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Politique post-vérité ou journalisme post-politique ?
Frédéric Lordon. Le Monde Diplomatique
dimanche 18 décembre 2016
publié par Madeleine Abassade

De la question du sociologue Antonio A. Casilli : « Qui a fait élire Trump ? Pas les algorithmes mais des millions de tâcherons du clic sous-payés » : [1], à la question de Frédéric Lordon paru sur le blog du Monde Diplomatique « Politique post-vérité ou journalisme post-politique ? », dont des extraits sont publiés ci-après : le rôle exercé par "lémédia" dans le jeu politique et la manipulation de nos pensées... (Madeleine Abassade)

« Le dernier espoir pour les ventes de Libération, du Monde et de L’Obs, c’est bien le FN. »

Frédéric LORDON

Le déni de l’homogénéité (pauvre Décodeur)

« (...) on pourrait demander (à notre) au décodeur Samuel Laurent, responsable des Décodeurs au Monde, [2]combien de fois par an il entend citer L’Humanité, Politis ou Le Monde Diplomatique dans la revue de presse de France Inter, ou ailleurs, combien de fois il voit leurs représentants à la télé ou dans les radios. Voudrait-il avoir l’amabilité de se livrer à ce genre de décompte ? (on lui signale qu’Acrimed [3] s’y livre à sa place depuis deux décennies et que, de même, jamais un article d’Acrimed n’est cité dans “lémédia” bariolés).

Au hasard, puisqu’il décode au Monde, pourrait-il fact-checker vite fait combien de reprises ont salué l’édifiante enquête de Politis sur les méthodes managériales de Xavier Niel [4]., où l’on comprend tout de même une ou deux choses sur ce qui conduit de la violence néolibérale aux rages qui saisissent les classes salariées ?

La gauche, l’inadmissible différence

(...) l’étouffement systématique de la différence de gauche, celle qui s’en prendrait ouvertement à la mondialisation libérale, qui fracturerait le verrou à toute politique progressiste possible de l’euro, qui contesterait l’emprise du capital sur toute la société, et même : remettrait en question les droits de la propriété lucrative sur les moyens de production, organiserait juridiquement le contrôle politique des producteurs sur leur activité, cet étouffement ne laisse ouvert que le soupirail de l’extrême-droite, porte des Trump au pouvoir car ceux-ci arrivent lancés avec bien plus d’avance que des Sanders, dont “lémédia”, en effet, ont tout fait pour qu’il ne vienne pas déranger la candidate chérie [5], comme ils font tout pour abaisser Corbyn, traîner Mélenchon dans la boue, tous noms propres à lire ici plutôt comme des noms communs, comme les appellations génériques d’une possibilité de différence.

Oui “lémédia” existent, bons apôtres du dépassement de l’idéologie en proie à des haines idéologiques incoercibles :

par haine de Sanders, ils ont eu Trump ; par haine de Corbyn, ils maintiendront May ; à Mélenchon ils préféreront tacitement Le Pen — mais attention, avec des éditoriaux grandiloquents avertissant qu’il y a eu « un séisme ».

Et si d’aventure le désir d’une différence de gauche désinvestissait ces personnages trop institutionnels et souvent trop imparfaits, pour prendre la rue sérieusement, c’est-à-dire, par-delà le folklore du monôme, avec la menace de conséquences, “lémédia” n’y verraient plus que des « casseurs », comme lors de Nuit Debout [6] quand, passé le moment du ravissement citoyen, le cortège de tête a commencé à affoler les rédactions, interloquées d’« une telle violence ».

-  Intégralité de l’article sur le blog du Monde Diplomatique https://blog.mondediplo.net/2016-11...

[1] http://www.casilli.fr/2016/11/17/qu...

[2] « La post-vérité, “lémédia”, le fact-checking et Donald Trump », Medium France, 14 novembre 2016.

[3] http://www.acrimed.org/

[4] Erwann Manac’h et Sweeny Nadia, « Enquête sur le système Free », Politis, 18 mai 2016

[5] Lire l’article de Thomas Frank à paraître dans Le Monde diplomatique de décembre 2016, en kiosques mercredi prochain.

[6] http://www.monde-diplomatique.fr/20...


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