Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteArchives
(en toute intimité)
Made in 1968
par Fernand Estèves
vendredi 11 avril 2008
publié par Fernand Estèves

Aujourd’hui j’ai presque 40 ans, comme Mai 68. En fait, à cette date-là j’étais dans le ventre de ma maman. Bref, j’ai été conçu en 68 et je suis né la même année, à l’automne.

Si je résume… En 81, j’avais 13 ans. La Gauche ne me faisait pas peur. En 88, pour la réélection du roi Mitterrand, j’avais 20 ans. En 97, quand la Gauche s’est auto-proclamée plurielle, j’en avais presque 30. Au final, en 2008, j’assiste au 40ème anniversaire de 68, et je n’ai rien vu venir. En plus, le Sida est toujours là.

Version télé, cela donne… Petit, j’adorais L’île aux enfants et Goldorak (et puis Heidi mais je le cachais bien). Ado, j’attendais fébrilement les Enfants du Rock et Décibels. Pendant les années fac, j’ai tout loupé mais j’ai gagné en rencontres, films et spectacles. Pour les années 90, je ne me rappelle de rien sauf des live de Canal +. En ces années 2000, je m’apitoie devant la Nouvelle Star parce que ma fille de 9 ans et les journalistes parisiens de gauche ont dit que c’était pas si mal. Et je finis par croire qu’ils ont raison. Et puis le Sidaction est toujours là.

Pendant toute ma scolarité, les enseignants accueillaient notre classe en disant « la promo 68 ! » Au ton utilisé, nous pouvions immédiatement savoir à quoi nous attendre. Même sur les bancs de l’université, les profs ne loupaient pas une occasion pour noter que les étudiants qui voulaient en découdre avec Devaquet étaient issus de la génération 68. Presque tous mes profs qui ont fait cette révolution sont aujourd’hui en retraite... Et moi, cela fait 20 ans que je travaille et on ne cesse de me répéter que je n’en aurai pas. De retraite. Mais je suis politiquement outillé et je ne confonds pas tout.

Oh non, je ne suis pas comme une bonne partie de celles et ceux de ma génération qui se réjouit de voir partir le baby-boom. De toute façon, cela ne fait pas vraiment de place aux plus jeunes. Malgré ce que racontent les économistes et les démographes, tout n’est pas mécanique en termes de génération de travailleurs. La preuve : j’ai plein de copines et de copains qui vont très bientôt partir en retraite et que personne ne remplacera jamais.

Car la génération qui a fait 68 est unique ! Tout ce qu’elle a vécu ne s’était jamais produit et ne se reproduira jamais plus.

Etre né entre 1944 et 1950 permet de comprendre dans sa chair ce que représente le basculement d’une société dans l’ère post-industrielle.

Mais pour se faire élire, notre actuel Président de la République disait il y a un an : « Mai 68 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral. Les héritiers de mai 68 avaient imposé l’idée que tout se valait, qu’il n’y avait aucune différence entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid […]. Ils avaient cherché à faire croire que l’élève valait le maître […], proclamé que tout était permis, que l’autorité c’était fini, qu’il n’y avait plus rien de grand, plus rien de sacré, plus rien d’admirable, plus de règle, plus de norme, plus d’interdit. » … « Voyez comment l’héritage de mai 68 a introduit le cynisme dans la société et dans la politique. Voyez comment le culte de l’argent roi, du profit à court terme, de la spéculation, comment les dérives du capitalisme financier ont été portées par les valeurs de mai 68 ».

Comment Sarko et sa flopée d’idéologues post-chirakiens peuvent-ils feindre de ne pas savoir que fut Mai 68 ?

Il est imprudent de ne pas admettre que 68 c’est :
- la conséquence d’une double mutation en profondeur : intrafrançaise (trente glorieuses, gaullisme, démographie...) et internationale (guerre froide, guerre du Viêt-nam...)
- la bonne conscience de l’Occident qui est remise en cause dans un situation où Pétain et la collaboration, le colonialisme... sont refoulés
- la libération de la parole de la société et des individus par rapport à la parole officielle de l’Etat incarné par la figure du général De Gaulle
- la force de millions d’individus prêts à tout détruire pour tout réinventer
- l’arrivée de nouvelles générations qui vont se situer autrement que leurs aînés par rapport à la recomposition du champ politique qui s’opère dans cette période
- une nouvelle génération qui remet en scène à la fois la Libération et la Commune de Paris
- l’expression d’un vivre intensèment au présent
- la manifestation d’un nouveau rapport jeunesse-société

Pour l’instant, j’aime bien me l’écrire pour me le redire... Et dans 20 ans, je verrai bien !

Fernand Estèves 10 avril 2008

Spéciale dédidace à « Mai 68, l’héritage IMPOSSIBLE » de Jean-Pierre Le Goff, philosophe et sociologue.