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La démocratie a-t-elle besoin de l’éducation populaire ?
Conférence populaire du lundi 1er décembre 2014 au Théatre du Lucernaire (Paris).
dimanche 14 décembre 2014
publié par Christian Maurel

LA DÉMOCRATIE A-T-ELLE BESOIN DE L’ÉDUCATION POPULAIRE ?

Conférence populaire du lundi 1er décembre 2014 au Théâtre du Lucernaire, dans le cadre des lundis de l’éducation populaire.

Le projet de la Conférence Populaire est, comme celui du théâtre-forum, de laisser les participants se faire leur propre opinion, d’assurer seuls leur propre jugement sur ce qu’ils ont vécu et échangé. En un mot de leur faire confiance, ce qui est peut-être la pierre angulaire de l’éducation populaire. Un processus et non un résultat.

Mais il est aussi possible à celle ou celui qui a pris toutes les notes de construire ce qui aurait pu être le discours d’un expert. Voici donc ce qu’aurait pu nous dire l’expert populaire du 1er décembre au Lucernaire.

EN CE QUI CONCERNE LA DÉMOCRATIE, les conditions actuelles de l’exercice du pouvoir éloignent de plus en plus de citoyens d’un engagement dans le débat public, voire même conduisent à un désenchantement qui fait grandir l’abstention et, ainsi, fausse les résultats du suffrage universel.

Plus grave encore peut-être, le traumatisme du référendum européen de qui a vu la volonté majoritaire ne pas être suivie par les gouvernants reste vivace et augmente la défiance envers un système représentatif qui ne représente plus le peuple.

Le personnel politique constitue une caste dont les trajectoires et les carrières se ressemblent au-delà même parfois des clivages politiciens.

L’éducation populaire, quant à elle, ne fait pas non plus recette et ne semble guère comprise par le plus grand nombre. Elle reste le pré carré d’organisations associatives qui, aujourd’hui, sont plus des prestataires de service en concurrence entre elles ou/et avec le privé sur un secteur marchand d’appels d’offre des pouvoirs publics, que des facteurs d’émancipation, de citoyenneté. Le secteur de l’éducation populaire est celui où l’on peut trouver des services de loisirs à meilleur prix que ce que les riches achètent au privé.

Pourtant une autre conception de l’éducation populaire, encore minoritaire, semble en germe, qui s’appuierait sur la mutualisation des savoirs disponibles au sein du peuple lui-même.

Se poser cette double question témoigne bien d’un besoin, d’une envie, voire d’une revendication : disposer de temps, de méthodes pour débattre des différentes options possibles, développer pour cela une culture politique commune, voilà ce qui semble l’aspiration d’un peuple qui cherche, au moment où il se retire d’un fonctionnement institutionnel qu’il appréhende comme sclérosé, une alternative pour vivre mieux le bien public.

QU’EST-CE QUE LA DÉMOCRATIE ALORS ?

Si nous partons de l’hypothèse qu’elle est le pouvoir du peuple exercé par le peuple — démos kratos — nous devons constater une chose simple : la délégation de pouvoir réglée par le vote majoritaire et le suffrage universel, ne suffit plus à assurer un fonctionnement réellement démocratique de notre société. Plus même : on s’aperçoit que ce débat existe depuis la Révolution entre Sieyès et Condorcet, l’un plaidant pour une république représentative qui garantirait la société des folies populaires, l’autre estimant que seule la démocratie donnant pouvoir au peuple pouvait assurer la justice.

C’est la position de Sieyès qui, en assurant la prééminence du « représentatif », a ouvert le mouvement d’accaparement du pouvoir par les classes privilégiées en capital [social, culturel et économique] et le développement d’un fonctionnement républicain qui, s’il paraît garantir des dérives totalitaires, n’assure pas la souveraineté du peuple. Pour qu’une république soit démocratique, il serait nécessaire que l’ensemble des citoyens [le peuple] soit co-élaborateur des lois et des règles qui la régissent.

Pour cela il faudrait disposer de méthodes qui conduiraient de petites unités de citoyens à s’exprimer, dialoguer, débattre, proposer, délibérer et au final arbitrer.

Ce processus de proximité réclame du temps [le travail citoyen] et des lieux diversifiés [dans le quartier, la famille, le travail, l’école par exemple].

Et ne retrouvons-nous pas ici ce que pourrait être une éducation populaire de notre temps, inscrite dans ce mouvement de mutualisation, de collectivisation citoyenne ?

Reste alors la question de l’arbitrage. Vote majoritaire au risque de froisser la minorité qui se sentira toujours opprimée, ou aller au consentement ce qui risque de prendre du temps et de laisser le pouvoir aux plus délurés ? Une voie de sortie serait de désigner les décisionnaires par tirage au sort, idée qui semble aussi progresser. [On constate un engagement fort et une attention grande au bien commun dans les collectivités où ce moyen est utilisé]. Et dans ce cas de figure, doit-il se faire à partir des listes électorales ou à partir des avis d’imposition ou de toute autre base de donnée pour n’écarter personne ?

MAIS LA DÉMOCRATIE ACTUELLE pourrait aussi être simplement perfectionnée en assurant le pouvoir du peuple sur une meilleure diffusion de l’information qui devrait être en libre accès [à ce titre une défiance générale concernant l’action des médias semble communément partagée] et par la généralisation de débats raisonnés avant les votes et d’un droit de révocation des décideurs qui ne respecteraient pas leurs mandats.

Car comment savoir ce que veut « le peuple » ? En lui demandant, ce qui encore pose la question des méthodes.

Même si ce point peut poser certaines questions, une « éducation au politique » s’ouvrant sur des espaces d’expression, d’analyses, de propositions serait peut-être un moyen d’enrichir le fonctionnement démocratique de la République.

LA SOUVERAINETÉ DES CITOYENS POURRAIT ÊTRE DÉLÉGUÉE sans dommages à condition qu’elle soit enrichie par l’écoute de la société civile [associations, syndicats], qu’elle ne se limite pas à la « représentation » ni au vote, mais procède par l’élaboration de « consentements » qui tisseraient les souverainetés individuelles ensemble pour construire une souveraineté populaire.

Pointe ici encore l’envie d’un enrichissement de la démocratie qui apparaît comme une position philosophique qui déborde considérablement les figures organisationnelles et suppose plus que la délégation actuelle du pouvoir du peuple à une classe dominante.

LE PEUPLE SOUVERAIN doit dans tous les cas avoir le dernier mot. Mais il est alors nécessaire de concevoir la démocratie comme un processus, une construction permanente qui suppose l’engagement des citoyens dans un espace de négociation politique pour que chacun soit auteur et acteur des décisions publiques et du droit.

LES LUNDIS DE L’ÉDUCATION POPULAIRE. PROPOSITIONS DE SUITES.

 À qui appartient l’éducation au politique ? Éducation populaire, éducation du peuple ? Quelles méthodes/actions d’éducation populaire ? ➜ Par une approche concrète de cas pratiques ou un travail type Conférence gesticulée alliant pratique et théorie.

 Construire par petits groupes, puis en grand groupe un ARBRE DE PROPOSITIONS de méthodes d’éducation populaire favorables au développement de la démocratie.

 Quel exercice du pouvoir au service du Bien commun ? ➜ Par Word café, jeu de Tao avec une quête collective, gestion par consentement, espace senso pour déboîter.

 Quelle place du conflit dans l’éducation populaire ? ➜ Par la mise en situations diverses de pratiques conflictuelles.

 Comment faire pour que l’éducation populaire soit accessible à tous ? Comment réunir dans un quartier les conditions d’élaboration d’un projet collectif ? ➜ Par la sociocratie, des tables (bateau de paroles).

 Comment chaque citoyen peut-il agir concrètement ici et maintenant pour un réel pouvoir du peuple ? ➜ Utiliser une méthodologie qui permet le partage d’expériences concrètes en travaillant sur des cas précis.

Contacts pour la suite : arcencieltheatre@orange.fr / 03 44 39 88 28.

Revue d’éducation populaire RESONNANCES accessible par les mêmes liens.


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