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Contribution de Jean-Claude MAIRAL
LES VOIES DE LA PAROLE ET DU DIALOGUE , LES VOIES DE LA DEMOCRATIE
UNE REPONSE : CONSTRUIRE DU COMMUN PAR LA CONTROVERSE CITOYENNE
jeudi 4 avril 2019
publié par Marc Lacreuse

La contribution de Jean-Claude Mairal , publiée ci-dessous, n’engage évidemment que son auteur … Elle ouvre de nombreuses pistes appelant la poursuite d’un travail d’éducation populaire politique … Il est effectivement déterminant de se préoccuper du sort des intelligences collectives mises en mouvement lors de ce " grand débat " et il sera légitime que les citoyens impliqués soient associés, d’une manière ou d’une autre, à leur traitement, à l’élaboration des propositions politiques qui en découleront, à leur devenir . Les milliers de propositions, revendications, délibérations élaborées par les Gilets Jaunes - à l’origine du mouvement qui secoue le pouvoir et ses diverses institutions , ne l’oublions pas … - sont, elles aussi, à intégrer à part entière dans l’immense cahier de doléances en cours d’écriture ou de prise de paroles … et dont le sort ne peut être abandonné au seul travail de technocrates anonymes à l’ombre du pouvoir ... On le voit : nous sommes à mi-chemin d’un processus qui est loin d’être à son terme , et dont il nous appartient de préserver et d’amplifier les dynamiques démocratiques en cours .

Marc Lacreuse. Corédacteur du site .


LES VOIES DE LA PAROLE ET DU DIALOGUE, LES VOIES DE LA DEMOCRATIE

UNE REPONSE : CONSTRUIRE DU COMMUN PAR LA CONTROVERSE CITOYENNE

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"Le mérite du grand débat national, que l’on approuve ou non la politique du président de la République, c’est qu’il a amené des hommes et des femmes que parfois tout oppose, à dialoguer. N’en déplaise à celles et à ceux qui critiquent ce débat national-oubliant que celui-ci est le fruit du mouvement des gilets jaunes- les réunions auxquelles j’ai participé-mais je suppose que c’est vrai dans beaucoup d’endroits- ont réuni des personnes aux sensibilités très diverses. Nous ne pouvons que nous en réjouir, car nous sommes dans une société fragmentée et fracturée où on ne s’écoute plus et où on ne dialogue plus. Nous sommes comme le développe Jérôme Fourquet dans son livre " L’archipel français" dans "une Nation multiple et divisée".

Que constatons-nous le plus souvent ?

On entend souvent des personnes, des militants de partis, des responsables politiques dire qu’ils parlent au nom du peuple, qu’ils sont la parole du peuple. Oubliant que le peuple ce sont 67 millions d’individus, aux multiples sensibilités et situations, aux idées fort diverses, aux convictions fort différentes, aux rêves et attentes multiples. Oubliant les leçons de l’Histoire qui montrent que chaque fois où certains ont voulu parler au nom du peuple, cela a débouché le plus souvent sur des régimes autoritaires, sur le fascisme ou le stalinisme.

On entend aussi souvent des paroles proférées sur un mode péremptoire, pour exprimer une idée qui ne peut absolument pas être contredite car elle relèverait de la Vérité. On n’essaie même plus d’écouter la parole de celle ou de celui qui n’est pas d’accord avec vous, même pour la contester ensuite, arguments contre arguments. Comme l’indique le Philosophe Jean-Paul Jouary dans un livre remarquable, "La parole du mille-pattes, difficile démocratie" que j’encourage à lire : "Quiconque part du principe qu’il possède la vérité rabaisse tout autre avis au rang d’obstacle à détruire, de mauvaise fois à révéler...".

Certains en arrivent même à des actes de violence pour imposer leurs idées, comme on l’a vu par exemple chez des Vegans, vis à vis de boucheries . On a même vu ces derniers mois, des personnes, dont certaines ont des responsabilités politiques exprimer leur haine vis à vis du président de la République. Que l’on n’apprécie pas sa personne et sa politique, est une chose qui est tout à fait normale et qui peut se comprendre, mais de là à proférer des paroles de haine, n’a plus rien à voir avec le débat politique. C’est la porte ouverte aux pires horreurs que l’on a connu par le passé.

Ces personnes feraient bien de prendre exemple sur Nelson Mandela qui après 28 ans dans les bagnes de l’apartheid, va créer les conditions, en devenant président de la République d’Afrique du Sud, de la réconciliation entre blancs et noirs pour construire la Nation Arc en ciel. Tout pourtant aurait pu conduire les populations noires qui pendant des décennies ont été humiliées et pour certains individus martyrisés, à se venger. Mandela a choisi le refus de la logique de vengeance pour une réelle réconciliation par l’usage de la parole dans le dialogue entre communautés, en créant la commission "Vérité et réconciliation" présidée par Monseigneur Desmond Tutu. Car les voies de la parole et du dialogue sont les voies de la démocratie.

En effet, il ne peut y avoir de démocratie sans parole. Et sans dialogue, fut il contradictoire, il n’y a pas de démocratie possible. Dialoguer, écouter l’autre, confronter les positions, les réflexions, admettre la diversité des opinions, même opposées, c’est la voie de l’efficacité et de la force d’une société. Dans un Monde complexe, aux prises avec des défis considérables pour l’avenir de l’Humanité, personne, aucun mouvement, parti politique ou organisation ne peut prétendre détenir à lui seul la vérité ou la solution à l’ensemble de ces enjeux. Il est temps d’avoir une autre conception du débat public, que ce que nous connaissons depuis des années dans notre pays.

Ces défis du 21ème siècle, l’urgence étant là, nécessitent de construire du commun avec l’ensemble des citoyens, par un débat public large, ouvert et instruit. Un débat qui n’est pas simplement l’expression de joutes oratoires entre prétendants au pouvoir, mais un débat donnant à chaque citoyen les informations et les savoirs nécessaires pour se forger son opinion.

Et à celles et à ceux qui se demandent comment sortir de ces oppositions qui paraissent insurmontable et qui ne voient pas comment construire du commun, je leur dis, n’est-il pas temps de développer dans les territoires des controverses citoyennes sur telle ou telle question locale ou nationale, permettant dans un 1er temps, aux porteurs de réponses différentes, de les présenter et de les confronter devant les citoyens. Et dans un 2ème temps par un dialogue entre citoyens de travailler à l’élaboration de réponses communes argumentées, à la question qui est posée.

Nous redonnerons ainsi ses lettres de noblesse à la politique qui est tout simplement la vie de la cité et son organisation. "

Jean Claude Mairal Président du Conseil de développement du Pays Vichy Auvergne 31-03-2019


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