Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesDémocratie
A SAINT-NAZAIRE, LA MAISON DU PEUPLE POUSSE LES MURS
POUR ACCUEILLIR LA DEUXIEME ASSEMBLEE DES GILETS JAUNES
DU 5 AU 7 AVRIL 2019
mercredi 3 avril 2019
publié par Marc Lacreuse

A SAINT-NAZAIRE

LA MAISON DU PEUPLE POUSSE LES MURS

POUR ACUEILLIR LA DEUXIEME ASSEMBLEE

DES GILETS JAUNES

du 5 au 7 avril 2019

( PAR PIERRE-YVES BULTEAU )

*****************************

Fin janvier, Commercy accueillait 75 délégations de la France entière pour une « assemblée des assemblées ». Du 5 au 7 avril, elles seront 300 à converger vers Saint-Nazaire. Trois journées placées sous le signe de la « fraternité exemplaire », dont la préparation a donné quelques sueurs froides à leurs organisateurs.

- En certaines occasions, lutter, c’est aussi savoir manier raclettes, brosses et balais. En ce jeudi 28 mars ensoleillé, KTY, Angélique, Jo et Stéphanie ne se sont pas fait prier. Après le pain au chocolat-café-clope du matin, ils ont enfilé gants et tabliers pour assainir les sols de la Maison du peuple, recouverts d’une épaisse couche de placo fraîchement brisé.

« Ça met la pression d’accueillir autant de monde, souffle Angélique. Mais je veux que les personnes qui arriveront ici vendredi soient aussi bien accueillies que je l’ai été lorsque j’ai poussé la porte de cette maison, le 3 décembre dernier. »

Dans le tourbillon de ce grand ménage printanier, KTY le reconnaît, bien volontiers : « Cette deuxième assemblée, c’est l’inconnu. On passe tout de même de 75 à 300 délégations. Mais c’est aussi l’excitation de rencontrer des gens qui ont les mêmes aspirations que nous. Comme à Commercy, j’imagine ce qui va se passer ce week-end comme un moment fantastique de démocratie directe ! »

Un moment de « fraternité exemplaire » également fait de stress et de pression depuis que les habitants de la Maison du peuple ont accepté d’accueillir la deuxième assemblée des « gilets jaunes », chez eux, à Saint-Nazaire.

Car « recevoir la petite bande », comme le dit KTY, lunettes foncées plantées sur le nez, exige une sacrée gymnastique logistique. « Concrètement, explique Jo, trentenaire parisien venu s’installer en bord de mer, chacune des délégations peut se composer de deux porte-parole et de deux observateurs. Cela, pour des raisons de parité. » Un gros millier de personnes qui devrait davantage tourner autour des 700 à 800 gilets jaunes attendus, dès ce vendredi, aux bords des chantiers navals.

Pour accueillir tout ce petit monde, les habitants de la Maison du peuple sont partis en quête de salles municipales ou de terrains privés, ont imaginé louer des chapiteaux, ont dû créer un réseau d’hébergeurs, ont fait appel à des campings et des cantines militantes de la région…

« Le budget est vite grimpé autour des 15 000 euros », détaille Ludovic, militant nazairien de la première heure. Une somme que les gilets jaunes n’avaient pas en caisse et n’ont jamais réussi à récolter. Cela, malgré le lancement d’une cagnotte solidaire et la multiplication des démarches effectuées notamment auprès de la municipalité.

« Depuis le début du mouvement, le maire ne cesse de nous dire : “Structurez-vous. Mettez-vous en association” », relate Ludovic. Ce que nous avons fait en lançant la création d’une association de soutien à l’organisation de “l’AG des AG”. Alors que nous étions dans cette démarche officielle de dépôt des statuts en ligne et après avoir fait quatre demandes de rencontre, le cabinet du maire a enfin accepté de nous recevoir pour nous dire qu’indépendamment du fait que nous étions en train de créer une association, la mairie refusait de nous aider. » Notifiée par écrit, voici la réponse en question : « Cet événement étant susceptible de constituer des troubles à l’ordre public, la mairie ne souhaite pas y être associée. Par conséquent, elle ne peut répondre favorablement à votre demande. » Un refus qui trouverait son origine dans les débordements liés à la manifestation régionale du 5 janvier dernier qui a vu le centre-ville de Saint-Nazaire dégradé suite à de violents affrontements entre gilets jaunes et forces de l’ordre.

« Depuis ce jour, le maire nous en veut, réagit Ludovic. Il nous tient, nous gilets jaunes de Saint-Nazaire, responsables de ces débordements et nous le fait payer. » « Alors même, se défend Jo, qu’au niveau sécurité, nous avons tout prévu : des ganivelles, la présence d’une équipe de la Croix-Rouge sur place, etc. »

« On est tous ressortis de cette séquence avec le même sentiment d’étouffement et d’écrasement contre lequel on se bat depuis maintenant cinq mois, souffle Stéphanie. Avec cette même rage aussi, contre cette volonté républicaine qui veut, coûte que coûte, casser un mouvement pourtant démocratique. »

Pour Ludovic, ce refus a pourtant le mérite de la clarté. « Il nous sort de cette relation d’entre-deux avec la mairie. Ce refus nous conforte dans notre idée première d’autonomie. Les gilets jaunes de Saint-Nazaire se sont structurés à la Maison du peuple. C’est donc bien à la Maison du peuple d’accueillir cette deuxième assemblée. En plus, ça va éviter de nous ruiner. »

Ainsi, après en avoir longuement discuté lors d’une de ces AG quotidiennes qui rythment la vie des habitants et, en accord avec le promoteur immobilier, nouveau propriétaire des lieux, décision a été prise de faire sauter toutes les cloisons du bâtiment pour recevoir au mieux les débats de ces trois prochaines journées d’assemblée.

« C’est à notre initiative que nous avons négocié avec le promoteur, tiennent à préciser les gilets jaunes, dans un communiqué. Nous voulions un délai pour accueillir l’assemblée des assemblées et préparer la création d’une nouvelle Maison du peuple avant de quitter les lieux, calmement et sans ressentiments. Pour cela, un protocole d’accord a été signé et déposé au tribunal. Il nous permet de rester dans les locaux actuels et ce, jusqu’au 22 avril. Nous en profitons pour remercier le chef de projet et le maître d’œuvre d’avoir su négocier intelligemment et répondu à notre proposition, de manière très respectueuse. »

Un double répit pour les gilets jaunes nazairiens qui envisagent donc de créer une nouvelle Maison du peuple, une fois l’assemblée de ce week-end passée. « Tenir au quotidien un tel lieu, construire du collectif, se défendre contre les attaques politiques et médiatiques, cela nous demande beaucoup d’énergie, abonde Jo. Mais nous sommes face à quelque chose qui nous dépasse. Nous devons tenir ces exigences pour continuer à durer. »

À quelques jours du coup d’envoi de cette deuxième « AG des AG », le sentiment est de nouveau à l’unité, « dans cette volonté unanime de vouloir avancer ensemble ».

« L’un des objectifs de ce deuxième rendez-vous est que chaque délégation reparte avec une charte précisant la définition et le fonctionnement de l’assemblée des assemblées, détaille encore Jo. Elle nous servira à organiser au mieux les prochaines éditions. Pour être les plus efficaces possible, nous avons décidé d’anticiper ce travail en demandant à chacun de bosser ses revendications, en amont . "


Répondre à cet article