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NOUS SOMMES DES INADAPTABLES SOCIAUX :
LETTRE OUVERTE DES RETRAITES EN COLERE
( publication Entre les Lignes, Entre les Mots )
lundi 20 janvier 2020
publié par Marc Lacreuse

" NOUS SOMMES DES INADAPTABLES SOCIAUX " :

LETTRE OUVERTE DES RETRAITES EN COLERE

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" Nous sommes des retraits, donc des vieux-vieilles, des vioques, des personnes ges, bref des personnes considres comme inutiles et «  charge » pour les nolibraux qui nous gouvernent. Nous sommes des salari-e-s des secteurs public et priv dont les enfants et les petits enfants sont en ge de travailler ou sont des jeunes en formation, ouvriers, employs, cadres, techniciens, paysans, enseignants, chercheurs, travailleurs sociaux, de la culture…

Nous avons pris notre retraite aprs une vie de labeur (ou allons bientt la prendre) o nous avons pour beaucoup d’entre nous subi des conditions de travail et des horaires qui nous ont uss et que ce soit 60 ans, 62 ans ou plus. Nous avons plus que mrit ce temps. Ils nous bassinent avec l’augmentation de l’esprance de vie alors que lorsqu’on prend sa retraite, nous sommes pour beaucoup d’entre nous souvent casses, brises, fatigues. Nous avons trim toute notre vie et maintenant ils prsentent ce qui nous est d comme une faveur qui nous serait accorde.

La retraite, elle est nous, elle est tous les travailleuses et travailleurs. Nous nous sommes battus toute notre vie pour la gagner. Ce n’est pas un gouvernement de nous l’enlever. L’unique argument de votre gouvernement est qu’il faut s’adapter au monde tel qu’il est et peu importe quoi. Sans rpit. Sans relche. Toujours… Comme le dit le slogan : mtro, boulot, caveau. L’injonction se fait chaque jour plus imprative. Le changement est devenu une fin en soi, aussi peu discutable qu’une catastrophe naturelle. Nous sommes de la gnration qui voulait « Changer la vie ». Mais le changement est maintenant pass droite. Le changement dans leur bouche d’borgneurs, c’est la rgression sociale.

Nous refusons de nous adapter. Ils nous traitent de patachons « nostalgiques » d’un temps o les rformes taient des conqutes sociales, pas des contre rformes la Thatcher, d’un temps o l’mancipation ce n’tait pas l’individualisme et la lutte de tous contre tous mais la solidarit, d’un temps o la comptitivit passait aprs la coopration. Oui, nous sommes des « nostalgiques » de la rduction du temps de travail, de la retraite 60 ans, de la vie digne pour toutes et tous.

Nous refusons de nous adapter au capitalisme mme repeint en vert. Travailler plus longtemps, cela signifie produire plus, donc consommer plus d’nergies et mettre davantage de gaz effet de serre. On ne peut plus augmenter la production, il faut la stabiliser voire la diminuer. La solution passe forcment par le partage du travail et des richesses, par une dcroissance choisie et non subie. La croissance, telle que nous l’avons connue, ne peut plus constituer un horizon. Il s’agit d’aller vers une socit de sobrit et de simplicit volontaire, pour la satisfaction des besoins essentiels, reposant sur l’autogestion et sur une rduction drastique des ingalits. Cela ne signifie pas « moins bien vivre », mais donner un autre sens sa vie, chapper au pige du « travailler plus pour gagner plus », refuser la course permanente qui nous est impose au nom de la comptitivit, ralentir au contraire et donner plus de temps aux relations sociales.

La retraite c’est un commun. Elle est le produit des luttes des gnrations qui nous ont prcdes. C’tait une lutte pour qu’une partie des revenus issus de notre exploitation nous reviennent puisque les cotisations appeles « salariales » ou « patronales » – ne sont que la partie socialise du salaire. Aujourd’hui le gouvernement s’attaque ce commun en se revendiquant notamment des sondages qui lui indiqueraient que, nous les retraits, serions pour sa rforme points, pour l’augmentation de l’ge de dpart la retraite, pour la suppression des rgimes spciaux… et donc contre les grvistes. C’est faux ! La retraite c’est un moment privilgi pour l’entraide. Pour nous la retraite n’est pas l’antichambre de la mort mais un moment de lutte o nous pouvons contribuer l’entraide, la solidarit intergnrationnelle, faite profiter de notre exprience les gnrations montantes. Sur les ronds-points les Gilets Jaunes taient en partie des retraits.

Nous sommes des vieilles et des vieux en colre qui nous battons pour que les gnrations futures puissent vieillir dans la dignit en ayant un accs dcent la sant, au logement et un montant de pension de retraite dcent, gal pour toutes les femmes et pour tous les hommes.

Nous refusons toute drive vers un systme de capitalisation.

Nous refusons l’ge pivot de l’accs la retraite complte, aprs 60 ans.

Nous refusons le systme de retraite points, li aux seuls jours travaills, au budget et la conjoncture conomique. La plupart des salari-e-s g-e-s ne travailleront pas plus longtemps. Ils et elles finiront leur vie au chmage puis avec une pension de retraite diminue par la dcote.

Nous soutenons les personnels de la sant. Nous savons plus que d’autres ce que sont les conditions de vie des patients et des personnels soignants l’Hpital, nous savons leur dsintressement, leur savoir faire.

Nous soutenons celles et ceux qui sont dans la dpendance, qui vivent dans les EHPAD, o les « vieux », qui n’ont plus ni la voix ni la force de dcider pour eux-mmes, se voient souvent imposer des conditions de vie contraires la simple dignit. Nous sommes contre le tout scuritaire et mdical qui veut que nos familles assument notre mort sociale et notre invisibilit. Nous voulons l’autogestion de nos vies et le choix de mourir dans la dignit.

Nous soutenons les jeunes : lycens, tudiants, jeunes en apprentissage, jeunes des quartiers populaires. Le monde est plus dur avec eux qu’il ne l’a t avec nous. Le capitalisme les exploite durement et vole leur jeunesse comme il nous vole notre vieillesse. Nous ne sommes pas contre les jeunes mais contre ce qui les fait vieillir prmaturment : l’alination par la publicit, l’abrutissement par BFM et autres mdias du pouvoir, les violences policires, les ingalits dans le travail, le logement et les discriminations. Les jeunes dans la galre, les vieux dans la misre ; cette socit-l, on n’en veut pas !

Nous ne voulons pas tre la gnration qui aura sacrifi les suivantes.

Organisons-nous pour soutenir le mouvement grviste et pour nos droits ! "

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Signataires :

Sylvette Amestoy Francine Bavay, deux tiers de sicle Alima Boumdienne Raymonde Bonnet Julie d’Aiglemont Jean-Yves Croiz Christophe Dauphin JL Dimino Dinome 58 ans Ren Durand : 72 ans, retrait Didier Epsztajn, 67 ans, salari-retrait Patrick Farbiaz, retrait 66 ans Jean Fauch, 72 ans Jean-Marc Fontaine, 63 ans retrait SNCF syndicaliste Yves Frmion, 72 ans, crivain Jacques Guillermet. 65 ans, adhrent CGT Agns Guitet, 69 piges, retraite Patrick Jimna, 56 ans Jean Lafont, 75 ans retrait Philippe Leclercq, 71 ans, retrait Rgis Lecuru, 64 ans retrait Dom Manires Christiane Mbayo-Gudon Francelyne Meurant-Bagnall Martine Michaudet-Rainaud, 75 ans Gilles Monsillon, 62 ans Martine Monsillon 67 ans Philippe Monsillon 65 ans Jean-Jacques Piard, Jean-Franois Pin, retrait 71 ans Claude Rossignol, retrait, 75 ans Yvette Rossignol, retraite, 70 ans Michel Sngal, 72 ans ( 30 ans en 38), militant CGT Christian Sunt, Claude Vilain, 74 ans Olivier Vinay, 69 ans, retrait actif Roger Winterhalter, 81 ans

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