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Type :
Réflexion
Date :
2009
Pas de démocratie sans éducation populaire
ou comment doit-elle sortir du bois ?
lundi 9 février 2009
publié par Gilles Patrat , Nicolas Fasseur

Par Nicolas Fasseur

Le 29 février, tout le monde, tout les corps de métier, du privé au public était dans la rue ! A Paris, il y avait même une banderole "Pas de démocratie sans éducation populaire". Derrière elle, quelques mouvements d’éducation populaire tels que les foyers ruraux, les centres sociaux, Culture et Liberté et Peuple et Culture. Sans compter ceux du collectif "association en danger", nous étions peu nombreux et pourtant, nous sentions bien l’importance symbolique de notre présence dans cette manifestation.

Il est très rare de voir défiler l’éducation populaire, alors que se passe-t-il ? Pourquoi descendre dans la rue ?

Voici quelques éléments de réponse : la crise économique met en difficulté les associations y compris, bien sûr, celles de l’éducation populaire ; la mondialisation galopante et le libéralisme décomplexé sont des objets de lutte de l’éducation populaire. Bon d’accord mais ces deux points ne sont pas très nouveaux et ils n’ont jamais fait défiler l’éducation populaire. La réponse est surement ailleurs, elle est, peut-être, inscrite sur la banderole de Paris : pas de démocratie sans éducation populaire. La démocratie est-elle encore plus en danger aujourd’hui ?

Comment réinterroger la relation, semble-t-il, si évidente entre démocratie et éducation populaire ? Enfin, pourquoi est-il nécessaire de révéler au monde l’existence de l’éducation populaire ? Simplement, car elle est restée trop longtemps dans les bois, dans l’intimité de ses militants. D’ailleurs, cela est étonnant de constater cette discrétion ou cette modestie maladive de l’éducation populaire alors que sa fonction première est de s’inviter dans l’espace public. Cela peut s’expliquer aussi par la disparition de sa visibilité dans structures de proximités de nos quartiers populaire. Cette explication semble complexe, soit il y a le discours de l’éducation populaire sans avoir la pratique, soit il y a la pratique sans que l’éducation soit nommée. Aussi, trop d’animateurs socioculturels, héritiers directs, ne maitrisent plus très bien ses concepts, préoccupés plutôt par la recherche de moyens de leurs activités. Bien sûr, d’autres explications sont encore possibles et à explorer afin d’appréhender au mieux ce problème. Les porteurs de cette banderole s’en inquiètent et se sont, d’ailleurs, quasiment les mêmes qui portent la formation d’animateur militant de l’éducation populaire (famep).

Maintenant, tentons de démonter la relation entre démocratie et éducation populaire. Je ne crois pas qu’une éducation populaire forte, puissamment inscrite dans l’espace public soit un indice de bonne santé de la démocratie. Au contraire, dès que la démocratie est menacée alors l’éducation joue pleinement son rôle. Cela se démontre facilement lorsque l’on regarde son histoire, d’ailleurs, je laisse le soin aux historiennes et aux historiens de l’éducation populaire de me contredire ou d’aller dans ce sens. Cette proposition tient du courant anthropologique de l’éducation populaire où ces pratiques émergent toujours par des réactions à de graves problèmes sociaux et finissent toujours par leur institutionnalisation. C’est un point de vue très systémique ou même structuraliste mais il se défend bien lorsque nous regardons de près l’évolution de l’éducation populaire depuis le courant du XIX eme siècle.

Alors, la démocratie est-elle menacée ? Oui car les choix politiques sont orientés uniquement par les stratégies économiques et non l’inverse. Nos gouvernements appliquent scrupuleusement les directives de l’OMC, organisation opaque où le citoyen en est complètement exclu. La directive de la révision générale des politiques publiques (RGPP) provenant de la NPM (New Politic Management) assimile les Etats à des entreprises et transforme, de ce fait dans l’ombre, le citoyen en client, la carte d’électeur en carte bleue, ruinant les principes de l’intérêt général et du service public. Enfin, le discours sécuritaire ambiant agitant la peur du terroriste tente d’empêcher toute forme critique, de toute façon, aucune critique économique n’est possible car, quelque part sans doute à Davos, il a été décidé que la seule voie possible est l’économie de marché. Ce qui implique que les autres propositions sont caduques, même dangereuses pour l’équilibre mondial.

La crise actuelle montre les limites de cette meilleure voie possible et dévoile les brèches par lesquelles l’éducation populaire peut s’introduire pour transformer nos sociétés. Désolé pour ce discours quelque peu simplifié voire même simpliste mais il se propose de donner au moins des premières pistes pour penser la sortie du bois de l’éducation populaire. Toujours est-il que, derrière cette banderole, la manifestation du 29 janvier est peut-être un tournant qu’il faudra prolonger par d’autres manifestations publiques afin de rendre l’éducation populaire encore plus visible. Que pensez-vous de cette invitation ?

Nicolas Fasseur, Peuple et Culture Ile de France.