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Date :
2006
Contribution proposée par Raymond MILLOT
Quand et par où commencer pour en finir avec la crise de l’école ?
samedi 25 novembre 2006
publié par Raymond Millot

Une opportunité exceptionnelle se présente pour redéfinir la fonction et la mission des enseignants : leur renouvellement massif d’ici 2011. Face aux difficultés extrêmes de la tâche d’enseigner aujourd’hui, il faut s’appuyer sur ce qui se construit dans le travail réel. Car c’est finalement là où les problèmes se posent que les solutions s’inventent. Tel est l’objet de nos propositions.

La crise des banlieues, les émeutes, mais aussi la vie quotidienne dans les établissements, et surtout la désaffection de tous pour un savoir devenu avant tout utilitaire pour les uns et excluant pour les autres, sont des signaux d’alarme auxquels ne peuvent répondre des annonces aussi démagogiques que dérisoires (restaurer « l’autorité », dénoncer la méthode « globale », dépister les comportements délinquants dès le plus jeune âge, mettre les récalcitrants en apprentissage, culpabiliser les parents,...). Doit-on souhaiter une nouvelle réforme ? Le mot même est devenu, et pour longtemps, synonyme d’incohérence, d’impuissance et de contradiction. Un jour l’école doit « s’ouvrir », devenir « un lieu de vie et d’éveil » et l’autre jour se refermer comme un sanctuaire. L’organisation officielle en cycles est massivement ignorée, à commencer par les instances hiérarchiques. Le collège qui doit assurer à « tous » un tronc commun de connaissances, organise dans les faits la sélection et la ségrégation. Désormais l’ensemble des enseignants ont le statut de cadre A qui les responsabilise mais sont de plus en plus infantilisés...

Les signataires de ce texte pensent qu’un nouveau contrat redéfinissant la fonction enseignante est indispensable pour faire face aux exigences des temps présents : mettre les enseignants en situation de recherche afin de permettre aux élèves de construire un rapport renouvelé au savoir. Ils considèrent en effet que nulle circulaire ministérielle n’est en mesure d’imposer ce nouveau contrat, que nul formateur de formateurs ne saura y préparer les futurs enseignants, faute d’en avoir lui-même l’expérience collective. En conséquence, ils proposent d’adopter une démarche de construction méthodique de ce nouveau contrat et, pour ce faire, d’impulser, d’une manière significative en nombre et qualité, des recherches-actions conduites collectivement. Celles-ci auront pour objet de s’attaquer aux contradictions qui paralysent l’institution, de lutter contre l’exclusion, de (re)donner à tous - adultes comme enfants - l’audace et le goût d’apprendre et de s’investir dans la vie collective de l’établissement, du quartier, de la ville. De nombreuses innovations travaillant dans cette perspective existent, bien que dispersées et rarement pérennes. Il s’agirait de donner à la recherche en éducation la mission de :
- susciter, organiser, soutenir dans la durée et mettre en réseau un nombre conséquent de pôles innovants répartis dans toutes les régions,
- développer un dispositif interne d’évaluation à moyen et long terme,
- faire connaître par les moyens modernes de communication les réalisations, les difficultés et les ajustements aux réalités locales afin d’en permettre une analyse collective. De donner aussi à cette recherche les moyens indispensables et une autonomie de gestion qui la dégage du corset administratif, l’objectif étant bien de capitaliser une diversité assumée (et non concurrentielle) afin de produire ensemble des savoirs nouveaux à partir de pratiques nouvelles se confrontant à la réalité.

Les formateurs de formateurs, y compris les corps d’inspection et les universitaires, auraient alors pour mission de s’impliquer dans ces recherches- actions par et avec leurs étudiants, qui se formeraient ainsi dans des lieux de recherche. À terme, les enseignants du primaire et du secondaire, comme ceux du supérieur, pourront ainsi investir le statut d’enseignantschercheurs. Ces mesures contribueraient à faire pénétrer l’idée de changement dans une société crispée sur des apprentissages formels, sans finalité cohérente. Et, en conséquence, de sortir le corps enseignant de son découragement. L’implication directe des établissements et des enseignants dans la recherche pour changer l’école est une manière dynamique de lutter contre les objectifs d’une privatisation rampante qui se cache sous le concept d’autonomie. L’expérience de cette implication qui s’est développée au sein de l’école publique, le plus souvent sous l’impulsion des mouvements pédagogiques et de l’INRP, parfois pendant des décennies, permet d’en énoncer quelques conditions.

- Des équipes doivent pouvoir se constituer sur la base d’un « projet pédagogique de recherche », concernant l’ensemble des cycles pour ce qui est de l’école primaire et, pour le collège, d’un ou plusieurs « mini-collèges » regroupant une équipe pluridisciplinaire autour de cohortes de 100 élèves. Il s’agit donc d’assouplir les conditions traditionnelles de nomination.
- Les projets de recherche doivent viser la promotion collective de tous les élèves, et non, sous couvert de réussite individuelle, la compétition de chacun contre chacun.
- Ces équipes doivent avoir la maîtrise collective de la mise en oeuvre du projet de recherche, du recueil des résultats à terme, et de leur analyse.
- Le chef d’établissement doit lui aussi adhérer au projet dans le cadre d’une vraie communauté éducative.
- Les parents, comme tous les acteurs des dispositifs socio-culturels participant de fait à la coéducation, doivent pouvoir être partie prenante de la définition et de la conduite des projets de recherche selon des modalités à définir.

Les rédacteurs de ce texte ont tous participé à des innovations et des recherches-actions dans le domaine de l’éducation, de la petite enfance à la formation d’adultes :

Jean-Pierre BÉNICHOU
Elisabeth BOURGAIN
Henry CHAILLIÉ
Jean FOUCAMBERT
Bruno MATTÉI
Raymond MILLOT
Rolande MILLOT
Bertrand SCHWARTZ
Marie-Laure VIAUD
Michel VIOLET


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Messages de forum :
Quand et par où commencer pour en finir avec la crise de l’école ?
vendredi 29 décembre 2006
Chris

Chers amis

J’ ai créé ce blog :

http://profencampagne.over-blog.com/

Il relaie ce matin l’ appel publié dans LIBERATION

Je me permets de vous renvoyer également sur ces deux liens :

http://www.meirieu.com/ECHANGES/POU...

(Un travail effectué pour P Meirieu pendant cet été 2006)

http://www.meirieu.com/CLASSEAUQUOT...

(Un feuilleton que je publie semaine après semaine sur la vie d’ un collège-le mien- en France)

Amitiés

Christophe



Nouveau blog


Quand et par où commencer pour en finir avec la crise de l’école ?
samedi 2 décembre 2006
Nathalie Massou

“Un nouveau contrat pour l’enseignant ! ” Soyons nombreux à soutenir ce projet avec enthousiasme car il propose enfin un espoir pour l’élève muet, le parent aveugle et l’enseignant sourd devant tant de contradictions d’un système soumis à la critique permanente. Citons l’exemple du collège où s’expriment aujourd’hui avec virulence les rancoeurs des uns et des autres se transformant parfois en violence inadmissible. Coté élève c’est la résignation par l’amour ou la haine au seul modèle de réussite (la seconde générale) , coté parent c’est l’incompréhension révélée par la fuite ou le surinvestissement scolaire face aux diverses méthodes et programmes surdimensionnés, coté prof c’est la crispation au maintien inconditionnel des décrets de 1950 au devant de l’incertitude de la reconnaissance de leur compétence. Pourtant jour après jour, ils cherchent, chacun à leur manière des idées et des solutions au plus rasoir des excercices comme à la plus passionante question qui guident leur plaisir de savoir. Un nouveau contrat pour l’enseignant, en premier lieu de confiance me semble donc l’indispensable outil pour l’éducation du citoyen de demain.





    Quand et par où commencer pour en finir avec la crise de l’école ?
    dimanche 3 décembre 2006
    Millot Raymond

    Je ne doute pas que de nombreux enseignants , d’une manière isolée souvent et parfois au sein d’associations (ICEM, GFEN, CRAP, AFL etc...)cherchent "des idées et des solutions" pour faire face à "la crise de l’école". Est-ce suffisant ? Ceux qui ont eu la chance de travailler en équipe et de participer à des projets éducatifs politiquement ambitieux ( la promotion collective,par exemple)ont le sentiment d’avoir esquissé ce "nouveau contrat".Mais is sont revenus de l’idée que cette nouvelle conception du métier pourrait faire "tache d’huile". D’où la proposition de créer les conditions pour que les futurs enseignants, qui vont être nombreux (145 000 d’ici à 2011) puissent "construire" ce nouveau contrat,et non se le voir imposé. Raymond Millot