Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesPolitiques publiques
Encyclopédie du Changement de Cap.
Les responsabilités partagées d’une société de la ségrégation.
Guy Roustang.
vendredi 31 janvier 2020
publié par Christian Maurel

Les responsabilités partagées d’une société de la ségrégation.

Le succès du film « Les Misérables » incite à revenir sur la question des banlieues, alors même qu’elles ne sont pas actuellement sur le devant de la scène, comme l’ont été les gilets jaunes et comme le sont les grèves et manifestations contre le projet du gouvernement sur les retraites. Ladj Ly, le réalisateur du film enraciné depuis 30 ans à Montfermeil nous dit que rien n’est inventé dans ce face à face entre policiers de la BAC (Brigade anti-criminalité) et jeunes de Montfermeil, commune de la Seine St Denis. C’est l’illustration d’une société de la ségrégation pour reprendre le titre d’un article d’Eric Vuillard « Les Misérables est un film universel sur une société de la ségrégation ». [1]

L’écrivain Alex Jenni commente ainsi le film dans le journal La Croix du 26 novembre 2019 : « tous les personnages sont doubles : à la fois ce qu’ils pourraient être et ce que la violence de la banlieue a fait d’eux … Dans cette ambivalence de chacun se trouve la solution potentielle : s’ils sont ce que la banlieue a fait d’eux, d’autres conditions les rendront différents ». La projection du film se termine par la citation suivante de Victor Hugo tiré de son roman Les Misérables  : « Mes amis, il n’y a pas de mauvais hommes ou de mauvaises herbes, il y a juste de mauvais cultivateurs”. Mais qui sont ces mauvais cultivateurs ? Ne sommes-nous pas tous peu ou prou de mauvais cultivateurs en tolérant l’inertie de ceux qui nous gouvernent, en ne voyant pas la gravité du mal ? Dans Le Monde du 4 janvier 2020, Eric Vuillard écrit un article intitulé : « Les Misérables est un film universel sur une société de la ségrégation ».

Le n’importe quoi de notre président.

D’après La Croix, notre président a vu le film et il été « bouleversé par sa justesse, et a demandé au gouvernement de se dépêcher de trouver des idées et d’agir pour améliorer les conditions de vie dans les quartiers. » Ce qui amène le commentaire suivant d’Alex Jenni : « Avec tout le respect que l’on doit à sa fonction, on peut s’étonner de la surprise de celui qui l’occupe. Il ne savait vraiment pas ? Il serait bien le seul. Et puis cette réaction de trouver très vite des idées… On traîne le problème depuis trente ans, et il faudrait trouver très vite des idées ? Mais là, heureusement c’est facile. L’année passée, Jean-Louis Borloo avait produit un rapport sur l’état des banlieues, plein d’idées pour l’améliorer. Rapport enterré par le susdit président, car : « Que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent un rapport… Cela ne marche plus comme ça. » Façon contemporaine de dire : qu’ils se débrouillent ».[2]

Les responsabilités de ceux qui nous gouvernent depuis des décennies.

Mais si au niveau de notre président, c’est le n’importe quoi, impossible pour autant d’en faire un bouc émissaire car rien de sérieux et de décisif ne s’est fait au cours des dernières décennies, aucune politique cohérente et articulée venant de la gauche ou de la droite n’a été menée. Ce qui a évidemment à voir avec ce que sont les élites françaises (voir l’article de Gaël Giraud ’’Sur les élites françaises’’ dans l’eccap).

Un rapport déposé à l’Assemblée Nationale le 31 mai 2018 par deux députés (l’un du Parti Républicain, l’autre de la République en marche)[3] « sur l’évaluation de l’action de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes à La Seine St Denis » est impressionnant, consternant et passionnant. Ce rapport très fouillé liste les injustices et les torts causés au département le plus pauvre de France. Toute une série de propositions accompagnent ce rapport qui est à l’honneur de notre démocratie. Les deux députés rappellent que « parce qu’ils sont représentants de la Nation et concourent par l’exercice de leur mandat à la définition de l’intérêt général, les parlementaires sont légitimes pour questionner l’exécutif sur l’efficience de l’action publique ».

Des responsabilités largement partagées.

Ce rapport très fouillé note par exemple : « comme les agents chevronnés ne demandent pas à y aller - ou très peu - les besoins en moyens humains de ce territoire difficile sont essentiellement couverts par des personnels inexpérimentés, ce qui pèse sur l’action de l’État dans le département ». Les recrutements des policiers, des magistrats, des enseignants se font à la « sortie d’école ». Si l’on y ajoute le constat des déserts médicaux, on prend conscience que lutter contre la ségrégation de notre société supposerait un sursaut de bien des professions et peut-être de tout un chacun.

Guy Roustang.

[1] Le Monde 4 janvier 2020.

[2] Julien Lenormandie, ministre chargé de la ville et du logement, malgré toute sa bonne volonté , a du mal à convaincre que le gouvernement a pris au sérieux les recommandations du rapport Borloo. Voire son débat avec Mohamed Mechmache "Quartiers populaires : une politique invisible".

[3] Un complément au rapport a été rédigé par madame Sylvie Charrière, députée LREM de Seine St Denis.


Répondre à cet article