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TEXTE COLLECTIF
NON MONSIEUR MACRON, NOUS NE SOMMES PLUS EN DEMOCRATIE
( publication de l’Humanit du 31 janvier 2020 )
vendredi 31 janvier 2020
publié par Marc Lacreuse

TEXTE COLLECTIF

NON, MONSIEUR MACRON , NOUS NE SOMMES PLUS EN DEMOCRATIE

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Signataires :

Jacques Bidet, philosophe, Christine Delphy, sociologue, Elsa Dorlin, politiste, Jean-Baptiste Eyraud, Droit au Logement, Eric Fassin, sociologue, Bruno Gaccio, artiste, Frdric Lordon, philosophe, Jean-Luc Nancy, philosophe, Xavier Mathieu, syndicaliste, Grard Mordillat, crivain et ralisateur, Willy Pelletier, sociologue, Monique et Michel Pinon-Charlot, sociologues, Jrme Rodrigues, gilet jaune, Malika Zediri, association de Chmeurs APEIS.

" On connat la formule : « la dictature, c’est ferme ta gueule » ; « la dmocratie, c’est cause toujours ». Normalement, ce devrait tre pour rire. Le problme, depuis longtemps dj, c’est que beaucoup de supposs « dmocrates » se contentent trs bien de la formule : causez toujours.

Et c’est vrai : trente ans que « a cause » – dans le vide : aux gouvernements successifs, tous diffrents parat-il, mais qui font tous la mme chose. Et tous d’aller de stupfaction en stupfaction : TCE 2005, FN 2002 et 2017, Gilets Jaunes. Pour tous ces prtendus mdiateurs, les alarmes n’auront pourtant pas manqu depuis vingt ans. Qu’ils s’examinent et s’interrogent : « quel compte rel en aurons-nous tenu ? » Et la rponse la question clairera aussitt le prsent politique et ses formes.

Du ct des pouvoirs, ce ne sont l’vidence plus celles de la dmocratie. Car il n’y a plus de dmocratie l o plus rien de ce qui monte de la population n’est cout. Il n’y a plus de dmocratie quand un projet de loi dont tout atteste qu’il est refus par une crasante majorit est maintenu envers et contre tout. Il n’y en a plus quand le gros de la population est vou l’enfoncement dans la prcarit. Quand, les uns aprs les autres, tous les corps de mtier se rvoltent contre la destruction de leurs conditions d’exercice, et, pour toute rponse, n’obtiennent que les regards vides de leurs directeurs et la continuation de la destruction sans le moindre temps mort.

C’est pourquoi Emmanuel Macron s’enfonce un peu plus chaque fois qu’il rpte que « la dmocratie, c’est la parole, pas la violence », quand toute sa pratique du pouvoir atteste que la parole ne sert rien – et qu’au lieu de son coute il fait donner la police. Le pays entier gronde, et le pouvoir est sourd – on devrait dire plus exactement : et le pouvoir s’en fout. Ce serait mme une dfinition possible, sinon de la dictature, du moins de la sortie de la dmocratie : quand le pouvoir s’en fout.

C’est ce que les Gilets jaunes ont compris : quand toutes les voies de recours offertes la parole de la population ont t tentes, depuis si longtemps et en vain, alors il ne reste plus d’autre solution que de faire autre chose. Il n’y a pas de violence politique de rue sans une faillite antcdente, abyssale, de la mdiation institutionnelle. De la « dmocratie », il ne reste alors plus que la forme vide de l’lection, ultime argument des gouvernants scessionnistes qui ne veulent plus rien avoir connatre des gouverns. « Il a t lu rgulirement », « il est lgitime ». Formules creuses d’un pouvoir spar, qui pensait que « ne pas couter » suffirait, que l’inertie ferait le reste, mais dcouvre que non, et n’a plus comme rflexe que de constituer ses opposants en « ennemis de l’Etat », pour leur appliquer une violence policire sans prcdent depuis 70 ans, et les dispositions de l’anti-terrorisme. Au reste, tout le monde le sait : du moment o la police mettrait casque terre, ce pouvoir n’aurait pas une semaine d’esprance de vie, et c’est bien ce genre d’exprience de pense qu’on connat la nature relle d’un rgime politique.

C’est que le « cause toujours » a, ces derniers temps, beaucoup reu le renfort du « ferme ta gueule ». Oui, les gueules ont t fermes coups de LBD, de grenades et de matraques. Mais aussi d’interpellations prventives, de directives aux parquets, de surveillance lectronique, de versement de l’tat d’urgence dans la loi ordinaire, et pour bientt : de reconnaissance faciale et de lois de censure numrique. Tout a mis ensemble commence faire un tableau.

« Essayez donc la dictature », nous enjoint par dfi Emmanuel Macron. Comment dire… c’est bien, pour notre malheur, ce qu’on nous fait « essayer » en ce moment. Si une part si importante de la population est dans un tel tat de rage, c’est d’abord par les agressions rptes qui lui sont faites, mais aussi parce que, prcisment, aprs tant d’annes avoir t rduite l’inexistence politique, elle aimerait bien « essayer la dmocratie ». "

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