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Au Musée de l’Histoire de l’Immigration, Porte Dorée à Paris
"ON COMPREND RIEN !"
Festival Vision d’exil.
jeudi 7 novembre 2019
publié par Madeleine Abassade

Le Festival Vision d’exil a eu lieu, les 6 et 7 novembre 2019 au Musée de l’Histoire de l’Immigration, Porte Dorée à Paris. A cette occasion se jouait « On comprend rien ! », pièce d’une grande intelligence, en plein cœur de notre actualité, écrit par Gael Chaillat et Ariel Cypel, avec neuf artistes de l’Atelier des Artistes en Exil.

Les lumières de la salle du Musée de l’Histoire de l’Immigration se sont éteintes. Les projecteurs éclairent la petite scène, érigée comme un autel noir du sacrifice. Des offrandes sont apportées, par des artistes en exil :

Mamadou Ibrahim Diallo (Guinée Conakry), Ousmane Doumbouya (Guinée Conakry), Mahmoud El Haddad (Egypte), Fabrice Kalonji Mbiyaki (République démocratique du Congo), Svetlana Menshaeva (Russie), Cleve Nitoumbi (Ukraine), Grace Nitoumbi (Ukraine), Seke Pamoké (République démocratique du Congo), Perside Selaka ( Côte d’Ivoire).

Chacune et chacun se dirigent vers un espace en promontoire blanc, où trônent la France et la République. C’est dans ce face à face inégal, que va se jouer la détresse de notre humanité en exil.

« La France, tu l’aimes mais tu la quittes »

Un homme en tongs, muni de sacs plastiques, entre sur scène, poursuivi par une agent de la RATP qui lui ordonne de montrer son ticket.

Le chef arrive, le ton monte, le passager n’a pas de titre de transport. Il est en infraction ! Car la France, lui explique le chef arborant une magnifique cravate tricolore, te donne des droits, mais aussi des devoirs ! Mais le passager n’a pas d’argent, il se rend à l’Ofpra (office français de protection des réfugiés et apatrides) pour sa demande d’asile, il vient d’arriver en France, il est sans le sou (le spectateur averti sait que les demandeurs d’asile ne bénéficient pas de la gratuité des transports, alors même qu’ils n’ont pas le droit de travailler). Les agents de la RATP, qui n’ont pas l’air de connaître les rouages de la demande d’asile, confondent l’Ofpra et l’Opéra ; s’ensuit un quiproquo tragique et hilarant, où le comédien Mahmoud El Haddad, véritable exilé qui a fui l’Egypte, finit par perdre son calme face à l’absurde de la situation.

Alors qu’il arrive enfin à l’Ofpra, il est rejoint par huit autres personnes, qui doivent elles aussi expliquer à l’administration française que leur vie est si dure, qu’elles ont mérité de ne pas être renvoyées dans leur pays d’origine. Il s’agit de convaincre la République, représentée par les géniaux auteurs de la pièce : Ariel Cypel juché sur un trône, et Gaël Chaillat, pratiquement nu, arborant un bonnet phrygien, qui chasse les candidats à l’asile d’un coup de balai quand il en a eu assez.

Chacun s’emploie à raconter son récit d’exil,

à grand renfort de gestes puisqu’il n’y a pas d’interprète, de chants, danses, sauts et hurlements, avec une énergie magnifique du désespoir. Souvent on éclate de rire, on pleure parfois.

Contrairement à ce qu’on aurait pu penser : on comprend tout. On en ressort bouleversé.

Exagéré ? Pas tant que ça.

Vous êtes-vous déjà assis dans une salle d’audience à la Cour nationale du droit d’asile ? Allez-y, après avoir vu la pièce, c’est public.

Vous aurez une désagréable impression de déjà vu en voyant ce qui s’y passe, en écoutant les récits. L’horreur de la réalité des exilés. Les blessures, physiques ou psychiques, que les persécutions ont laissées dans le corps des gens. L’accueil en France, qui n’existe plus. Le parcours du combattant pour déposer son dossier. Et enfin, la logique implacable d’un système qui rejette l’immense majorité des dossiers.

On souhaite une très longue vie à la pièce de l’Atelier des artistes en exil.

Elliott Bergère pour Education Populaire & Transformation Sociale !

- Plus d’info sur l’atelier des artistes en exil sur www.aa-e.org


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