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Dans l’OBS internet du 13-2-2017.
"La MJC de sens m’a donné une passion et une carrière, je lutte contre sa destruction."
Témoignage de Hugo, danseur.
lundi 13 février 2017
publié par Christian Maurel

La MJC de Sens m’a donné une passion et une carrière, je lutte contre sa destruction.

Par Hugo, danseur.

La Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Sens, créée en 1948, est en danger. La maire LR de la ville demande à l’organisme, qui résiste depuis trois mois, d’évacuer ses locaux. Hugo, qui a 24 ans aujourd’hui, y a passé son adolescence. Dans l’espoir de sauver la MJC, il occupe par roulement avec d’autres militants la salle de spectacle, La Fabrique, 24h/24h.

À Sens, dans l’Yonne, il n’y a pas grand-chose à faire quand on est jeune. Pour y avoir passé mon adolescence, du collège au lycée, je sais de quoi je parle. La Maison des jeunes et de la culture, c’était l’alternative à la glande dans la rue et au shopping à la sortie de l’école.

Au lieu de zoner, avec mes amis, nous allions à la MJC pour danser. D’autres y prenaient des cours de sculpture, de peinture, de soutien scolaire, jouaient dans un groupe de musique...

La première fois que j’y suis allé, j’avais 13 ans. J’y avais suivi un professeur de mon collège qui utilisait une salle pour offrir un espace d’entraînement de break-dance libre et encadré. C’est comme ça que j’ai découvert ma passion et mon futur métier : la danse et l’enseignement.

Sens, offre des options à tes jeunes.

Si les jeunes de Sens n’ont plus la MJC, ils n’auront plus grand-chose. Ceux qui se plaignent des adolescents qui "traînent" dans la rue, ne se rendent pas compte que, sans structure proposant des activités intéressantes, c’est inévitable. Qu’est-ce que nous sommes censés faire à la fin des cours : rentrer chez nous regarder la télévision ?

J’aimerais bien que Marie-Louise Fort, la députée-maire de la ville, se rende compte de cette réalité avant de municipaliser les murs de la MJC de Sens. D’autant plus, car nous ne savons pas encore ce que vont devenir les locaux. L’idée de la mairie est d’y proposer uniquement des activités rentables, ce qui est à l’opposé de la philosophie de la MJC. J’imagine notre MJC, lieu d’éducation populaire, chaleureux et vivant, devenir un conservatoire municipal froid, qui ne correspondra plus à nos attentes.

La MJC de Sens, c’est un espace populaire qui accueille tous les jeunes et même les moins jeunes. Des quinquagénaires viennent y suivre des cours de danse. L’idée est de réunir des personnes d’horizons différents autour d’activités culturelles. Si l’organisme devient une simple salle de sport ou un conservatoire huppé, cette diversité ne sera plus assurée.

La MJC a fait de moi qui je suis.

J’ai dansé à la MJC pendant presque dix années, pour seulement 10 euros par an. J’y ai organisé des projets et des spectacles avec des jeunes qui sont devenus des amis proches. J’ai pu partir en voyage en Europe de l’est, à peine majeur, avec d’autres danseurs, pour presque rien. Sans la MJC, beaucoup de jeunes de Sens n’auraient pas ces opportunités qui leur permettent de découvrir le monde.

Toutes les familles n’ont pas les moyens de financer des activités extra-scolaires et des voyages en dehors de la France. Avec la MJC, nous étions tous sur une sorte de pied d’égalité pour vivre ces choses-là.

Cet endroit m’a aussi permis de vivre ma passion pour la danse et de partager mon goût pour cette discipline avec d’autres. Il ne s’agit pas seulement d’un espace pour s’entraîner, c’est bien plus que ça : c’est un lieu de rencontres.

C’est aussi un endroit qui permet une relation différente entre les adultes et les jeunes. À la MJC, ces derniers sont responsabilisés. Il m’est arrivé d’être en charge d’une salle de danse d’entraînement et de donner quelques cours dans le cadre de semaines découvertes pendant les vacances scolaires.

Ce n’est pas un hasard si, à 24 ans, j’enseigne un cours de "découverte des métiers" à des élèves de troisième dans un établissement régional d’enseignement adapté, et si je donne aussi des cours de danse dans d’autres structures. La MJC m’a donné le goût de la transmission. Sans l’organisme, je ne serais sûrement pas qui je suis aujourd’hui.

Cela me rend triste d’imaginer que les générations futures n’auront peut-être pas cette chance. C’est pour ça que je me bats. Pour ceux qui suivront et aussi pour moi, puisque j’aime toujours autant aller à la MJC au moins une fois par semaine pour danser.

C’est mon devoir.

Notre grande peur aujourd’hui, c’est que la mairie vienne faire changer les serrures dans la nuit et qu’on ne puisse plus accéder à la Fabrique, notre salle de spectacle inaugurée en 2008. Pour les empêcher de prendre les lieux, nous les occupons. Avec un système de roulement, nous gardons la Fabrique de la MJC nuits et jours, du lundi au dimanche.

J’ai fait deux permanences de nuit. C’est un système basé sur la confiance : les responsables de la MJC me remettent une clef de la salle et j’arrive généralement vers 19h30, pour repartir le lendemain matin vers 9h.

La première fois, j’en ai profité pour inviter deux amis danseurs. Nous avons passé la soirée à s’entraîner avec les équipements de la salle de spectacle. La deuxième fois, j’étais avec un magicien et un jeune qui s’y connaissait en vidéo. Nous nous sommes bien amusés, nous avons partagé nos passions. C’est ça l’esprit de la MJC. Pour le dîner, nous pouvons utiliser la cuisine, mais, moi, j’ai choisi l’option pizza et kebab.

C’est la première fois que j’ai l’occasion d’avoir une action militante. Jamais je n’avais eu à me battre pour une entité qui me tient autant à cœur. Je ne suis pas prêt de lâcher. Après tout, c’est un peu mon devoir de rendre à ce lieu qui m’a tant donné.

Propos recueillis par Barbara Krief.


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