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NAJE et NAJA sont dans un bateau...nous aussi !
par J-Michel MONTFORT
samedi 18 octobre 2008
publié par Fernand Estèves
Sur le Web NAJE

La forme théâtre-forum permet à du public de devenir acteur le temps d’une scène. Le fil linéaire du discours de la scène (le paradigme de la scène comme système de représentations) peut ainsi être coupé, modifié, enrichi, contredit, amplifié...par ce petit grain de sable qu’est le spectateur devenant acteur. Belle métaphore de comment nous pouvons ou pourrions ne plus être spectateurs du monde (accablant) mais intervenants (citoyens actifs) sans que cela renvoie nécessairement à un modèle par ailleurs plus ou moins épuisé (militant politique ou syndical, bénévole associatif...).

Cet instant où quelqu’un se lève depuis la salle pour descendre sur scène (et non monter sur scène !), me procure ma principale émotion dans le travail de NAJE. C’est aussi une intéressante métaphore : si l’on descend, enfin !, où étions-nous donc perchés auparavant ?

L’effort affectif ou émotionnel, la réactivité, la pulsion de vie, la nécessité de dire son mot, le désir d’arrêter le film des événements pour en modifier le montage, l’envie que les choses se passent autrement...c’est tout l’engagement corporel, cognitif et émotionnel de ce spectacteur en mouvement. Celui-ci participe sans s’en rendre compte de 5 principes de vie : la vitalité, la sexualité, l’affectivité, la créativité et la transcendance. Du grain à moudre ... de la matière humaine à revisiter avec passion, démocratie et théâtre-forum.

Je m’intéresse évidemment au propos général et aux saynètes jouées en 1ère partie, aux discours qui représentent, avec ironie post-socratique et distanciation post-brechtienne, des ...représentations du réel : comportements connus et répétitifs, limites - paradoxes - contradictions des pratiques sociales, innovantes ou traditionnelles. Toutefois il me semble ici que le plus fort de la démarche est situé non dans une improbable vérité de ce qui est dit et monté-montré, mais dans un lieu inhabituel : l’entre-deux entre scène et salle, cet espace où émergent des tensions invisibles qui vont donner lieu à de la prise d’initiative : la descente sur scène pour modifier le cours des choses.

« Pour générer un espace sain, il faut être conscient de l’architecture de l’invisible. »

Cette prise (du pouvoir de soi) me semble résulter d’une double identification : celle aux situations concrètes de la vie représentées sur scène, et celle (déterminante ici) que les acteurs déroutants du spectacle sont des gens comme vous et moi, des habitants et travailleurs qui sont entrés dans la danse, chorégraphiée par un théâtre de l’Opprimé.

Il serait donc possible de ne pas rester assignés à résidence (nos vies quotidiennes, nos cartes du monde, là où nous sommes logés, dirigés, conditionnés, accédés à la culture...) mais de nous mettre en position méta (phorique) et symbolique d’êtres humains - culturels - lucides, voyants, ironiques, créatifs. Pour autant, sommes-nous condamnés à ne pouvoir vivre des alternatives que dans un espace clos : celui d’une salle de spectacle, retournant à nos affaires après avoir pris un p’tit bain de vivance ? Peut être que oui, dans la période historique actuelle, peut-être pas. Mais ce serait aller vite en désir de changement et d’utilitarisme immédiat, au risque de passer à côté de l’efficacité symbolique du travail de NAJE et de ce que, ici et maintenant, il modifie déjà de nos consciences, de nos regards sur nous-mêmes et sur les autres, de nos renoncements - envies - désirs d’agir pour un autre monde.

Entre la vie de tous les jours (l’ordinaire) et l’espace-temps du théâtre forum (l’extraordinaire), j’y vois, j’y désire, une école mature d’éducation populaire vivante, non bouffée par l’instrumentalisation du système dominant capitaliste et les comportements de pouvoir des élites politiques, militantes et professionnelles.

Entre la vie courante et le vivant du théâtre-forum se construit en humilité une possibilité (et non une promesse !) de vie changeante.

C’est NAJA : Nous n’Abandonnerons Jamais l’Action.

Ce qui me semble justement pointé, dans et par le travail de NAJE, c’est un questionnement des postures d’expertises (élues, professionnelles, militantes...), en tant qu’elles participent consciemment ou inconsciemment de la reproduction du système oppresseur : elles assignent toujours l’autre, la personne, le citoyen, le collègue, l’ami, l’amant(e) à une fonction-carcan d’usager, de consommateur, de bénéficiaire (!) et même, ce qui devient très complexe, à devenir maintenant une TPE (toute petite entreprise) de soi-même. Une fonction appauvrissante, lorsqu’elle ne fait que réduire la personne à l’une seule de ses dimensions, celle-la justement qui convient à l’expert car elle lui sert, lui, à exister dans le théâtre de la comédie humaine, la bien nommée vie courante. Une fonction appauvrissante pour le dominant lui-même car il est mieux et plus qu’un dominant symbolique : un être humain, failles incluses.

NAJE nous montre que nous ne souffrons pas de déficit culturel ou de déficit de sens, mais d’un excès de culture et de significations - les savoirs et les compétences des gens - au sens que la société actuelle est incapable de les mobiliser et de les activer pour le bien commun. Il est dommage - grand dommage, mais pas fatal - que les opprimés et les humiliés aient adopté le langage et les représentations mentales des dominants de tous poils. Mais il est heureux que l’anti-spectacle du théatre-forum nous indique que le travail en collectif du langage et du corps ancré au sol, peut devenir, potentiellement, une arme de vie. NAJE ne se contente pas de le dire, comme je le fais dans ce partage, mais le fait. Faire.

La forme du théâtre-forum, c’est précisemment une inversion des rôles, un rire monumental et une joie indicible : l’expertise de soi-même, ici révélée et étayée par l’expérience sensible, esthétique et politique dans le processus d’identification-singularisation du travail collectif. Cet apprentissage du collectif, dans l’effort et la joie mêlés, c’est très politique : c’est peut-être ça une manière efficace de faire aujourd’hui de la politique, désengluée des schémas et paradigmes inhibiteurs ou castrateurs de l’existence de l’autre.

La forme démocratique d’élaboration du théâtre-forum pourrait bien nous inciter à une démocratie des formes, j’entends un vrai souci de chacun et de tous de vivre chaque jour autant que faire se peut une esthétique et une créativité relationnelles. Y mettre les formes, quoi ! Produire des formes. Dans le couple, avec nos enfants, avec nos collègues, nos amis, nos relations sociales... Avec nous-mêmes aussi, peut-etre avant tout avec nous-mêmes, car m’étant époumoné et épuisé à vouloir changer le monde j’ai déchanté au fil des ans, tout comme les matins rouges. Mais il en résulte qu’impulsé par le virus du changement, j’ai unilatéralement décidé de communiquer mes MST, p’tits Mots Sensiblement Transmissibles.

Un indice de poids ressort du théâtre des opérations de NAJE : l’articulation en dialogique de la transformation sociale et de la transformation personnelle. Lucidité politique et engagement personnel... Un indice sérieux, conforté par une nouvelle manière d’habiter des mots : ne pas lâcher sur les mots, leur donner nouvelles vies et nouveaux partages. Les mots c’est pas qu’ des mots !

Tenez, saviez-vous que l’étymologie du mot « mot » vient du latin mottum qui désignait ainsi le grognement, si possible issu du groin du cochon ?

Ce présent texte s’avère être, par voie d’étymologie, une manière de ...cochonnerie ! Merde alors !

Pardon, amis et camarades ! Merci NAJE !

(à suivre, si vous le voulez bien...)

Jean Michel Montfort, le 15 octobre 2008. RMIste, comme ils disent...

06 74 56 46 72

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