Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesPsychiatrie et alentours
TRIBUNE LIBRE ( publiée dans l’Humanité )
QUEL AVENIR POUR LA PSYCHIATRIE ?
par Bernard SIGG, psychanalyste, ancien assistant de Lucien Bonnafé
mercredi 14 février 2018
publié par Marc Lacreuse

QUEL AVENIR POUR LA PSYCHIATRIE ?

contribution de Bernard SIGG

psychanalyste

( parue dans l’Huma du 13.02.18 )

---------------------------------------------

" Une fois encore, les personnels et hôpitaux psychiatriques sont à la une,

non pour leur progrès ou succès, mais pour leur misère et souffrances mises

au compte du manque de moyens ! Et la ministre de la santé, dépassée, de

s’en saisir et d’accroître encore la confusion ...

Car, étonnant retour des choses, soixante-dix ans après les avancées de la

soi-disant " révolution psychiatrique " , voici le balancier reparti en arrière.

Et, chose rare, tout le monde s’accorde sur cette régression, sauf la ministre

bien sûr.

Le plus grave de l’affaire, selon moi, est la disposition générale à ne rien

remettre en question : ni l’ensemble flou " santé mentale " , ni l’étouffant

cadre médical, ni surtout la toujours insaisissable " maladie mentale " ?

chacun de ces biais gardant sa part d’obscurité .

Il est vrai que, de l’archaïque interprétation magique aux présentes

suppositions" neuroscientifiques ", en étant passé par la possession

diabolique, puis l’aliénation et la "constitution " héréditaire, on n’a jamais

cessé de décréter ou légiférer sur la " folie " sans savoir en préciser les

tenants et les aboutissants .

Obscurantisme idéologique ? Sans doute, puisqu’on n’en a pas exposé les

échos les échos concrets : à savoir le pouvoir d’Etat qui use de l’internement

pour écarter des citoyens gênants, puis l’aspiration du corps médical à

disposer d’une emprise contraignante sur les patients difficiles, et enfin la

garantie du pactole apporté à l’industrie pharmaceutique par le marché

des produits psychotropes . Puissante alliance ... dont le pouvoir est

paradoxalement supporté par une opinion publique guidée par la " peur

des fous " et par l’innocence parentale - ô soulagement que d’accuser

gènes ou anomalies biologiques, plutôt que d’assumer une responsabilité

symbolique ou relationnelle !

Il n’est plus possible de préserver un tel statu quo.

C’est la souffrance des humains malmenés qui doit être entendue et

comprise . Les moyens de cela avaient été exposés par Sigmund Freud :

en décelant le sens des rêves et délires, en percevant le rôle des désirs

fous de tout un chacun et en laissant s’exprimer l’inconscient, il devient

possible de modifier le cours des tragédies humaines (1) .

Des avancées notables en ont résulté, tandis qu’en France les apports de la

psychanalyse n’ont cessé d’être minimisés . Une réflexion approfondie

s’impose avant de se satisfaire de banales injections de crédits ou de

nouveaux aménagements réglementaires .

Evitons le piège d’une simple gymnastique verbale, ramenant l’ensemble

des problèmes au niveau " neural ", en ignorant esprit et pensée ! Se

borner à une reformulation dite scientifique, sur le mode des ’ neurosciences"

serait une aberration. De toute façon, ordre et argent ne règleront rien non

plus quand ce sont l’imagination, la disponibilité et la sensibilité à l’Autre

qui font défaut . "

---------------------

(1) " Raison perdue ? L’illusion psychiatrique " , de Bernard Sigg et Jean-Jacques Ritz . L’Harmattan . 2017

-------


Répondre à cet article