de frontières. L’université Populaire de Lille s’est identifiée pendant 60 ans à la personnalité distinguée de son refondateur, le bâtonnier Jean Lévy. Aujourd’hui, c’est Jacquie Buffin qui est anime un Conseil d’administration profondément renouvelé qui doit affronter un triple défi : la prérennité d’une œuvre d’éducation permanente confrontée à la multiplicité concurrentielle des offres de formation de qualité au sein de l’Agglomération lilloise ; l’élargissement de son public trop souvent confondu avec une "université du troisième du troisième âge" ; le renouvellement des générations aux prises de responsabilité bénévole. Il s’agira de questionner les origines de l’UPL, d’en dégager sa dynamique interne et de mettre en perspective quelques enjeux sur le plan institutionnel.

Référence Bibliographique :

Danvers, F., 2003, 500 mots-clefs pour l’éducation et la formation tout au long de la vie, 2ème édition, Préface C. Wulf, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 701 p.

Alexandre DORNA : Quelques traces des universités populaires dans le monde hispano-américain A la fin du XIXème les premières tentatives d’universités populaires se concrétisent en Espagne, et dans quelques pays d’Amérique latine, notamment au Chili, en Argentine et au Mexique. Les courants anarchistes, puis marxistes, sont les moteurs de ces expérimentations. Le mouvement des universités populaires perdurera. En Amérique latine les luttes pour la réforme universitaire qui s’est développée dans les années 20 du siècle dernier à partir du manifeste de Cordoba en Argentine ont influencé le mouvement des universités populaires. Certaines figures intellectuelles (Ingenieros, Ponce, Rodo, Vasconcelos, Latcham) joueront un rôle très important dans la promotion des idées d’émancipation politique et morale et la formation d’une pensée partagée enracinée dans la culture hispano-américaine.

Eric EYDOUX : Les universités populaires en Scandinavie C’est au Danemark, au milieu du XIXème siècle, qu’apparurent les premières folkehöjskoler, littéralement "Hautes écoles populaires". L’inspirateur en était N.F.S. Grundtvig, un pasteur danois charismatique, contemporain d’Andersen et Kierkegaard, qui entreprit de prêcher un "christianisme joyeux" porté par "le verbe vivant", dépourvu de tout fanatisme, conciliant l’humain et le divin. S’inspirant de cette doctrine mais accordant aussi une grande importance à l’éducation populaire et aux aspects pratiques de l’existence, de nombreux établissements virent le jour et se développèrent, essentiellement en milieu rural. D’évidence, ils apportèrent une contribution décisive à l’émancipation d’une classe paysanne qui, quelques décennies plus tard, sut faire valoir ses droits politiques et réussir une spectaculaire mutation économique. Depuis, les folkehöjskole ont essaimé dans l’ensemble de la Scandinavie mais elles n’ont plus le même support idéologique et sont essentiellement destinées à de jeunes adultes soucieux d’élargir leur horizon intellectuel sans avoir à se soucier de préparer un diplôme.

Gérard FOUCHER : Les universités populaires dans les pays anglo-saxons Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les universités populaires ressortissent à la popular education. Myles Horton (1905-1990) et Albert Mansbridge (1872-1952) en sont les pionniers respectifs. Les deux furent inspirés par leur foi chrétienne. Comme dans d’autres pays, ils se proposaient de donner aux travailleurs comme au public peu instruit les moyens d’agir sur leur condition par un enseignement appuyé sur l’expérience de chacun et dispensé hors des institutions établies. Leurs successeurs visent toujours l’émancipation guidée par une pensée critique, empowerment. C’est ainsi qu’en Grande-Bretagne, tout lieu ou situation favorisent la prise de conscience qui doit conduire à davantage de démocratie politique et économique. Aux Etats-Unis, on y ajoute l’auto-critique. Elle doit distinguer la propagande de l’éducation populaire, dont les moyens et le contenu précis restent matière à débat.

Maria-Chiara GNOCCHI : Le réseau des universités populaires outre-Quiévrain Dès le début du XXème siècle, différentes Universités populaires sont créées en Belgique. Ces institutions n’ont pas pour seul modèle les Universités populaires françaises : d’autres expériences d’éducation populaire ont vu le jour à Bruxelles dès la dernière décennie du XIXème siècle. En 1891 déjà, les Étudiants et Anciens Étudiants Socialistes de Belgique discutent un projet de fédération internationale des cercles socialistes universitaires et avancent la proposition d’un système d’enseignement populaire. Avant la fin de l’année, la Section d’Art et d’Enseignement de la Maison du Peuple est inaugurée à Bruxelles. L’intervention portera sur les différences reconnaissables entre les cours dispensés par les UP belges et ceux que livre la Section d’Art de la Maison du Peuple de Bruxelles ; il s’agira également de voir à quel point les institutions belges et françaises appartiennent à un même réseau intellectuel.

Michel NIQUEUX : Les universités populaires en Russie : l’exemple de l’Université Chaniavski de Moscou (1908-1918) Les premières tentatives d’élargir l’accès de l’enseignement supérieur à ceux qui en étaient exclus (en premier lieu les jeunes filles) datent en Russie des années 1870 et sont l’œuvre de "féministes". Mais c’est en 1908 que fut ouverte à Moscou, à la suite de débats houleux à la Douma (Parlement) une Université municipale "populaire" (c’est-à-dire sans contrôle étatique et sans restriction d’accès), fondée grâce à une donation d’un général à la retraite, A. Chaniavski (1837-1905), qui avait fait fortune dans les mines d’or. Les rapports publiés annuellement permettent de retracer précisément l’histoire de sa fondation, les modalités de son fonctionnement et de son administration, son financement et son budget, les effectifs (3670 étudiants en 1913), les programmes, le corps professoral, etc., avec des chiffres à l’appui. Il s’agit là d’une des principales conquêtes de la "société civile" russe d’avant-guerre. Fermée par les bolcheviks en 1918, les universités populaires renaîtront sous le nom d’universités ouvrières, maillons du système soviétique de formation idéologique.

Références Bibliographiques :

Leonid Heller, Michel Niqueux, Histoire de l’utopie en Russie. PUF (« Écriture »), 1995, 296 p. Sophie Kovalevskaïa, Une nihiliste. Traduction et présentation par Michel Niqueux. Phébus, 2004, 176 p. Michel Niqueux, Alexandre Dorna (dir.), Le peuple, cœur de la nation ? Images du peuple, visages du populisme (XIXème-XXème siècle). L’Harmattan (« Psychologie politique »), 2004, 248 p.

Michel ONFRAY : Ce que n’est pas l’université populaire... En France les premières universités populaires ont vu le jour dans le contexte de l’Affaire Dreyfus à la fin du XIXème siècle. Georges Deherme, qui fut à l’origine de cette initiative, reprenait le flambeau des Lumières en vertu de quoi le savoir est un pouvoir. Dans cet ordre d’idées, la culture sert à lutter contre toutes les formes d’obscurantisme. Pour contrer ceux de notre époque postmoderne (parmi beaucoup d’autres : le retour des religions, le tribalisme communautaire, la pensée unique, la dictature de l’idéologie libérale, la marchandisation de la culture), il fallait retrouver le sens du projet des universités populaires. Evitant le double piège de l’élitisme aristocratique et du populisme marchand qui conduit à la double impasse d’un savoir confisqué à des fins de reproduction sociale institutionnelle ou d’une production intellectuelle bas de gamme pour le marché, l’Université populaire telle que je la conçois se propose de mettre à disposition du plus grand nombre un savoir de qualité et de compléter ce premier temps d’offre d’un savoir par un second temps de discussion collective et communautaire de celui-ci. Les intervenants sont bénévoles, le public populaire, autrement dit issu de toutes les couches sociales. Cette Université populaire se propose d’actualiser l’invitation de Diderot qui écrivait : "Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire". Ce n’est pas une université parallèle, et encore moins un café philosophique alternatif, mais une forme de micro-résistance sur le principe formulé par Foucault et Deleuze.

Paule ORSONI : Comment est née l’université populaiure d’Arras D’abord est née l’Université de Caen sous l’impulsion et la belle initiative de Michel Onfray. Ce geste a fait écho, et nous avions retenu "l’essaimage" pour condition de justification et de continuité de ce geste inaugural. Nous avons, à Arras, pris le relais pour nous adresser au plus large public et pour répondre en même temps au désir de nous faire plaisir et de faire plaisir par le partage du savoir, d’un savoir critique. Mais ce fut en même temps un geste politique s’inscrivant dans un contexte donné : la réforme apportée se caractérisait par un effet de capillarité micro-résistante. A défaut de changer le monde..., commençons par nous changer nous-mêmes et nous voilà embarqués dans cette belle aventure sur laquelle nous convenons de réfléchir ensemble.

Boris PETROFF : Une université populaire spécifique : l’université populaire de l’eau et du développement durable du Val de Marne Mon intervention sera structurée autour d’une triple approche :
- pourquoi une université sur le développement durable ?
- pourquoi une université ?
- pourquoi une université populaire ? Sur chacun de ces points, après avoir défini les objectifs du Conseil général du Val de Marne, j’expliquerai en quoi, au bout de trois années, ils ont été, ou non, atteints et les dispositions qui sont envisagées en 2008-2009 pour la quatrième année.

Christophe PRÉMAT : La genèse des universités populaires en France Les Universités populaires ont été fondées en France à la fin du 19ème siècle au moment de l’affaire Dreyfus. L’objectif était de pouvoir donner des outils et des lieux de réflexion à des publics d’horizon social divers. Ces Universités ont permis à la fois de créer des lieux de sociabilité autour de l’accessibilité au savoir et de faire sortir les universitaires de leur enceinte pour s’adresser à d’autres publics. Il s’agissait de faire intervenir des savants pour qu’ils éclairent le public sur une question particulière tout en alternant avec des débats de sociétés. Nous souhaiterions analyser la genèse de ces universités populaires, c’est-à-dire la manière dont elles ont été instituées, leurs acteurs et les conditions qui ont permis à ce type de structure de fleurir à Paris et en province. A la lumière de ces expériences, il devient essentiel de pouvoir définir un label d’Université populaire selon des critères bien précis (gratuité des enseignements, aucune formation diplômante) afin de pouvoir juger l’ensemble des structures de ce type existant de nos jours.

Références Bibliographiques :

Cacérès Benigno, 1964, Histoire de l’éducation populaire, Paris, éditions du Seuil, 250p. Fasseur Nicolas, 2005, "La rue Mouffetard, lieu d’ancrage de pratiques d’éducation populaire ?", dans Mustafa Poyraz (dir.), Les interventions sociales de proximité, Paris, éditions L’Harmattan, pp. 30-38. Lottin Alain (dir.), 2001, L’Université populaire de Lille, Un siècle d’histoire 1900-2000, éditions La Voix du Nord, Lille, 2001. Mercier Lucien, 1986, Les Universités Populaires : 1899-1914, éducation populaire et mouvement ouvrier au début du siècle, Paris, éditions ouvrières, 188p. Mercier Lucien, "Universités Populaires", dans Dictionnaire des Intellectuels français, Paris, éditions du Seuil, 2002, pp. 1375-1378. Onfray Michel, 2004, La communauté philosophique, Manifeste pour l’Université populaire, Paris, éditions Galilée, 137p. Poujol Geneviève, 1981, L’éducation populaire : histoires et pouvoirs, Paris, éditions ouvrières, 225p.

Geneviève TARDIEU : L’université populaire Quart Monde Fondée en 1972 par Joseph Wrésinski, l’Université Populaire Quart Monde est une des actions fondatrices du mouvement. Dans la lignée des Universités populaires, elle se démarque toutefois à deux niveaux. Le public concerné est en premier lieu les personnes qui vivent dans la grande pauvreté. C’est par elles, et avec elles, que sont conçues les sessions d’Université Populaire QM. Elle se démarque également par une inversion de la relation d’enseignement au profit d’une relation de conscientisation, de formation et d’apprentissage dont les membres sont les acteurs. Un savoir émancipatoire est élaboré à partir de l’expérience des membres de l’Université populaire QM dans les interactions entre ceux qui ont l’expérience de la grande pauvreté et d’autres qui ne l’ont pas, et avec l’invité : expert du thème abordé pour chaque session. L’Université populaire QM a une dimension citoyenne et promeut un mouvement social qui contribue à l’élimination de la grande pauvreté.

Références Bibliographiques :

Defraigne Tardieu, Geneviève. L’université populaire quart monde 2007 Education populaire : une actualité en question. Agora Débats/ Jeunesse INJEP n°44 2eme trim. 2007. Defraigne Tardieu, Geneviève. La construction du savoir, levier de lutte contre la grande pauvreté, enjeu pour la démocratie. 2005. Les pratiques contemporaines de l’éducation populaire. Pratiques de formation, Analyse. Université de Paris 8. n°49. 2005. Defraigne Tardieu, Geneviève. L’Université populaire Quart Monde : la construction du savoir émancipatoire. Thèse de doctorat en Sciences de l’Education. Université de Paris 8 sous la direction du professeur René Barbier. A paraître fin 2008. De Gaulle Anthonioz, Geneviève, Le secret de l’espérance, livre de Poche. Ferrand, Françoise. 1996. Et vous, que pensez-vous ? L’Université Populaire Quart Monde. Editions Quart Monde. 289 p. Goupe De Recherche Quart Monde Université. 1999. Quand le Quart Monde et l’Université pensent ensemble. Editions de l’Atelier et Editions Quart Monde 525 p. Goupe De Recherche Action-Formation Quart Monde Partenaire. 2002. Le croisement des pratiques. Quand le Quart Monde et les professionnels se forment ensemble. Editions Quart Monde. 228 p. Wresinski, Joseph. Refuser la misère, une pensée politique née de l’action. Paris. Le Cerf-Editions Quart Monde. 2007. 228 p.

Tanguy WUILLÈME : L’université populaire de Lyon (1899-2008) : enseignements et engagements Notre intervention s’intéressera à la naissance et à la renaissance de l’Université populaire de Lyon. Initiée en 1900, puis de nouveau en 2003, il s’agit de comprendre ce qui a motivé, à des moments historiques distincts, la mise en place d’une telle innovation pédagogique. Le moment 1900 permet d’apprécier les conditions biographiques, sociologiques, politiques et philosophiques qui président à cette expérience d’enseignement censée rapprocher les classes, ouvrières, intellectuelles, entre elles. Le contexte de la république laïque, de l’installation du radicalisme, de la question ouvrière, le parcours de certains acteurs issus du monde de l’instruction publique secondaire et supérieure, et la concurrence avec la forte présence d’un enseignement religieux (la Chronique sociale) permettent de comprendre le sens de cette nouveauté pédagogique. Un siècle plus tard, les circonstances et les acteurs ne se ressemblent pas et pourtant des gestes inconscients se reproduisent (implantation dans un quartier, parcours des intervenants, appel à la municipalité, engagements politiques...), des objectifs se rejoignent tout en faisant apparaître des nouveautés considérables. L’idéale d’une nouvelle communauté et d’une autre solidarité se dessine que cette intervention aura pour tâche d’analyser.