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A Saumur les 19-20-21 Mai 2018.
La Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture marque le 70ème anniversaire de sa création.
dimanche 29 avril 2018
publié par Christian Maurel

C’est très exactement le 15 janvier 1948 qu’ a lieu à Saint Cloud, en présence du ministre de l’éducation nationale M. Naegelen, la création de la Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture.

Après de longues et passionnantes péripéties (combats de la Libération, création à Lyon en septembre 1944 de la "République des jeunes", circulaire ministérielle du 13 Novembre de la même année portant projet de créer partout en France des "maisons de la jeune France"," des maisons de la culture", des maisons de la jeune république" qui seraient avant tout des "maisons de jeunes" où jeunes et adultes ne cesseraient plus d’aller pour y rencontrer des livres, du cinéma et de "la lumière") André Philip et Albert Léger nommé délégué général par l’État, transforment les Maisons des jeunes en Maisons des jeunes et de la culture, voulant indiquer par là leur dimension intergénérationnelle et la mission émancipatrice et formatrice de citoyens, de la culture.

S’opposant à toute forme d’étatisme et de paternalisme, les jeunes sont appelés à développer leurs propres activités et projets dans le cadre de Conseils de maisons expérimentés pendant la Résistance, notamment à Romans, par Paul Jansen, avant que ceux-ci ne s’engagent dans les combats du Vercors.

La représentation des membres du Conseil de maison pour 1/3 de ses membres élus au Conseil d’administration de la MJC où siège également le maire de la commune, ne sera pas toujours de tout repos. Mais on considère que cette "pédagogie du conflit" est essentielle à la formation démocratique des citoyens et à la dynamique créatrice des MJC, de leurs adhérents et de leur territoire d’intervention.

Les MJC, au nombre de moins de 200 à la fin de la IVème République, connurent un formidable développement dans les 10 premières années de la Vème République. Avec un soutien important de l’État et de son Haut Commissaire devenu Secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, Maurice Herzog, on en compte 1200 en 1968. Dans les années qui précèdent, on crée une MJC par jour en France et dans les Territoires d’Outre-mer. A tel point que les MJC et la FFMJC animée par un corps professionnel de "directeurs-éducateurs" fortement syndiqués seront considérées par les gouvernements qui suivent les évènements de Mai-juin 1968 où elles ne sont pas restées inactives, comme un "État dans l’État" incontrôlable et, qui plus est, infiltrées et manipulées par les communistes et les gauchistes.

C’est alors que s’ouvre une période de crise qui aboutira sous le pression du ministre, Joseph Comiti, à la première scission de la FFMJC et à la régionalisation de leur appareil fédératif devenant employeur des personnels notamment des directeurs qui en constituaient la colonne vertébrale. D’autres scissions et recompositions vont suivre, notamment avec la création dans les années 1990 de la Confédération des MJC de France qui rassemble les Fédérations régionales issues de la FFMJC et de ses deux scissions.

Les MJC, quel que soit leur réseau d’affiliation, sont aujourd’hui confrontées aux questions de société soulevées par un système néolibérale en crise : redéploiement des inégalités, mondialisation destructrice des écosystèmes et des protections sociales des plus faibles, crise de la démocratie représentative délégataire au profit du retour de pouvoirs autoritaires, voire ségrégationnistes, désaffiliation sociale et politique des individus, terrorisme fondamentaliste... L’éducation populaire doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais cessé d’être : une éducation populaire permanente et politique porteuse de conscientisation, d’émancipation, d’augmentation de la puissance individuelle, collective et démocratique d’agir des individus et de transformation sociale et politique d’un monde qui ne peut continuer longtemps sa course folle vers un abime dont nous n’avons pas encore une idée claire.

Les MJC encore fortement implantées sur les territoires (1500 environ pour l’ensemble des deux réseaux) et qui ont fait école sous des formes approchantes dans de nombreux pays du monde, ont des défis de société décisifs à relever en y impliquant les populations là où elles travaillent, vivent, quelques fois survivent. Si l’on veut éviter la désaffiliation sociale et toutes les formes de violences, il faut "repolitiser" les questions de société et ne pas se limiter, comme nous invitent trop souvent les politiques publiques, à une offre de loisirs aussi éducatifs soient-ils.

Un monde nouveau est sans doute en train de naître dans les replis et les failles d’un monde ancien. Quelques jours avant sa mort, André Gorz écrivait que" la sortie du capitalisme avait déjà commencé" Cette sortie ne se fera pas sans bouleversements ni affrontements. Les femmes et et les hommes devront faire preuve de lucidité, de solidarité et d’engagement dans ce que l’on appelle de plus en plus des "communs". Le danger (comme dans les années 1930) est toujours là d’être soumis à la violence destructrice d’États et d’hommes qui se croient missionnés par des forces qui les autorisent à faire seuls le bonheur des peuples, en leur nom et contre eux.

Face à ces multiples dangers, les MJC doivent contribuer à la construction d’un nouvel imaginaire social fait de valeurs et de significations fortes (émancipation libératrice des intelligences, conscience critique et constructive, solidarité, égalité de condition et de considération, démocratie réelle...), imaginaire conduisant les femmes et les hommes, notamment les jeunes, à se construire un nouvel avenir et une nouvelle communauté de destin, tout simplement à faire ce qu’ils ont les seul à pouvoir faire : l’Histoire.

Nous vous invitons à consulter en document joint le programme de ces trois journées commémoratives de la création de la FFMJC - qui ne consistent pas à "inaugurer les chrysanthèmes" pour reprendre la formule d’un homme célèbre que le président-fondateur de la FFMJC, André Philip, avait rejoint à Londres pendant les heures sombres de 2ème guerre mondiale avant d’en faire son Commissaire National à l’Intérieur -. Vous y trouverait un programme riche des expériences et des réflexions des MJC, délibérément tournées vers l’avenir.

Christian Maurel , docteur en sociologie, auteur de Les MJC en France depuis la Libération, Genèse et enjeux thèse soutenue à l’EHESS sous la direction de Jean-Claude Passeron. (consultable sur internet).


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