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PIRATE !
ou comment se faire prendre à Parti...
mercredi 24 février 2010
publié par Fernand Estèves

A la veille de nouvelles élections, il existe un Parti qui pose de nombreuses questions à tous les citoyens, et à tous les militants. Comme beaucoup de bonnes idées, il paraît que l’histoire du Parti Pirate commence comme une blague sans conséquences.

Le 31 décembre 2005 au soir, un programmeur suédois du nom de Rick Falkvinge aurait lancé à ses amis : « Quand je pense que, nous autres citoyens qui ne demandons qu’à partager le savoir et la culture, les puissants et politiciens de tous poils ne cessent de nous traiter de Pirates ! Eh bien, soit : créons notre propre parti, ce sera le Parti Pirate ! ». Aussitôt dit, aussitôt fait : une simple page web, fortement parodique, fera l’affaire. Une fois la blague menée à bien, le lien envoyé à quelques amis, et la soirée terminée, il oublie peu ou prou son coup d’éclat. Quelques jours passent. Puis, revenant sur les lieux du crime, il découvre que sa modeste page a déjà reçu des centaines de milliers de visites ! L’enthousiasme va au-delà de l’anecdote, la blague n’en est plus une : le Parti Pirate est né.

Cependant le phénomène ne s’arrête pas à la Suède. Partout ailleurs en Europe puis dans le monde, des citoyens se rassemblent, des jeunes, des moins jeunes, des internautes, des artistes, des universitaires, des retraités, des mères de famille.

En France, la population est sous le choc de la loi “DADVSI”. Le 21 juin 2006 y naît un nouveau Parti Pirate, avec des débuts volontiers outranciers et provocateurs. Les autres pays suivront, début 2010. Ce sont pas moins d’une quarantaine de pays qui comportent leur propre Parti Pirate, tous rassemblés au sein du Parti Pirate International. Le mouvement a gagné en ampleur, mais aussi en maturité : avec un score de plus de 7% aux élections européennes 2009, le parti suédois ouvre la voie en obtenant deux sièges au Parlement Européen. En France, le Parti Pirate dépasse dès sa première participation à un scrutin (législative partielle dans les Yvelines en 2009), la barre des 2%.

Formation « spontanée » née de la volonté des citoyens de se réapproprier une vie politique dans laquelle ils ne se reconnaitraient plus, le Parti Pirate dit réaffirmer les Droits de l’Homme et du Citoyen, les libertés démocratiques et les valeurs fondamentales de la République : Liberté, Égalité, Fraternité — des principes qui seraient régulièrement mis à mal, à mesure qu’évoluent la société et les technologies, dans un contexte toujours plus complexe et mondialisé.

Parmi les combats que mène le Parti Pirate, figure la reconnaissance du Droit à la culture et au savoir. Pour la première fois peut-être, la technologie semble mettre potentiellement la connaissance à la portée de tous ; c’est là une chance à saisir, que ne doivent pas entraver des intérêts privés ou des visions à court terme. De nouveaux modèles de diffusion, et de rémunération de l’art, des techniques ou de la science sont à développer, pour que ne soient plus criminalisés les citoyens qui copient ou partagent de tels contenus dans une démarche dépourvue de tout but lucratif. Ce patrimoine constitue un bien public, et à ce titre le droit d’auteur doit être redéfini pour mériter pleinement son nom, et ne plus servir avant tout les intérêts d’intermédiaires ou de groupes industriels. Si les préoccupations du Parti Pirate sont nombreuses et ambitieuses, elles se veulent aussi clairement délimitées. Au contraire de formations plus traditionnelles, le Parti Pirate ne se prétend pas compétent sur tous les sujets de la vie publique. Il n’a notamment pas vocation à prendre une position figée sur le référentiel traditionnel droite/gauche ; pour autant, le Parti Pirate n’en entend pas moins présenter à tous les citoyens les clés d’un nouveau projet de société, cohérent et raisonné.

Alors… le Parti Pirate veut partager l’avenir. Partager l’avenir ?

Observons ce que signifie cette nouvelle présence dans le paysage politique. Car il est quasi certain que les listes du Parti Pirate ne pourront pas être présentes au second tour des régionales. Néanmoins, nous devrons bien constater les éventuelles fusions avec une autre liste.

Enfin, les associations d’éducation populaire auront-elles quelque sympathie pour le Pirate ?

Fernand ESTEVES 24/02/2010

PS : Les éléments rapportés ci-dessus, extraits au conditionnel du Programme du Parti Pirate, doivent être uniquement entendus comme une proposition de réflexion.