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Les Hommes d’URIAGE
de Pierre Bitoun
vendredi 27 juin 2008
publié par Fernand Estèves

Avec la réédition, au format pdf, des Hommes d’Uriage, @telier de Presse permet au plus grand nombre d’accéder à un ouvrage de référence, indispensable à la mémoire du siècle dernier et aux combats humanistes de l’avenir.

Fondée en août 1940 par un jeune capitaine de cavalerie, Pierre Dunoyer de Segonzac, l’École nationale des cadres d’Uriage fut à la fois un centre de formation renommé, placé sous la tutelle du secrétariat à la Jeunesse de Vichy, et une communauté, aussi petite que soudée. Installée dans l’ancien château du chevalier Bayard, situé au-dessus du village d’Uriage près de Grenoble, l’équipe de base de l’école se compose d’une trentaine de personnes, très jeunes pour la plupart, et dont les origines sociales, les professions et les engagements politiques antérieurs sont extrêmement variés. Marxistes et chrétiens s’y côtoient et, deux années durant, reçoivent plusieurs milliers de stagiaires venus de tous les coins de France. L’objectif est de penser la défaite, de reconstituer les élites et le tissu social de la nation et d’imaginer ce que pourraient être la France et l’Europe de demain. Mais, à la fin de l’année 1942, l’école doit fermer ses portes : son indépendance d’esprit, ses activités antivichyssoises et antiallemandes ont décidé Laval à la dissoudre. Dans leur majorité, les hommes et les femmes d’Uriage rejoignent alors la Résistance. Un autre château, proche du massif du Vercors et rapidement surnommé la Thébaïde, devient le quartier général d’une partie de l’ancienne équipe, que renforcent de nouvelles recrues. Durant près d’un an, partageant leur temps entre la réflexion intellectuelle et l’action clandestine, les habitants de la Thébaïde rédigent un ouvrage collectif, Vers le style du XXe siècle, et, répartis en petits groupes, en « équipes volantes », partent régulièrement en tournée dans les forêts du Vercors pour aider à la formation militaire et spirituelle des maquisards dont les réfractaires au Service du Travail Obligatoire viennent alors grossir les rangs. Mais en décembre 1943, la Thébaïde est attaquée et incendiée par l’armée allemande. Échappant de peu à la mort, l’équipe se disperse avant de se retrouver six mois plus tard, en juin 1944, dans le Tarn, presque au complet et prête à de nouveaux combats. Rassemblée au sein du corps franc « Bayard » commandé par P. Dunoyer de Segonzac, elle participe au cours de l’été à la libération du département. Puis, après avoir échoué dans sa tentative de créer un Ordre qui survivrait à la fin de la guerre, le groupe se sépare définitivement. Le temps des communautés (première partie) s’éloigne, le temps des initiatives (seconde partie) commence. Et anciens d’Uriage et de la Thébaïde s’engagent alors, chacun dans leur domaine, dans la construction de la France nouvelle. Certains ne tarderont pas à en devenir des figures exemplaires, d’autres resteront ignorés. Citons parmi les plus connus : Hubert Beuve-Méry, fondateur et directeur du journal Le Monde jusqu’en 1969 ; Paul Delouvrier et Simon Nora, deux hauts fonctionnaires, symboles de la technocratie des Trente glorieuses ; Jean-Marie Domenach, directeur de la revue Esprit jusqu’en 1976, et Gilbert Gadoffre, créateur du centre culturel de Royaumont ; Joffre Dumazedier et Bénigno Cacéres, deux des fondateurs de l’association d’éducation populaire Peuple et Culture ; Jacques Douai, le chanteur et Yves Robert, le réalisateur des célèbres films La Guerre des boutons, Alexandre le bienheureux, Le Grand blond avec une chaussure noire, etc.

En nous racontant la vie des hommes et des femmes d’Uriage de 1930 à la fin du XXe siècle, c’est à un voyage tout à la fois vivant, varié et original dans l’histoire de France que nous convie Pierre Bitoun. Vivant parce que ce livre mêle avec allant les interviews des anciens d’Uriage, les témoignages d’autres acteurs et les commentaires de l’auteur. Varié parce que l’on y évoque aussi bien le Front populaire et les auberges de jeunesse de l’avant-guerre, Vichy et la Résistance, Mai 68, la révolution informatique que les préoccupations quotidiennes des hauts fonctionnaires, des journalistes, des militants associatifs, des artistes et des intellectuels. Original enfin, car de cette diversité d’approches émerge peu à peu une histoire de France bien différente de celle qui nous est habituellement contée...

Avec la réédition, au format pdf, des Hommes d’Uriage, @telier de Presse permet au plus grand nombre d’accéder à un ouvrage de référence, indispensable à la mémoire du siècle dernier et aux combats humanistes de l’avenir.

Né en 1955, Pierre Bitoun est sociologue. Chercheur à l’Inra, il a publié de nombreux ouvrages dans diverses disciplines : histoire, sociologie, sciences politiques, littérature. Quatre de ses livres ont déjà été édités chez @telier de Presse : Paris-Parjure, Demain la démocratie…, Les Cumulards et Les champs du départ.