Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteExpressions
Les effets du démantèlement du service public par entreprise privée interposée ?
Du procès de France Télécom - Orange
lundi 8 juillet 2019
publié par Madeleine Abassade

Après le procès ouvert depuis le 6 mai contre les dirigeants de France Télécom accusés d’avoir poussés au suicide 19 employés, « Les prévenus encourent un an d’emprisonnement et 15.000 euros d’amende. "L’écart" entre cette peine et la souffrance des victimes "est tel qu’il ne faut pas espérer trouver du sens dans le montant des peines qui seront prononcées", prévient Me Teissonnière.

Mais pour l’avocat, "ce qu’il s’est passé à France Télécom doit être rangé parmi les interdits majeurs d’une société" » peut-on lire sur la page des actualités d’Orange [1]

Quel rapport entre France Télécom et Orange ?

France Télécom a changé de nom et se nomme depuis 2013 Orange. Le changement du nom du groupe signifie qu’il est devenu une entreprise multinationale et a perdu définitivement sa qualité de service public. [2]

Pourquoi publier ces précisions sur notre site Education Populaire & Transformation Sociale ?

Il est possible que des abonné.es à France Télécom ne se soient pas aperçu.es que la condamnation dont cette entreprise pourrait être l’objet pour « harcèlement moral ayant poussé au suicide plusieurs employés », n’est autre que l’entreprise à laquelle ils sont aujourd’hui (et toujours) abonnés, sous le nom d’Orange. On imagine alors de possibles impacts immédiats sur le consommateur par les gros titres publiés par France-Télécom si elle disait son nom.

Pourrait -on aller jusqu’à dire que France Télécom, derrière sa nouvelle couleur qui affiche les peines juridiques qu’elle encourt, fait son mea culpa ? Ou faut-il, malgré ça, aller voir chez les concurrents qui auraient pour mérite de ne pas avoir hérité des reliquats d’un service public de plus en plus moribond, sous la forme de la transmission d’employés demeurés fonctionnaires, comme ce fut la cas pour France Télécom-Orange ? Rappelons qu’un fonctionnaire, du fait de son statut, ne peut percevoir les indemnités du chômage et à ce titre ne peut être licencié en cas de volonté de « compresser » le personnel.

Les suicides de fonctionnaires ?

« Parmi les 19 suicides retenus dans l’ordonnance de renvoi, celui de Rémy Louvradoux se détache par ses modalités. Une immolation par le feu devant un site de France-Telecom à Bordeaux, le 26 avril 2011. Il était entré dans l’entreprise en 1979 comme agent des lignes en région parisienne, rappelle Laurent Vogel » [3]. Rémy Louvradoux n’était -il pas fonctionnaire, sachant que France Télécom n’existe que depuis 1988, et le 1er janvier 1991 est devenu exploitant autonome de droit public ? Est -ce que cet homme était parmi les derniers à tenir à son attachement au service public ? N’avait-il pas perdu toute confiance en la protection du collectif ?

Il ressort de cette affaire dramatique, au moins une remarque évidente, quasi sordide face au désespoir de Rémy Louvradoux et de ceux qui, avant de se suicider, ont accusé l’entreprise France Télécom comme seule responsable de leur geste : lorsqu’un service public passe aux mains des affairistes, ce passage permet la mise en place de processus de harcèlement pour arriver à faire partir des fonctionnaires qui coutent trop chers à l’Etat et dont il ne peut assurer le reclassement.

N’est-ce pas au procès des effets, qui peuvent être tragiques, du démantèlement du service public auquel nous assistons ? Par ailleurs, est-ce que ce procès va permettre de ré-ouvrir le dossier des conditions de travail au sein même des services publics qui parfois conduisent aux suicides des enseignants au sein de l’Éducation Nationale dont les médias, il fut un temps, se faisaient largement l’écho ? [4] Ou encore celui du centre hospitalier universitaire de Toulouse confronté à une recrudescence de suicides de salariés ?

N’est-ce pas au travers de ce "procès", le grave problème de la souffrance au travail, dans tous les secteurs, dont il est aussi question ? Et la peur, malgré tout, de le perdre, jusqu’au désespoir ? Le Mouvement des Gilets jaunes nous rappelle à la nécessité du collectif, à la reconnaissance de l’appel à la solidarité. [5].

Vous rigolez ?

Il arrive que dans les services publics, tel au CHU toulousain, que la direction choisisse pour la prévention des risques psychosociaux des salariés, à encourager ces derniers à pratiquer la rigologie comme l’écrit Julien Brygo dans le Monde diplomatique, pour finalement parvenir à mieux les exploiter.

Autres pratiques observées : des policiers confrontés à une vague de suicides (vingt -huit en 2019) ont reçu une circulaire incitant les encadrants à organiser des barbecues, des sorties sportives ou des pique-niques en famille. Quant aux agents de la SNCF qui comptent depuis le début de l’année un suicide de salarié par semaine, la direction lilloise de la société ferroviaire, a retenu les conseils d’un cabinet d’expert de distribuer des bonbons aux agents en souffrance, de mettre en place des goûters-surprises ou encore des ateliers de maquillage. [6]. Ainsi, la souffrance au travail est devenue un marché, mais reste quand -même la Justice à l’image de ce procès dont on attend le verdict.

Madeleine Abassade, co-animatrice du site Education Populaire & Transformation Sociale


Répondre à cet article