Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesPsychiatrie et alentours
D’anciens usagers de la psychiatrie deviennent des médiateurs professionnels de la santé mentale...
Quels liens possibles entre l’éducation populaire et Le Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé ?
Par Madeleine Abassade.
dimanche 8 février 2015
publié par Madeleine Abassade

Le Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé (CCOMS) s’est engagé dans la mise en place d’un programme expérimental et pilote sur 4 ans. Il consiste en la formation à la médiation en santé et en santé mentale d’anciens usagers des services de santé mentale, permettant ainsi la valorisation de leurs savoirs acquis par l’expérience de la maladie et de l’hospitalisation en psychiatrie.

L’originalité de la démarche est d’allier un savoir académique à un savoir d’expérience autour de compétences spécifiques visant à contribuer à l’amélioration de la qualité des soins et de l’accompagnement.

Une formation en cours d’emploi d’un an conduit à l’obtention d’un Diplôme Universitaire de Médiateur de santé/pair (Université Paris 8), en lien avec des professionnels de la santé.

Ce programme de formation qu’on peut considérer comme émancipateur d’une "catégorie sociale", incite à interroger en quoi il peut s’inscrire dans une démarche d’éducation populaire qui participe à la transformation sociale. Et en quoi, malgré les efforts de lutte contre les discriminations, ce programme continuerait de reproduire ce qu’il dénonce.

Une proximité de pensée entre l’éducation populaire et Le Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé ?

La publication sur le présent site Education Populaire & Transformation Sociale ! du rapport final portant sur l’intégration professionnelle d’anciens usagers de la psychiatrie dans les services de soins en santé mentale, est motivée par plusieurs raisons.

D’abord ce programme est une réponse à la lutte contre les discriminations et les rejets aux bans de la société dont sont souvent victimes les "malades mentaux". Phénomènes sociaux d’exclusion, contre lesquels nous nous sommes faits à plusieurs reprises l’écho sur le présent site dans notre rubrique "psychiatrie et alentours".

D’autre part, c’est la mise en évidence que la personne ayant connu des souffrances psychiques est porteuse de savoirs partageables.

C’est au titre de ces savoirs partageables, des individus porteurs de savoirs mis en commun au profit d’ un projet de transformation sociale, que nous sommes à considérer ce que nous entendons en éducation populaire par la capacité de la puissance d’agir.

Mais en quoi ce projet innovant s’inscrit-il dans un processus d’émancipation de la culture dominante par le peuple pour le peuple avec le peuple, favorable à l’émancipation en particulier des catégories sociales les plus opprimées ?

Dans ce rapport de l’OCCM, quand bien -même d’anciens patients participent au comité de pilotage, il n’est aucunement ouvertement question ni d’émancipation d’une oppression, ni d’éducation populaire, ni de citoyenneté, ni de démocratie. Serait-ce une nouvelle forme de rapport émanant de médecins et de professionnels de la santé, qui remprunterait ses expressions voire son raisonnement à l’éducation populaire, dans la limite du champ de son intervention à savoir celui de la santé mentale pour ne pas dire celui de la psychiatrie ? L’éducation populaire serait ici instrumentalisée au profit d’un style de raisonnement qui ne lui serait que partiel.

Malade mental figure de l’opprimé.

Il serait cependant à considérer que la personne souffrant de graves troubles psychiques et du comportement est opprimée, c’est à dire dans la perte de la liberté, à la fois de manière endogène et exogène. "La distinction" de Pierre Bourdieu est ici éclairante, même si aucune enquête ne peut confirmer la désignation des malades en termes de catégories sociales. Mon expérience et mes recherches conduites sur le terrain en tant qu’acteur de l’action sociale et culturelle auprès de malades en psychiatrie, permet cette approche.

Endogène parce que la personne fabrique en son propre corps ce qui l’opprime, c’est à dire sa souffrance, et intègre, par introjection, la catégorie de malade mental dans laquelle elle se considère et est considérée par la société.

Elle est exogène parce que d’une part cette souffrance trouverait ses origines dans un contexte micro-social, la famille, mais aussi dans les représentations sociales attachées aux malades mentaux, et les inadaptations de la société aux manifestations des comportements dits anormaux rangés dans la catégorie de la folie.

Cette catégorisation est discriminante et oppressante. Elle colle à la peau de celle ou de celui qui a été hospitalisé en psychiatrie, marqué à tout jamais par le sceau de la méfiance. La situation la plus socialement insupportable, et dont témoignent des personnes qui ont été au cours de leur vie hospitalisées sous contrainte (HO), est par exemple de ne plus pouvoir porter plainte auprès de la police, sans l’aval d’un psychiatre.

Leurs paroles et leurs gestes sont sujets à caution. Ils suscitent la peur, et pourtant, il nous faudra bien admettre un jour, que rares sont les personnes en psychiatrie qui ont commis un meurtre.

(Lire le récit de Christelle Rosar "J’ai survécu à la psychiatrie" aux éditions Max Milo. Parution annoncée sur le présent site.)

Une émancipation de la tutelle du pouvoir psychiatrique est-elle envisageable ?

Si des rapprochements peuvent être faits entre l’éducation populaire et la démarche des chercheurs qui ont mis en place cette formation, inspirée des pratiques dejà expérimentées dans d’autres pays, dont au Québec, autour de la co-aidance, l’empowerment ou de la mise en commun de savoirs, ou par l’emploi du terme de "recherche-action" et de questionnement des institutions, ainsi peut -on lire (p 33) « Ce programme consiste avant tout en une création qui bouscule les règles établies, les représentations sociales et le fonctionnement des institutions. » Il n’empêche que si seuls les anciens usagers de la psychiatrie qui ont bénéficié de cette formation sont appelés MSP, par l’intitulé même de leur métier la discrimination continue d’opérer.

En ouvrant plus largement la notion de "pair" dans le champ de la santé mentale, et la rendant accessible autant à des patients ou anciens patients qu’à des individus vierges de toute expérience d’immersion dans cette maladie, comme peut le faire l’association Pairadvocacy à Paris au cours des formations qu’elle organise, une véritable lutte contre les discriminations émancipées de la tutelle du pouvoir psychiatrique pourrait être envisagée. http://www.mille-et-une-vagues.org/....

Face au refus par l’une des participantes de poursuivre la formation mise en place par le CCOMS, il aurait été intéressant que ce rapport mentionne les effets d’être en permanence sous l’effet de la proximité du pouvoir psychiatrique, tout autant que les Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM), animés par des personnes malades ou l’ayant été, dont la mise en place ne peut que se concevoir qu’avec l’appui, ou la référence , d’un établissement de santé, mettant d’emblée sous caution l’objectif d’autonomie de ses animateurs et du public accueilli.

Dès lors, le livre de Marcel Gaucher et Gladys Swain "La pratique de l’esprit humain. L’institution asilaire ou la révolution démocratique", écrit en 1980, continue de participer à nourrir la réflexion à propos de ce que pourrait être l’émancipation dans le champ de la Santé Mentale.

Post Scriptum :

Le rapport daté de janvier 2015 du Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé pour la recherche et la formation en santé mental CCOMS. R 60p. – Texte intégral : http://www.ccomssantementalelillefr...


Répondre à cet article
Messages de forum :
Quels liens possibles entre l’éducation populaire et Le Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé ?
vendredi 20 février 2015
Madeleine Abassade

Un lecteur nous signale que

« L’expérience est arrêtée et en cours d’évaluation et le DU reprendra peut-être en 2016 »




Répondre à ce message