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La MJC de Martigues (13) accueille et rencontre des Universités Populaires de la région.
Compte-rendu de la réunion du jeudi 22 novembre 2012.
vendredi 21 décembre 2012
publié par Christian Maurel

MJC de Martigues.

La MJC accueille et rencontre des universités populaires de la région (Aix, Salon et Apt) le jeudi 22 novembre 2012.

Cette rencontre a permis de recevoir Liliane Zuniga et Christian Maurel de l’UPPA d’Aix, Virginie Fusciardi et Benoît Leroyer de la MJC d’Apt, André Alessandri de l’UP de Salon et Dominique Moué de la MJC de Salon, Denis Peyron de la Maison pour Tous de Vitrolles, et Jean-François Serra d’Aubagne curieux de cette rencontre et qui a eu l’information sur le site « Éducation populaire et Transformation sociale ». Laure Ballester, Capucine Carrelet, Cathy Alcaïno, André Boissely et Michel Gazi, étaient présents pour la MJC de Martigues. Les présentations se sont déroulées autour d’un café et après une visite de la Maison, tout le monde s’est installé dans la salle vidéo.

Nous proposons d’articuler cette après-midi autour de trois questions, à envisager du point de vue des expériences en présence :

1. Université populaire, un oxymore ? Comment comprendre et conjuguer les deux termes ? Quels savoirs ? Comment se fait le choix des thématiques ? A qui s’adresse-t-on ? Comment ? Qui produit, qui diffuse ces savoirs ?

2. Quel modèle économique ? (le bénévolat, la gratuité…)

3. Quel rôle politique ou sociopolitique pour une UP ? La relation aux institutions ? Quelle est la pertinence de l’université populaire dans le contexte local ?

Introduction par André Boissely : une telle rencontre n’est pas fréquente, et c’est encourageant pour l’avenir. On ressent un enthousiasme à se retrouver ensemble. Chacun apporte quelque chose à partir de son expérience et de ses questions. L’échange d’expériences permet de faire émerger une intelligence collective.

Christian Maurel souhaite faire un rappel historique : tout part de l’affaire Dreyfus accusé de trahison, qui a entraîné la mobilisation d’intellectuels (le fameux « J’accuse » de Zola). Ces intellectuels animent des universités populaires pour aller vers le peuple mais sur le mode de transmission des savoirs de l’Université. Il y a aussi un courant issu des bourses du travail de Fernand Pelloutier, centré sur la « coopération des savoirs » (Georges Deherme). Les UP disparaissent en 1914. Début 2000, Michel Onfray lance une nouvelle université populaire. Il y a juxtaposition du terme « université » qui est un terme de la bourgeoisie du XIXème siècle, et de « populaire » qui doit toucher l’ensemble du peuple. Le savoir doit amener une transformation.

Aujourd’hui, il existe différents types d’universités populaires :

- A Bruxelles, l’éducation populaire s’appelle éducation permanente, et à l’UP la formation qui s’adresse aux primo-arrivants est diplômante (niveau du certificat d’études). Les gens élaborent une « œuvre » qui en traduisant leur parcours et leur expérience facilite les apprentissages de base. Cette UP est aussi en lien avec l’éducation nationale belge.

- Sur le modèle de l’UP de Caen : des cours ouverts à tous et gratuits.

- L’UP-laboratoire social de le MJC de Ris-Orangis travaille à partir de ce qui affecte les habitants de la ville. Les participants réalisent des enquêtes, ils sont suivis par des intellectuels comme Miguel Benasayag et des universitaires.

- L’UP de l’université Paris VIII est elle aussi diplômante, elle permet d’obtenir un niveau pour accéder à la LMD. Paris VIII accompagne la démarche de laboratoire social de la MJC de Ris-Orangis.

Parfois, sont mélangées différentes modalités de fonctionnement et de méthodes au sein d’une même UP.

En France, il existe 2 réseaux d’UP : l’association des UP de France et un réseau informel qui se réunit chaque année pour un Printemps des UP. Certaines UP sont en association, d’autres en collectif. A Aix, c’est un réseau informel organisé juridiquement en association (comme à Salon). Chaque UP fonctionne comme elle veut, mais leur objet social concerne la construction et la transmission du savoir.

Les expériences des universités populaires représentées :

Liliane Zuniga parle de la naissance de l’UPPA : c’est parti d’un « café repaire » dans lequel se réunissaient des citoyens (« Là-bas, si j’y suis » de Daniel Mermet), c’était intéressant mais il manquait quelque chose. Au départ de l’UP, les universitaires d’Aix n’adhèrent pas à l’idée, et il est difficile de trouver des lieux pour se réunir. Deux universitaires rejoignent l’UP au cours de la deuxième année, notamment autour de questions portant sur le travail, qui a été le sujet d’entrée de l’UP d’Aix. Au départ, l’assistance était un public averti. Le travail avec les associations, la relation avec les quartiers périphériques est lourd et long à mettre en place, cela s’est concrétisé au bout de deux, trois ans, avec une mise en réseau des associations aixoises.

Au début, l’UP proposait des conférences débats. La notion de plaisir (du public, des organisateurs et des intervenants) est très importante, mais comment le faire perdurer ? Peut-être avec des méthodes différentes : au bout de trois ans, il y a eu des interventions en web-TV avec Anonymal et des micro-trottoirs : les réponses spontanées des gens devenaient le point de départ d’une conférence. Les intervenants travaillaient leurs conférences à partir des interviews réalisées dans la rue, pour construire des éléments de réponse aux préoccupations des gens. Il s’agissait aussi d’aller vers les publics qui ne venaient pas, et aussi de travailler l’accessibilité du langage universitaire.

André Alessandri : l’UP de Salon date de février 2012, elle est à l’initiative de trois personnes du Comité Européen International. L’idée est d’aller vers les gens (centres sociaux, maisons de quartiers), de faire participer le maximum de personnes, pas seulement, mais aussi grâce à des moyens ludiques (pièces de théâtre, par exemple, associant la population).

Dominique Moué explique qu’il existe déjà deux lieux à Salon où l’on discute : « La case à palabres » (café solidaire) et « Allez savoir » qui bénéficie du soutien de la Municipalité et organise des conférences. Avec l’UP, c’est la naissance d’un nouvel acteur. A la MJC de Salon, il n’y a pas de tradition de débats, elle est centrée sur ses activités (surtout sportives). Cette année, pour le cinquantenaire de la MJC, Franck Lepage a présenté sa conférence gesticulée Inculture(s) 1 , cette conception de l’éducation populaire est nouvelle à Salon. La MJC est plutôt un soutien aux organisateurs de débats, elle accueille certaines rencontres, mais elle peut les rejoindre sur des sujets particuliers (la laïcité, par exemple) et être un vecteur de communication. Le problème est que les débats attirent toujours un peu le même public, trop peu de jeunes et de gens issus des quartiers populaires. La MJC pourrait s’investir sur des rencontres autour de la laïcité, la police, le respect, la violence.

Virginie Fusciardi parle de l’UP d’Apt qui s’appelle « Coopérative des savoirs », pour ne pas s’enfermer dans un concept et garder une liberté. Pourquoi hiérarchiser le savoir ? Le principe de départ du projet est l’égalité des savoirs. La transmission réciproque est nécessaire. Cette initiative est partie d’une administratrice et de la directrice, et il y a eu une grande réflexion autour de ce projet (plus d’un an). Les personnes qui font partie de cette coopérative sont appelées des « contributeurs volontaires » et non des bénéficiaires : il s’agit d’un échange réciproque des savoirs, qui valorise les savoirs issus de l’expérience, mettant à égalité savoirs savants et savoirs-faire. Gratuité totale des échanges, c’est la philosophie du don. Le lancement de la coopérative aura lieu après une réunion publique le 14 décembre. L’idée est qu’il y ait un maximum de monde pour que le projet vive aussi à l’extérieur de la MJC. Est prévu un site internet : le « marché des coopérateurs », avec des petites annonces (faire attention au prosélytisme et aux rémunérations cachées). Il y aura aussi un cycle de conférences-ateliers avec un intervenant, dont les thématiques viendront des contributeurs. Des conférences et ateliers, devraient émerger de nouveaux contributeurs.

Michel Gazi évoque, dans cette idée, les réseaux d’échanges de savoirs qui fonctionnent avec des médiateurs et sont davantage centrés sur des savoirs pratiques. En revanche, ce sont souvent les mêmes personnes qui participent, au risque d’entretenir l’ « entre-soi ».

Denis Peyron : à Vitrolles, il y a des petits groupes d’échanges, et le projet de développer une démarche dans le sens d’une UP.

André Boissely retrace un historique de la MJC de Martigues : une tradition de débats depuis 1995, d’abord les bistrots philo, avec des professeurs du lycée et différents partenaires. Depuis trois ans, Capucine mène une réflexion à partir de constats : le public est toujours le même, les questions tournent un peu en rond, on passe d’un sujet à l’autre sans jamais rien approfondir, et le niveau des échanges ne progresse pas. Il y a un travail avec des partenaires (musée, cinéma, médiathèque, librairie) et une externalisation des débats qui dans un premier temps a croisé et accru les publics… Il y a toujours un public friand de ce type de rencontres. Le problème, c’est souvent qu’on en sort exactement comme on y est entré…

Capucine : sur la ville, la MJC se centre maintenant davantage sur les questions politiques, sociales, et sur une réflexion et une mise en œuvre de nouvelles formes de débats, expérimentant des techniques d’animation et d’autres modes de relation aux participants (grâce à l’aide de la SCOP Le Pavé) : formes participatives (débats mouvants, grodébats, Groupes d’Interviews Mutuelles, etc.), mais aussi des débats intégrant des langages artistiques : chanson, théâtre, BD…. Mais que faire de tout ça ? N’est-il pas nécessaire de laisser une trace, de construire quelque chose avec les gens ? Il serait peut-être intéressant de travailler une thématique à plus long terme, afin qu’une transformation s’opère aussi sur ceux qui organisent les échanges.

Comment se fait le choix des thématiques ?

Il faut que cela intéresse au moins un groupe de personnes, il faut que cela libère la parole. Il est nécessaire de toucher la sensibilité (par rapport à l’actualité, par exemple).

Il semble qu’il y ait peu de débats contradictoires, avec des intervenants confrontant deux points de vue différents.

Christian : au Printemps des UP 2012, il a été proposé que les UP travaillent sur les alternatives. Aix a choisi les alternatives à la délégation de pouvoir. C’est Christian qui anime cet atelier mensuel, auquel est associé un groupe de femmes issues des quartiers.

La question des publics.

André Boissely : les UP devraient aller vers les personnes qui ne peuvent pas avoir accès à l’université traditionnelle.

Liliane Zuniga : le croisement des publics est très long. Par exemple, à Aix, il y a eu un travail avec des femmes maghrébines qui, ensuite, sont venues dans les ateliers qu’anime Christian : mais cela a pris cinq ans ! Le terme d’université peut faire peur. Les premiers échanges peuvent se faire à partir de savoirs-faire. Il faut un travail en coopération au sein de l’équipe intervenante.

André Boissely : il faut s’appuyer sur des partenaires, des réseaux, des relais, pour toucher des publics différents.

Denis Peyron : le travail en petits groupes est intéressant mais il touche peu de monde et c’est toujours le même public qui participe.

Virginie Fusciardi : c’est une question de temps, de confiance. C’est un travail de longue haleine. Il s’agit aussi de prendre en compte la demande : elle existe. On pourrait par exemple se saisir de questions qui travaillent un centre social, penser aux CIQ.

Benoît Leroyer pense qu’il ne faut pas toujours focaliser sur les banlieues, les quartiers : les jeunes habitant en pavillon sont tout aussi, si ce n’est plus, difficiles à mobiliser que ceux des quartiers ! Avec ces derniers, il lui semble tout à fait faisable d’organiser quelque chose, si cela part de leurs préoccupations, par exemple autour du conflit israëlo-palestinien…

La production des savoirs et les modes de transmissions.

Selon Paolo Freire, prendre conscience du savoir qu’on possède aide à développer une puissance d’agir. Comment rendre les gens possesseurs de leur savoir ?

Capucine : comment produire du savoir ? à l’oral, à l’écrit, de manière artistique ? comment faire apparaître des savoirs ? Existe-t-il une production issue des UP ?

Benoît Leroyer : pour la production, on peut aller vers des éditeurs, mais aussi se servir d’internet et même esthétiser ces productions grâce à la M.A.O.

Quel modèle économique ?

Dominique Moué : la gratuité, mais pour qui ? Le public ou les intervenants ? Ce n’est pas complètement gratuit pour une structure (organisation, communication…). Les réseaux sont nécessaires pour mutualiser les ressources.

Michel Gazi : même si cela représente du temps de travail, quand un salarié recherche un intervenant, le coût pour la structure est compris dans son fonctionnement.

Liliane Zuniga : à Aix, les intervenants sont bénévoles. Le bénévolat est associé aux notions de plaisir et d’engagement. Elle-même est devenue coordinatrice salariée, mais elle reste engagée personnellement dans le projet. L’intervenant bénévole fait un grand travail, autonome, il se considère comme un militant.

Il y a maintenant une grosse demande de la part des universitaires de travailler avec l’UP, ça a du sens : aujourd’hui, faire quelque chose avec l’UP, ça compte à Aix. L’UP est un lieu d’expérimentations et aussi un tremplin, elle peut donner la possibilité aux auditeurs de devenir intervenants, c’est le cas d’une auditrice devenue conférencière en histoire de l’art.

Christian : il est adhérent et intervenant bénévole à l’UPPA, mais pas administrateur. Il continue en tant que praticien de l’éducation populaire, dans une relation directe avec les gens. C’est une position de recherche, qui maintient un niveau de réflexion et de conscience. A Aix, il y a un climat de coopération favorable.

Capucine trouve difficile de travailler avec des intervenants bénévoles : souvent ils viennent faire ce qu’ils savent faire ou font déjà ailleurs, alors qu’elle aimerait développer un projet « unique » pour chaque thématique. De plus, la question du bénévolat se pose dans un monde aussi injuste économiquement. D’accord pour qu’un universitaire en poste soit bénévole, mais lorsqu’il s’agit de mettre en lumière d’autres savoirs, il faudrait qu’ils puissent s’inscrire, eux-aussi, dans une économie.

André Boissely : les bénévoles croient à ce qu’ils font. Dans une association, il y a deux approches : le salarié et le bénévole, qui a conscience de sa place. André n’est pas gêné par la notion de bénévolat. Mais le bénévolat peut être un luxe dans une société en crise.

Virginie Fusciardi : à Apt, les intervenants des conférences sont bénévoles, ce sont des « contributeurs volontaires ». Et la participation aux ateliers est gratuite, car on demande une contribution aux participants.

André Alessandri : à l’UP de Salon, l’adhésion est de 30 € à l’année mais elle n’est pas obligatoire. Certains animateurs sont bénévoles, d’autres pas.

La relation aux institutions ?

Liliane Zuniga : le travail avec les élus est très difficile, mais le succès de l’UPPA est tel que la Municipalité a dû l’accepter. Nous avons bien travaillé avec la Méjane : une médiathèque est tenue de développer les débats, en accueillant l’UP elle répondait à sa mission. L’organisation du Printemps des UP en 2011 a été un moment de reconnaissance important : « le succès protège. » L’UPPA reçoit des subventions de la Ville, du Conseil Régional, du Conseil Général, de Jeunesse et Sports, et de la DRAC (Politique de la Ville).

André Alessandri : la Mairie a déjà sa propre démarche avec « Allez savoir ». L’UP peut-être gênante. Pour l’instant, l’UP dispose de locaux gratuits. Le nombre de public compte dans la relation aux financeurs.

Virginie Fusciardi : la Mairie a eu peur que des subventions soient demandées, et il y a eu une confusion entre le projet associatif et la création de l’UP. Depuis que la Mairie sait que des subventions ne seront pas demandées, elle encourage l’UP.

Jean-François Serra : la Mairie d’Aubagne aurait les moyens de créer une UP. Il existe déjà des formes de démocratie participative organisée par la Mairie.

A Martigues, nous pensons que la Ville verrait cela d’un bon œil, mais cela ne signifie pas qu’elle soutiendrait financièrement.

Une proposition issue du collectif : l’idée d’une mise en réseau solidaire des UP de la région.

Il faudrait créer un lien entre toutes les UP de la région. Créer un réseau, et un système de mutualisation.

Christian Maurel : il est important de faire circuler l’information, notamment par mails. La construction de savoirs ne se fait pas qu’au niveau local, même si l’UP se construit là où elle est. il s’agit de :

- bénéficier d’un réseau pour se tenir informé de ce qui se fait dans les autres UP.

- construire une plateforme commune qui soit un lieu ressources d’intervenants potentiels, un recensement des formes d’animation de rencontres, un espace d’accompagnement aux nouveaux projets.

- de faire de notre « petite expérience » un savoir à partager.

André Boissely indique qu’au niveau de l’union des MJC de Méditerranée, des formations sont en train d’être mises en place dans une logique de mutualisation.

Cette rencontre a été l’occasion d’un très bel échange. Il y a une volonté de rester en contact, et de continuer à partager réflexions et expériences.

Prochaine rencontre à la MJC d’Apt le 14 février 2013, à 14h où nous aurons, entre autres, les retours d’expérience des premiers pas de la coopérative des savoirs…

Merci à tous,

Au plaisir de vous retrouver en 2013 !

Cathy et Capucine.


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