Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesInternational
BOLIVIE
NE PAS PERDRE LA BATAILLE MORALES
par Paul Elek ( Le Fil des Communs ) + Le Communiqué de FRANCE AMERIQUE LATINE
mercredi 13 novembre 2019
publié par Marc Lacreuse

BOLIVIE : NE PAS PERDRE LA BATAILLE MORALES

***********************

"L’Amérique Latine n’a pas fini de souffrir la violence des forces réactionnaires et de ces alliés de Washington. Evo Morales “a démissionné”. Incité par la menace des forces armées et de la police, le président bolivien a renoncé au pouvoir, autant le dire comme nous le pensons : suite à un coup d’Etat. Ce geste lui avait été recommandé par la Centrale ouvrière bolivienne pour pacifier le pays dans lequel les déchaînements de violence naissaient. Le vice-président Alvaro Garcia, la présidente et le vice-président du Sénat et le président de la Chambre des députés l’ont tous suivi dans son avenir démissionnaire, eux que la Constitution chargeait tour à tour du pouvoir en cas de vacances des postes consacrés par le protocole. Pour des personnes à qui l’on reproche de s’accrocher à leur position, c’est un geste curieux, à moins que la menace soit réelle et confirme le caractère putschiste de l’événement.

C’est que le scénario se répète ad vitam aeternam dans ce sous-continent. Les milieux d’affaires néolibéraux, concentrant souvent les puissances économiques et agraires et les amitiés douteuses avec les grandes multinationales ou Washington n’ont jamais accepté l’arrivée de pouvoirs populaires qui se sont battu contre la pauvreté, le pillage des ressources naturelles, le droit des populations autochtones, la préservation de l’environnement. Venezuela en 2002, Equateur en 2010, les tentatives de coup d’Etat échouées font moins couler d’encre que le regrettable caudillisme des dirigeants latino-américains. Et lorsqu’elles réussissent, vous trouverez toujours la diplomatie occidentale pour adouber les nouveaux alliés autoproclamés légitimes même si aujourd’hui, confronté à la hauteur de vue d’Evo Morales, elle se complait plutôt dans le mutisme.

La violence des opposants aux régimes progressistes et leur faits d’armes font également rarement la une des canards français. Pourtant, les scènes d’humiliation très fortes subies par la maire de Vinto, soutien de Morales, aspergée de peinture rouge, tondue, et forcée à marcher pieds nus plusieurs kilomètres devraient faire réagir. Pourtant, l’irruption du militant raciste et fasciste Luis Fernando Camacho au parlement brûlant le drapeau indigène, le « wiphala » et promettant de ramener « Dieu au palais » en dit long sur l’état d’esprit de cette opposition. La démission du président Morales n’a d’ailleurs pas éteint la violence et les partisans de ce fou furieux brûlent les tribunaux électoraux régionaux. Avant de rejoindre les affaires puis désormais la politique, il s’était encanaillé à l’ Union des jeunes Crucenistes, groupe paramilitaire blanc anti-indigène. Difficile alors de croire à un mouvement civique lésé lorsque cette opposition s’appuie notamment sur les forces armées et policières pour faire du chantage au président, désormais en exil au Mexique. Quant au rapport de l’OEA brandi par l’opposition et qui dénonce des irrégularités, sa conclusion est formelle, la victoire d’Evo Morales est réelle.

Que retenir ? D’abord que la malédiction de la gauche latino-américaine est sans doute cette peur de perdre le pouvoir, gagné grâce au soutien des peuples face à d’innombrables Goliaths. Que les processus constituants qui avaient fait naître de nouveaux cadres progressistes et démocratiques d’un genre nouveau ne peuvent connaître d’exception, même avec de bonnes intentions, sous peine de servir d’excuse utile à la droite réactionnaire, aux nostalgiques des dictatures, aux prédateurs vautours et à l’impérialisme américain. Que lâche comme souvent dans l’histoire, la diplomatie européenne sera au choix muette ou supplétive des Etats-Unis, et toujours contre les peuples. En effet, hier, pendant les questions au gouvernement, la France a fait savoir que sa position consistait à penser que « tenir des élections, c’est bien » et qu’elle entend rester sourde face à toutes les inquiétudes légitimes que soulèvent nos amitiés internationalistes. "

Paul Elek

( Le Fil des Communs )

****************************************************************

Communiqué de FRANCE AMERIQUE LATINE :

Derrière la démission d’Evo Morales en Bolivie : un coup d’État

France Amérique Latine condamne avec la plus grande fermeté le coup d’État survenu en Bolivie, car c’est bien cela dont il s’agit, derrière la démission du président Evo Morales et de son vice président Alvaro Garcia Linera. Soutenues par les États-Unis de Trump (mais aussi par Bolsonaro et Piñera), la droite, l’extrême droite et certains secteurs de l’armée, utilisant la menace d’un bain de sang et les mobilisations en cours, ont en effet obtenu la démission du gouvernement bolivien.

Cette démission contrainte est l’aboutissement de plusieurs jours de pression dans le pays : après le résultat contesté de l’élection présidentielle du 20 octobre qui avait donné la victoire à Evo Morales, la droite s’est regroupée derrière son candidat Carlos Mesa, puis progressivement sous la bannière de Fernando Camacho, leader fascisant du Comité Civique Pro Santa Cruz, pour mener des manifestations de plus en plus violentes et racistes. Multipliant les attaques contre tous les symboles du régime, brûlant des locaux, lynchant des personnalités du Movimiento Al Socialismo, le parti de gouvernement, la droite a cherché et obtenu l’appui de membres de la police et du commandement des forces armées pour pousser Morales à la démission.

Derrière les violences de ces derniers jours, on retrouve la marque du courant patronal qui avait organisé, sans succès, les émeutes de 2008, tentant d’obtenir la sécession de la région de Santa Cruz. N’ayant jamais accepté la politique redistributive d’Evo Morales, ce mouvement est prêt à entraîner le pays dans une guerre civile en défense de ses intérêts économiques.

Plusieurs fois au cours de l’histoire, les militaires ont imposé des régimes de dictature contre le peuple bolivien. D’heure en heure, les masques tombent : alors qu’Evo Morales propose de réorganiser des élections sous le contrôle de personnalités indépendantes, la droite et l’armée refusent cette sortie de crise, mettant en péril la paix dans le pays et révélant clairement que le but de l’opposition, loin d’un prétendu souci de démocratie, est bien de prendre le pouvoir par la force et d’y réinstaller la droite alliée à l’extrême-droite, en mettant en place un gouvernement provisoire non élu.

L’association France Amérique latine

- condamne ce coup de force contre le gouvernement d’Evo Morales.

- soutient sa demande de procéder à de nouvelles élections afin de sortir de la crise politique.

- s’alarme de l’irruption du climat de guerre civile orchestré par l’opposition.

- s’inquiète des actes de persécution et de violence envers les membres de l’exécutif bolivien, des dirigeants syndicaux, et de leurs familles.

- demande aux organismes internationaux, aux États d’Amérique latine, mais aussi à la France et à l’Union Européenne de ne pas reconnaître le gouvernement de facto promu par l’opposition.

Bureau National de FAL, Paris, 11 novembre 2019

********************


Répondre à cet article