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Emmanuel Macron et et six autres dirigeants de pays étrangers annoncent promouvoir la liberté d’expression.
"Nous, chefs d’Etat et de gouvernement, nous nous nous engageons à promouvoir la liberté d’opinion et d’expression".
Tribune parue dans Le Monde du 14-11-2018.
mercredi 14 novembre 2018
publié par Christian Maurel

Cet engagement à promouvoir la liberté d’opinion et d’expression est louable. Il suppose que ce n’est pas toujours le cas, y compris dans les pays où la liberté d’opinion et d’expression a déjà une longue histoire, en France par exemple, considérée très souvent comme la patrie des droits de l’Homme.

On peut cependant regretter que cette liberté à promouvoir la liberté d’opinion et d’expression ne se limite pour l’essentiel comme c’est ici le cas dans la bouche des dirigeants signataires, à la liberté de la presse, des médias, des journalistes, de l’information et de la communication en direction des populations. Mais qu’en est-il de la liberté d’opinion et d’expression des populations elles-mêmes et des associations, mouvements et institutions qui se donnent pour mission de développer cette liberté fondamentale qui devait être celle de toutes les femmes, de tous les hommes et de tous les citoyens quels que soient leur âges et leurs conditions d’existence ?

Il n’y a pas de réelle liberté d’opinion et d’expression sans espaces ni méthodes d’apprentissage et de pratique libres de tout contrôle. Cela s’appelle l’éducation populaire, mutuelle, critique, permanente et politique se donnant pour mission de permettre à tout un chacun de se faire une opinion sur tout et notamment sur les questions d’ordre politique, de les exprimer publiquement, d’argumenter, de faire des propositions et de délibérer pour pouvoir décider démocratiquement, y compris sur des questions dont les représentants du peuple, au motif qu’ils auraient été ’’démocratiquement" élus, considèreraient qu’elles sont devenues leur chasse gardée et que, tout au plus, une enquête d’opinion suffirait à leur apporter un éclairage complémentaire et si possible une caution pour des décisions déjà prises.

Or cette liberté individuelle et des structures qui l’encouragent et donnent aux individus les capacités de la traduire en actes, n’est pas acquise et relève toujours d’un combat. Combien d’associations d’éducation populaire émancipatrices de la parole citoyennes ont vu leurs financements drastiquement réduits, ont été exclues de leurs locaux et condamnées à disparaitre au motif qu’elles auraient permis à des habitants de ’’faire de la politique’’ ? On a connu des MJC supprimées pour avoir développé le projet d’éducation populaire qui justifiait leurs actions : ’’le développement des aptitudes individuelles, la formation de personnalités et la préparation à être des citoyens actifs et responsables d’une démocratie vivante’’ (article 2 des statuts). On a également connu des MJC fermées brutalement au public (remplacement de serrures) et même détruites pendant la nuit par des bulldozers sur décision municipale pour avoir permis un des droits les plus fondamentaux de l’Homme et sans lequel il ne saurait être un véritable citoyen : sa liberté d’opinion et d’expression. .

Je parle par expérience. J’ai dirigé deux MJC menacées de disparition, l’une pour avoir voulu ’’politiser’’ les adhérents et usagers, ’’y compris les cheveux blancs’’, et l’autre pour avoir organisé un débat public sur l’homosexualité.

Monsieur le président de la République, que pensez-vous faire face aux remises en question de toutes les libertés publiques d’opinion et d’expression et pour promouvoir une éducation populaire qui cherche à les rendre possible pour tous ?

Christian Maurel, corédacteur du site.

"Nous chefs d’État et de gouvernement, nous nous engageons à promouvoir la liberté d’opinion et d’expression"

"La liberté d’opinion et d’expression, qui est constitutive de la démocratie, fait face aujourd’hui à de grands périls. Ce droit fondamental repose sur la possibilité d’accéder à des informations libres, plurielles et fiables. Or, les médias, qui vérifient les faits et s’obligent à confronter les points de vue, se trouvent fragilisés par la transformation numérique. La désinformation massive en ligne se propage, cherchant à orienter les débats, voire à intervenir dans les élections pour en fausser le résultat. Un peu partout, des intérêts particuliers continuent à asservir l’information et, dans de nombreux pays, le contrôle politique de la presse et les menaces contre les journalistes connaissent une terrible recrudescence.

Il est urgent, dans ce contexte, que nos démocraties se mobilisent. Elles ne doivent pas céder à la résignation. Il est urgent de protéger notre accès à une information indépendante, pluraliste, basée sur des faits, condition indispensable pour que les individus se forgent librement une opinion et participent valablement au débat démocratique. C’est la raison pour laquelle nous saluons le travail de la Commission internationale indépendante sur l’information et la démocratie qui a présenté, le 11 novembre 2018 au Forum de Paris sur la paix, le résultat de ses travaux.

Un droit essentiel des populations.

Cette commission, créée à l’initiative de Reporters sans frontières, nous appelle à considérer l’espace mondial de la communication et de l’information comme un bien commun de l’humanité, dans lequel doivent être promus la liberté, le pluralisme et l’intégrité des informations. Elle propose que les acteurs en position de structurer cet espace global, en particulier les plates-formes numériques, aient des responsabilités en matière de neutralité politique et idéologique, de pluralisme, de transparence. Elle appelle également, ce qui est très novateur, à la reconnaissance que les individus ont un droit, non seulement à une information indépendante et plurielle, mais aussi à une information fiable.

Ces propositions sont stimulantes, innovantes. Sur cette base, nous avons décidé d’engager un processus politique. L’objectif est que nos États, dans les mois qui viennent, se dotent de leur propre feuille de route pour promouvoir l’exercice de la liberté d’opinion et d’expression dans le contexte technologique et politique du XXIe siècle. Nous espérons qu’un maximum d’États nous rejoindront. Soixante-dix ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous réitérerons ainsi notre engagement en faveur des droits les plus essentiels de nos populations."

Justin Trudeau (premier ministre du Canada), Carlos Alvarado (président du Costa Rica), Emmanuel Macron (président de la République française), Saad Hariri (premier ministre du Liban), Erna Solberg (première ministre de la Norvège), Macky Sall (président du Sénégal), Béji Caïd Essebsi (président de la Tunisie).


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