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« Opérations banlieues »
La rénovation urbaine prépare-t’elle des opérations militaires en banlieues ?
jeudi 21 octobre 2010
publié par Fernand Estèves

Le livre d’Hacène Belmessous retirerait le dernier os que les politiques de tous bords s’autorisent encore à ronger : la rénovation urbaine comme ultime possibilité de transformation sociale.

Présentation de l’éditeur

Entre 1977 et 2003, la politique de la ville visait à » réinjecter du droit commun » dans les quartiers d’habitat social. Mais depuis, derrière les grands discours, une autre politique se déploie discrètement : la préparation d’une guerre totale aux cités, transformées en véritables ghettos ethniques, chaudrons sociaux dont le » traitement » ne relèverait plus que de la force armée. Voilà ce que démontre cette enquête implacable d’Hacène Belmessous, nourrie de documents confidentiels et de témoignages d’acteurs de la » sécurité urbaine » – politiques, urbanistes, policiers, gendarmes et militaires. Il explique ainsi qu’un objectif caché des opérations de rénovation (démolition de » barres » d’immeubles, » réhabilitation » des cités) est de faciliter les interventions policières, voire militaires, à venir dans ces territoires. Et il montre comment, à la suite des émeutes de 2005, deux nouveaux intervenants ont été enrôlés par le pouvoir sarkozyste : les gendarmes mobiles et les militaires de l’armée de terre. Car avec l’adoption, en 2008, du Livre blanc sur la défense et la sécurité intérieure, l’idée d’un engagement des forces terrestres en banlieue n’est plus un tabou. A Saint-Astier, en Dordogne, les escadrons de gendarmerie pratiquent des exercices de simulation à la guérilla urbaine dans un décor réaliste. Et au camp de Sissonne, dans l’Aisne, des militaires manoeuvrent eux aussi sur des scénarios de combats urbains. Mais, s’ils se disent loyaux envers le chef de l’Etat, nombre d’officiers interrogés récusent ce scénario de l’inacceptable : une probable intervention des armées dans les banlieues françaises. Quant aux gendarmes, ils contestent ouvertement leur rapprochement avec la police, tandis que nombre de policiers, aujourd’hui en première ligne, récusent la militarisation croissante de leur action. Autant de révélations inquiétantes, pointant les graves dérives d’une politique d’Etat ayant fait sienne un nouvel adage : "Si tu veux la guerre, prépare la guerre !"