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Mila, l’épreuve de vérité.
Roger Evano.
mercredi 12 février 2020
publié par Christian Maurel

Les propos de Roger Evano n’engagent pas le site "Éducation populaire et transformation sociale" sur lequel je choisis de les faire paraître, pas plus qu’ils n’engagent la rédaction de Médiapart.

Christian Maurel, co-rédacteur du site.

Mila, l’épreuve de vérité.

Chacun connaît dans ses grandes lignes l’affaire Mila. Cette adolescente de 16 ans est harcelée sur les réseaux sociaux, menacée de viol et de mort, insultée comme lesbienne, pour avoir dénigré l’islam : « Je déteste la religion […] Le Coran il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde".

La formulation de Mila sur les réseaux sociaux est grossière et primaire, en réponse à des agressions verbales « salope », « sale française », « sale gouine », « chiennasse », « inch’Allah tu meurs sale pute que tu es ». ... » qui ne le sont pas moins. L’essentiel n’est pas là et ne doit pas masquer le fait qu’une opinion ne peut être confondue avec une attaque raciste ni entraîner des menaces de mort et de viol, menaces que le passé récent nous enseigne à ne pas prendre à la légère.

Si la liberté d’expression interdit d’injurier des personnes, le droit de critiquer les religions est un droit fondamental dans notre république laïque. C’est ce qui la distingue des régimes théocratiques. On s’attend donc à ce que les responsables politiques en France le rappellent avec la plus grande rigueur. Or les surprises ne manquent pas.

Les réactions.

La garde des sceaux Nicole Belloubet a manifesté son incompétence en disant : « L’insulte à la religion est évidemment une atteinte à la liberté de conscience » . On a du mal à comprendre comment la plus haute représentante de l’État sur le plan juridique peut contredire ouvertement les lois fondamentales de notre pays. Abdallah Zekri, délégué général du Conseil français du culte musulman, dirigeant également de l’Observatoire national contre l’islamophobie a déclaré que Mila « en semant le vent récolte la tempête ». D’après lui, Mila n’a que ce qu’elle mérite, les menaces de mort sont le juste retour de l’opinion exprimée. Ces paroles sont l’écho des paroles entendues après l’attentat contre Charlie Hebdo « Ils l’ont bien cherché ». Ségolène Royal y va de son couplet anti Mila : « « Critiquer une religion, ça n’empêche pas d’avoir du respect. Si elle avait dit la même chose sur son enseignant, sur ses parents, sur sa voisine, sur sa copine, qu’est-ce qu’on aurait dit ? On aurait dit simplement : « un peu de respect ». Après la déclaration de la garde des sceaux contre le droit, celle de l’ancienne candidate à la présidence prétend réduire l’affrontement à une querelle privée de gamine malpolie et en occulte la dimension politique. Elle alimente la confusion totale entre critique d’une religion et attaque contre des personnes.

Dans le même registre, Fabien Roussel, secrétaire national du parti communiste français, a jugé que les « propos injurieux » de Mila n’étaient « pas admissibles ».

Jean Luc Mélenchon a pris position en faveur de Mila : « Dans ce pays on ne menace pas de mort les gens parce qu’ils ont une opinion qui déplaît ». Il ajoute cependant, ce qui est moins heureux, « c’est la tradition de ce pays ». Ce n’est pas une question de tradition mais une question de droit français. Les articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, traduite dans la loi du 21 juillet 1881 sur la liberté de la presse, suppriment la notion de blasphème du droit français .

La gauche, dans l’expression de ses principaux dirigeants, est presque toute aux abonnés absents. Le Printemps républicain par la voix de son président a pris fait et cause pour Mila. Des associations laïques, comme l’Union des Familles Laïques, sont aussi à ses côtés. Mais la LDH est incapable de publier un communiqué de soutien à Mila. Elle tergiverse pour masquer son embarras. Il est vrai qu’en 2001 elle avait poursuivi Michel Houellbecq devant les tribunaux pour avoir dit que « la religion la plus con c’est quand même l’islam », et avait été déboutée. Du côté des féministes le mouvement Femen , la ligue du droit international des femmes, Regards de femmes et les Libres MarianneS soutiennent Mila. Des journaux comme Le Monde, Marianne, Charlie Hebdo, des émissions de télévision diffusent informations et débats sur l’affaire. La journaliste Zineb Rhazoui aux côtés de Pierre Malka, avocat de Charlie Hebdo et de Mila, sont en première ligne pour défendre la liberté d’expression et notre constitution laïque. Edwy Plénel et toute la rédaction de Médiapart sont muets. Il est des silences éloquents. Toujours aux avant-postes quand il s’agit de dénoncer les abandons du monde politique et de défendre la liberté de la presse (sauf Charlie Hebdo). Là, pas un mot depuis la fin janvier pour défendre la liberté d’expression d’une gamine de 16 ans menacée de mort. L’islam est-il devenu à leurs yeux un domaine sacré, interdit à la critique, et les musulmans, un groupe homogène gagné par les fanatiques acharnés à restaurer le délit de blasphème ?

Les enjeux.

Il ne serait pas étonnant que des théocraties où l’on emprisonne ou condamne à mort pour délit de blasphème, utilisent la démission des élites françaises, y compris de gauche, comme caution de leurs mesures totalitaires. La France, pays des droits de l’homme, pays des libertés pris comme référence du recul face à l’islamisme ? Heureusement des voix s’élèvent pour sauvegarder la liberté de penser. Le renoncement à défendre la laïcité crée un boulevard aux organisations de droite et d’extrême droite qui, aux yeux d’un public non averti, pourraient apparaître comme les défenseurs de nos libertés. Une des raisons du développement du Rassemblement National est à chercher dans cette Gauche qui n’est plus capable de défendre ses propres valeurs. La lâcheté ou la compromission de ces responsables politiques et de certains journalistes transmet la leçon des extrémistes aux esprits libres. Car quel est leur message ? Attention ! si vous exprimez une opinion qui choque les apprentis djihadistes, votre existence peut basculer. L’école va devenir problématique, votre vie être à la merci d’un déséquilibré ou d’un fanatique qui prendrait ces appels au meurtre au pied de la lettre. C’est la vie sous protection policière d’un Salman Rushdie, de la rédaction de Charlie Hebdo et de son avocat qui vous attend. Tout organisateur de conférence, metteur en scène de théâtre ou de cinéma, éditeur, traducteur, tout artiste ou écrivain, tout citoyen qui s’exprime, verra son activité sous la menace d’une fatwa islamiste. La vie démocratique du pays subira un peu plus la pression de fanatiques. Face aux menaces contre nos libertés allons-nous nous coucher ou répondre comme nos prédécesseurs en faisant front contre ces oppresseurs en herbe ou en armes ? La question est posée.

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L’auteur, Roger Evano, ex-ébéniste, auteur.


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Messages de forum :
Mila, l’épreuve de vérité.
samedi 15 février 2020
Yves Guerre

Si j’écris « Je déteste les religions […] Le christianisme, il n’y a que de la haine là-dedans, les religions c’est de la merde" - autre nom de l’opium -, est-ce que je mérite d’être brulé vif ? Que penser d’un dogme qui a mis un "crucifié" à l’honneur, qui trône presque à chacun de nos carrefours, comme pour nous indiquer la mauvaise direction ? Dont les agents font, pour certains — presque tous — le contraire de ce qu’ils prônent. Qui depuis des siècles a accumulé des montagnes de cadavres. Les réseaux électroniques n’ont pu mettre Nietzsche à l’index, ni le menacer …

Et le judaïsme, alors. Que se passe-t-il en Palestine ? Suis-je "antisémite" en posant cette question ?

Nous avons tous le droit de penser, de croire ce que nous voulons, ce qui nous convient. L’insulte n’est pas dans les propos. Elle est dans le fanatisme. Penser que l’on a raison contre tous.

Nous devons bec et ongle, défendre la liberté de penser ce que nous voulons et de le dire, de l’écrire, à condition que nous acceptions de "nous asseoir au banquet des conséquences"."Se rebeller est juste, désobéir est un devoir, agir est nécessaire" comme l’affirmait O. Wilde, qui a lui-même pâtit de cette effronterie.

Je souhaite à Mila d’assumer les conséquences de ses affirmations et m’affirme totalement solidaire d’elle, même si je ne pense pas que tous les "croyants" soient à mettre dans le même sac et que je ne participe pas de la bien-pensance islamophobe qui n’est qu’un rideau de fumée masquant nos propres turpitudes.

Mais comme disait l’autre, catholique celui-là, légat du pape, suite au sac de Bézier et au massacre des tous ses habitants, "dieu reconnaîtra les siens".

Yves Guerre




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