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Le MS21 (Mouvement pour un Socialisme du 21ème siècle) et les ’’gilets jaunes’’.
Point de vue.
vendredi 14 décembre 2018
publié par Christian Maurel

Depuis de nombreuses jours, et quasiment depuis le commencement du mouvement des ’’gilets jaunes’’, nous nous sommes donnés pour mission, par différents canaux, contributions et témoignages, d’en apporter des éléments de compréhension, considérant que c’était, sans aucun doute, pour ceux qui y participaient, mais aussi pour nous tous, un grand moment d’éducation populaire politique pouvant ouvrir des perspectives de transformation sociale inédites.

Le point de vue publié ici, et qui n’engage que MS21, rentre dans cette préoccupation qui est de mettre en lumière ce que ce mouvement a de profond... et de caché, notamment par ceux qui poussent à n’y voir que des vitrines brisées....

Christian Maurel, corédacteur du site.

Le MS21 et les Gilets Jaunes.

Depuis quelques jours, l’Histoire s’accélère et oblige tous les acteurs politiques à une grande réactivité. Le MS21 livre ici son analyse sur les derniers événements.

La violence

Repris par l’ensemble des médias dans une sorte de contagion sémantique, les mots de « casseurs » et de « pilleurs » ont été abondamment utilisés ces derniers jours. C’est l’occasion pour nous de revenir sur l’évocation d’une bande de malfrats qui, par leur action méthodique et organisée depuis un demi-siècle mérite singulièrement ces qualificatifs. Nous voulons parler ici des « ultras-libéraux », cette clique qui regroupe les banques commerciales, les marchés financiers, les grandes assurances, les conseils d’administrations du CAC 40 et tous leurs vassaux qui ont constitué l’intégralité des gouvernements depuis les années 70 jusqu’à l’actuel locataire de l’Elysée (à l’exception notable de la parenthèse qui va de mai 81 au tournant de la rigueur de 83). Oui, ces gens-là ont commencé par casser. Ils n’ont pas cassé trois vitrines d’un magasin de luxe, ils ont vu bien plus grand. Ils ont entrepris de détruire un modèle social, celui de l’après-guerre et tous les biens précieux qui y étaient entreposés : les services publics, la sécurité sociale, le droit du travail. Ensuite ils ont pillé. Mais ils n’ont pas volé quelques tee-shirts de marque ou des chaussures à la mode, ils voyaient encore bien plus grand. Ils ont détourné à leur profit une grande partie des richesses produites en soumettant et contraignant le salariat. Ils ont agi d’abord sur le salaire direct en organisant la concurrence libre et non faussée puis sur le salaire socialisé en réduisant les cotisations en substituant des assurances privées à l’assurance maladie et des retraites par capitalisations très lucratives à la solidarité du principe par répartition. Le bilan de cette violence sociale est désastreux : il ne s’agit pas ici de quelques débris de verre en haut des Champs Élysées, il s’agit de régions entières désertifiées, de 10 millions de pauvres, de plus de 3 millions de mal logés, de 4 millions de chômeurs, et de millions d’emplois industriels disparus. Alors lorsqu’un journaliste de TF1 décrit, les sanglots dans la voix, le spectacle de désolation de quatre vitres brisées, il faut se rappeler les paroles de Jaurès (1906) : « La violence est chose grossière chez les ouvriers (…) mais le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente de gestes désordonnés. Quelques hommes se rassemblent dans l’intimité d’un conseil d’administration et décident. Ainsi tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, se dérobe et s’évanouit dans une sorte d’obscurité »

Que veulent les Gilets Jaunes ?

Après avoir tenté en vain de faire apparaître les gilets jaunes comme un mouvement de néo-poujadistes puis d’anarchistes excités, nos dirigeants - auxquels il faut bien ajouter la grande majorité des responsables politiques et syndicaux - semblent totalement désorientés. Les voilà bouleversés par une question pourtant basique mais qui ne leur avait jamais traversé l’esprit et que les programmes de l’ENA n’ont apparemment jamais inscrit à l’ordre du jour : Que veut le peuple ? Pour nos dirigeants en effet, cette question était résolue naturellement par l’ordre institutionnel des élections représentatives. Pour résumer, il a suffi d’organiser le grand théâtre médiatique quinquennal ; on a mis en scène un premier de la classe docile au visage angélique confronté à une extrême droite diabolisée présentée comme le grand péril fasciste. L’affaire était dans le sac. Accessoirement, si le peuple risquait de manifester sa colère il suffisait de polariser l’attention sur une coupe de monde de football ou sur la mort d’une star du roc

A vous dirigeants hors du monde - démodés et anachroniques- nous disons ceci : il faut maintenant vous rendre à l’évidence, ces vieilles recettes ne suffiront plus ! Et on ne dira jamais assez merci aux Gilets Jaunes pour avoir « cassé » cette servitude résignée qui faisait accepter au peuple des souffrances au travail, des fins de mois impossibles, des humiliations devant des banquiers arrogants, des dirigeants de pôles-emploi chargés d’expliquer aux classes populaires qu’elles ne sont pas assez qualifiées, ou trop jeunes ou trop vieilles ou fainéantes et assistées par nature alors qu’ « il suffit de traverser la rue pour … » (dixit E Macron). En vérité, ce que veulent les Gilets Jaunes – et la permanence du thème du RIC ( Référendum d’Initiative Citoyenne) sur les réseaux sociaux est là pour le confirmer - c’est reprendre du pouvoir, c’est donc rétablir le principe que nos énarques ont oublié depuis longtemps : en République c’est le peuple qui est législateur et les institutions ne sont là que pour encadrer ce principe par des procédures adaptées.

Macron

On le voit, dans cette perspective, les dernières actions et déclarations de Macron et de son gouvernement sont au mieux inadaptées et au pire, ridicules. Le peuple veut du pouvoir d’achat, Monsieur Macron lui accorde une aumône sans jamais mettre à contribution ni les riches ni le patronat ! (Les 100 euros par mois offerts aux salariés qui sont au SMIC ne coûteront pas un euro à l’entreprise et la prime de fin d’année c’est au bon vouloir du patron qu’elle sera versée). Le peuple veut vivre dignement de son travail, il affaiblit la part la plus emblématique du salaire qu’est la cotisation. Le peuple veut de la justice fiscale, il persiste à faire des cadeaux aux fortunés. Le peuple veut manifester fièrement, il sollicite des blindés dans Paris. Le peuple veut une jeunesse éduquée et citoyenne, il humilie publiquement des lycéens. On reste littéralement sidéré devant un tel mélange d’arrogance et d’incompétence qui touche tout autant l’ensemble des ministres, des députés LREM, et, plus grave encore, des cadres de l’autorité publique.

La suite

Trois scenarios semblent possibles. Le premier est le pourrissement du mouvement sous l’effet de la fatigue, de la propagande médiatique et de l’attisement des tensions à l’intérieur même du mouvement. Ce serait terrible même si cela ne signifierait pas que ce mouvement était vain. En effet, en politique, rien ne se perd définitivement et on connaît le phénomène de « résurgence » des mouvements sociaux qui pourrait intervenir dès les prochaines élections. Le deuxième – plus probable et que le MS21 appelle de ses vœux - est l’intensification de l’action de Gilets Jaunes. Devant ce cas de figure, E Macron n’aura alors que deux solutions : dissoudre l’Assemblée Nationale pour remettre la Démocratie en ordre de marche dans une France qui est regardée attentivement par le monde entier, ou durcir et radicaliser son soutien aux classes dominantes au risque de basculer vers un régime autoritaire aux relents préfascistes.


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